La Lettre de Galilée

D’un chapeau l’autre

Déférence gardée envers Céline si, humble gazette, la Lettre de cette semaine sur lui renchérit en plagiant le médecin banni de Meudon avec un calembour trop facile.

À nous plonger dans l’agenda de Marisol Touraine pour y chercher les recettes de l’art consommé de la persuasion on y découvre en réalité des discours bien chapeautés destinés à ne pas froisser l’auditoire pour lequel ils sont écrits. C’est donc sous le couvre-chef qu’il convient de chercher, et entre les mots, entre les lignes, qu’il faut deviner les réelles intentions.

Commençons donc par son discours en clôture du congrès de la médecine générale tenu à Nice il y a une semaine. Véritable dithyrambe à l’endroit de nos docteurs venus en nombre et qui n’en croyaient pas leurs oreilles. Grand bien lui prît de ne pas reprendre les sempiternelles lamentations sur « l’avancée du désert médical ». Très objectivement la ministre verra dans l’accroissement de la pauvreté davantage de facteurs socio-professionnels et de renoncement pour des raisons financières que des distances géographiques infranchissables. La ministre estime à 7% de la population (une étude de la DREES l’évaluait à 5% il y deux ans, n’ergotons pas) le nombre de personnes vivant dans des zones dont la densité médicale est insuffisante. Ce qui traduit une appréciation bien dépassionnée des enjeux par rapport aux inepties entendues pendant la campagne électorale.
On rappellera seulement avec une pointe d’ironie que la densité régionale la plus basse de France (qui se situe en Picardie) est équivalente à celle du Royaume-Uni.
Donc, foi de ministre, le projet est à l’étude et sera probablement lancé dans le PLFSS 2013 (ce qui veut dire qu’il est déjà prêt). En perspective : « une commission territoriale d’accès aux soins » sur des espaces qui pourront compter jusqu’à 40 000 personnes en zone urbaine, pas de recettes toutes faites mais une formule qui repose sur le binôme médecin/infirmier, l’instauration d’un tiers-payant. Quant à la méthode, la ministre renvoie la patate chaude aux discussions conventionnelles (en priant probablement Frédéric Van Roekeghem de chercher dans ses fonds de tiroirs les subsides nécessaires à l’incitation préconisée).

Le 27, Marisol Touraine était invitée à un colloque organisé par la chaire santé de sciences-po sur une question digne de cette maison : « le service public et la santé ».
Le creusement des inégalités revient sur le tapis avec insistance et une argumentation presque similaire dont on appréciera la constance.
Cependant, face à l’intelligentsia de la rue Descartes, voilà que la lutte contre les inégalités de santé ne repose plus sur la seule médecine de proximité mais sur « un deuxième pilier », l’hôpital public (l’accueil des plus démunis par les établissements privés étant considéré comme une situation marginale) en laissant cette fois aux bons soins des ARS la traduction de la volonté ministérielle au travers des SROS.

Le tonitruant congrès du syndicat des managers publics de santé (SMPS) désormais présidé par le directeur du centre hospitalier de Pau, Christophe Gautier, se tenait à Angers le 21 juin. Las, la ministre, empêchée, s’était fait représenter par le directeur de la DGOS, François-Xavier Selleret, ex-directeur de cabinet de Xavier Bertrand, parachuté à ce poste juste avant le naufrage du navire sarkosien. Situation cocasse s’il en est que la lecture du discours de Marisol Touraine par un ancien mousquetaire qui, devenu grand commis de l’Etat, avait laissé son feutre à plume au vestiaire.
Dans l’excitation et les exagérations que réservent généralement ce genre de rassemblements, la ministre s’était bien gardée d’ajouter, même par délégation, un couplet sur la proximité territoriale, compte tenu des velléités des cadres hospitaliers « à se mêler de médecine de ville » (comme le titre Le Quotidien du Médecin).
La promesse de la suppression de la convergence tarifaire entre le public et le privé, ou en tout cas son aménagement pour tenir compte du poids du service public (sans qu’on sache à vrai dire à combien le chiffrer), aura suffi à calmer les envolées les plus féroces.

En fin de compte, si la ministre change de coiffe au gré des chapelles, on ne note pas d’inconstance dans ses références liturgiques et beaucoup de mesure dans ses discours vis-à-vis de ses prédécesseurs. C’est plutôt bon signe. D’autant que le rapport attendu de la Cour des comptes remis hier matin au premier ministre dédouane le gouvernement Fillon et oblige le nouveau à une prudence accrue. On saura aujourd’hui à 15 heures, si le premier ministre en tiendra compte dans son discours de politique générale et si son ministre de la santé, qui présidera après-demain la commission des comptes de la sécurité sociale avec Jérôme Cahuzac, méritera la mitre, la tiare ou… le bonnet.

Crédits photo : schellyS.

À propos de Jean-Pol Durand et Rémy Fromentin

Depuis 2007, chaque mardi, Jean-Pol Durand, ancien rédacteur en chef du Quotidien du Médecin, Impact-Médecin Quotidien, Filières & Réseaux, et Rémy Fromentin, ancien haut responsable de l’assurance maladie, ont partagé leur vision sur l’actualité de la santé en France autour d’une lettre commune.
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