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Élections municipales : le scandale sanitaire de trop ?

Éditorial de la 486ème

 Nous sommes en guerre" a scandé hier soir à six reprises Emmanuel Macron aux oreilles des millions de Français anxieusement penchés sur leur poste TSF. Une guerre où il faudra rester sur son canapé, à lire, et où on pourra tout de même faire son footing dehors. Une guerre où les taxis seront réquisitionnés pour les professionnels de santé, comme en 14.

Pourtant, la veille se tenait, malgré la pandémie, le plus grand rassemblement intergénérationnel : les élections municipales. Alors même que le Président appelait, jeudi 12 mars, les personnes âgées de plus de 70 ans à rester chez elles, les Français étaient tous invités à se déplacer vers l'isoloir. Le fameux "en même temps" macronien poussé à son paroxysme. Une décision incompréhensible et irresponsable.

Et comble de l'ironie, tous les personnels des mairies étaient équipés en masques, en solution hydroalcoolique et en gel désinfectant; quand les personnels soignants, en première ligne depuis le début de la pandémie, se font postillonner et cracher au visage toute la journée... sans masque. Il faut savoir que les médecins, infirmiers, chirurgiens-dentistes et tous les professionnels de santé libéraux ne peuvent plus commander de masques car l'État les a réquisitionné par décret début mars.

Non seulement, la tenue des municipales a fait courir un risque de contagion maximal inutile. Mais, en plus, les masques auraient du être attribués en priorité au personnel soignant de ville, bien plus tôt.

"Nous sommes en guerre. La Nation soutiendra ses enfants qui, personnels soignants en ville, à l’hôpital, se trouvent en première ligne dans un combat qui va leur demander énergie, détermination, solidarité. Ils ont des droits sur nous. Nous leur devons évidemment les moyens, la protection. Nous serons là. Nous leur devons des masques, du gel, tout le matériel nécessaire et nous y veillons et y veillerons." Un peu tard.

La Chine a pris des solutions immédiates et drastiques sur sa région du Hubei dont le poids démographique avoisine la France. La croissance exponentielle du virus s'explique certes par sa contagiosité mais également par le décalage temporel entre les cas diagnostiqués et les cas avérés mais non encore diagnostiqués. Et la Chine avait décidé de confiner sa région infectée dès l'apparition de 400 cas par jour. La France, au lieu de cela, organise des élections municipales !

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Depuis le 21 janvier 2020, en France, 6 633 cas COVID-19 ont été confirmés, incluant 148 décès, selon les chiffres de Santé Publique France. Le confinement, un confinement à la française avec de nombreuses dérogations, n'a été finalement déclenché qu'aujourd'hui.

Dans le concert des louanges officielles, on a oublié que, depuis des mois, l'hôpital était en grève. On a oublié les raisons qui ont poussé l'hôpital en surchauffe à protester. Aujourd'hui, déjà, dans les endroits où la contagion est importante, notamment dans l'Est et le Sud-Est, les hôpitaux font du "tri". La France ne dispose pas assez de lits de réanimation pour faire face à la pandémie. Et les "gestes barrières" ne suffiront pas.

Aujourd'hui, le deuxième tour des scrutins est reporté. Reste à savoir si juridiquement l'option est tenable. Selon le code électoral, le deuxième tour doit se tenir le dimanche suivant le premier tour (art.56). Il faudrait un projet de loi ou un décret pour modifier exceptionnellement les textes d'ici dimanche... s'il reste encore des députés sains. Ou alors une annulation totale ou partielle du premier tour pourrait être plébiscitée mais qui créerait de facto des inégalités contestables. Une tenue des municipales maintenue malgré des zones d'ombres assumées et un risque sanitaire énorme.

Crédits photos : Andriy Baranskyy.

 

À propos de Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée.Voir tous ses articles.