Dum Spiro Spero

Éditorial de la 466ème

Emmanuel Macron s'est adressé aux Français au travers d'une (longue) lettre publiée ce lundi par l'Elysée. À la suite de François Mitterrand en 1988 et de Nicolas Sarkozy en 2012 qui défendaient leur bilan pour leur propre réélection, notre Président, mis à mal par la crise sociale et politique qu'illustre le mouvement des "gilets jaunes", tente un exercice de persuasion. Quitte à passer un peu pour un prof de SciencesPo en posant les questions qui seront le cadre de la grande consultation nationale.

Persuasion. Il s'agit de sortir de la grisaille et de la désespérance et "[se] rappeler qui nous sommes" : un pays "pas comme les autres" où "le sens des injustices y est plus vif qu’ailleurs" mais où également "l’exigence d’entraide et de solidarité [est] plus forte". C'est raccord avec le discours de la Ministre de la Santé, Agnès Buzyn, qui martèle depuis son arrivée que notre système de santé n'est pas si mauvais qu'on le dit. "J’en ai assez du discours catastrophiste sur l’hôpital." se confiait-elle à Éric Favereau dans Libé en avril dernier. "Nos hôpitaux publics font un travail remarquable. Oui, il y a des lieux qui dysfonctionnent, 10 % à 14 % des services d’urgences sont en surchauffe, mais pas tous, loin s’en faut. Partout ou presque, ce sont des lieux de soin de qualité et même des centres d’excellence. Il faut mieux les positionner et jouer la complémentarité entre les hôpitaux plutôt que la compétition." Ce qui n'avait pas manqué de faire hurler les personnels hospitaliers, en surchauffe.

L'avenir. "Afin que les espérances dominent les peurs, il est nécessaire et légitime que nous nous reposions ensemble les grandes questions de notre avenir." poursuit Emmanuel Macron dans sa lettre. Est-ce bien au chef de l'État de poser ces questions ? Et, surtout, est-ce aux citoyens d'y répondre ? Nous avons élu un chef pour nous gouverner. À moins que cette grande dissertation citoyenne sur l'avenir des institutions publiques ne soit finalement qu'un tour de passe-passe cynique visant à démontrer que sans chef, le peuple n'est rien ?

La semaine dernière, la Ministre de la Santé s'est rendue dans cette France périphérique : en Lozère où elle a été attentive aux craintes d'une délégation de gilets jaunes. "Toute ma logique sera de réorganiser, de transférer et de réinvestir dans des hôpitaux de proximité. Nous allons en choisir 500 ou 600. Je suis médecin, je ne suis pas une femme politique. Je me bats pour réorganiser. Vos besoins, ils sont entendus" a-t-elle insisté. À juste titre puisque s'ouvre cette semaine un certain nombre de négociations conventionnelles.

Coercition. Le dialogue et la consultation citoyenne, aussi cyniques soient-ils, ne semblent pourtant pas à destination de tout le monde. Il faut calmer l'incendie populaire et susciter des débats apaisés. Mais pour les professions libérales de santé, nous vous avions déjà prévenu, l'épisode des gilets jaunes est une occasion rêvée pour serrer la vis.  Agnès Buzyn a prévenu : si un accord conventionnel n'est pas trouvé sur les Communauté Professionnelle Territoriale de Santé (CPTS) d'ici avril, le Gouvernement emploiera la force.

Jeudi prochain, les professionnels de santé se retrouveront à la table de discussion de la CNAMTS afin de définir les conditions de mise en oeuvre de ces communautés territoriales (CPTS), issues de la loi Touraine, censées coordonner les professionnels entre eux autour d’un projet de santé et, bien entendu, soulager l'hôpital de certains soins non-programmés.

Ces organisations territoriales et "populationnelles" seraient éligibles à certains financements FIR au travers de CPOM signés auprès des ARS. Contrairement aux maisons de santé, les CPTS n'ont pas vocation à regrouper les professionnels en un même lieu. "L’objectif est plutôt d’organiser leur activité au quotidien autour d’objectifs partagés". Ainsi 200 CPTS étaient recensées (créées ou en projet) en juillet dernier. Le but est d'arriver à en porter 1000 d'ici 2022. Agnès Buzyn souhaite mettre fin à l'exercice isolé. Selon Solveig Godeluck dans les Échos, "le gouvernement a prévu de moduler la rémunération des professionnels de santé afin de les inciter à abandonner l'exercice isolé. A ce stade, l'objectif de l'assurance-maladie est de créer un bonus, mais aussi un malus, ce qui risque de soulever une tempête chez les praticiens libéraux." Aucune surprise.

Forceps. Le dialogue risque d'être tendu. En attendant, le projet de loi que présente Agnès Buzyn pour organiser et transformer notre système de santé se retrouvera peut-être sur le bureau de Marisol Touraine puisque ses 23 articles seront examinés par le Conseil d'État. Une fois cette formalité passée, le Gouvernement pourra enclencher ses réformes par voie d'ordonnances.

Comme dirait Emmanuel Macron dans sa lettre, "chacun partage le destin des autres et chacun est appelé à décider du destin de tous". Et vice et versa.

Crédits photos : vriesia2.

 

 

À propos de Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée.Voir tous ses articles.
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