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La Lettre de Galilée

DMP…de lapin?

Bondée, la salle Pierre Laroque au ministère de la santé pour écouter ce jeudi 9 avril le discours fébrilement attendu de la ministre sur « le programme de relance du DMP et des systèmes d’information partagés de santé ».
Initialement prévue le 23 mars, cette grand-messe apostolique aurait pu être repoussée de quelques jours supplémentaires pour coïncider pile poil avec la Résurrection. Car, après la traversée du désert que Roseline Bachelot a infligée elle-même au dossier en diligentant « une revue de projet » restée mémorable, il s’agissait bien d’une renaissance. Une répétition tellement vraie que Christian Saout, le président du Collectif inter associatif sur la santé (CISS), frappé par la métempsychose du DMP, se demandait s’il n’avait pas déjà vécu ce moment … dans une autre vie.

Même réaction de tous ceux qui étaient présents à Roissy en 2005 et qui constataient, stoïques, la divine métamorphose de Michel Gagneux passé en un an et demi du rôle de contempteur patenté à celui, adulé, de président de la nouvelle ASIP (Agence des systèmes d’information de santé partagés).

Clôturant définitivement la guerre des « P », la ministre de la santé mettait tout le monde d’accord : « le DMP serait à la fois Personnel et Partagé ».
Pour le reste, pas de grands changements par rapport au souffle fondateur de 2005 : un accès par le patient promis expérimentalement à partir de 2010 à l’aide d’un « mot de passe à usage unique » (OTP pour One Time Password), le retour du droit de masquage, un hébergeur unique avec, concomitamment, un « chemin de convergence » qu’emprunteront les plateformes régionales existantes vouées pour le coup à transférer leurs dossiers déjà actifs (pour ce qu’il en existe réellement) vers le blockhaus national, un identifiant national santé unique prévu dans quelques mois et, entre autres, un rôle « d’habilitation » des fournisseurs de systèmes d’échanges sécurisés entre professionnels.

La tonalité majeure du programme de relance, chacun l’aura compris, relève d’une ferme reprise en mains, avec une forte dose d’encadrement et de centralisme qu’on reprochait justement aux prédécesseurs, victimes expiatoires de l’incroyable capacité d’amnésie propre aux personnages politiques. La méthode de la terre brûlée ne justifiait pas l’oubli, de la part d’une ministre qui n’a pas la réputation d’être une tueuse, d’un petit clin d’œil aux pionniers et notamment à Dominique Coudreau qui, à défaut d’avoir su marcher sur l’eau, a au moins eu le mérite de tenir la barre dans les tempêtes.

Une chose est sûre, la « feuille de route » détaillée pendant les Vêpres de 15 heures par Jean-Yves Robin n’était pas de la langue de bois. Le directeur du GIP-DMP, au look un peu Canal + qui détonne dans l’énarchie ambiante, est doté d’une paire d’oreilles supplémentaires : une oreille de médecin et une oreille d’industriel.
Le médecin a su habilement donner au Conseil National de l’Ordre des Médecins une place remarquée, même si, au final, on ne retrouve pas dans les 112 pages de la feuille de route les idées clés du « Livre blanc » du CNOM de mai 2008.
Quant aux industriels, l’ancien patron de Santeos a su très diplomatiquement les admettre pour la première fois à la tribune, qui plus est, d’une manifestation considérée avec insistance comme « une démarche de santé publique ». En tout cas une authentique opération de relations publiques !
Même si l’ASIP met de l’ordre dans la pétaudière des systèmes d’information hospitaliers, la clé, dans le DMP, reste le médecin généraliste. Et il n’y aura pas de coordination des soins tant que les logiciels de gestion de cabinet (un médecin sur deux selon les sources) ne seront pas susceptibles de sortir de leur situation de quasi-monopole pour évoluer.

Autre symbole très fort : les deux seuls expérimentateurs régionaux invités à s’exprimer étaient la région Picardie et la Franche-Comté, moins sans doute pour leurs résultats que pour la nature juridique de leur structure de portage. Tous deux en effet sont des GCS (Groupement de Coopération Sanitaire) coqueluches juridiques du moment, dans lesquels les ARH prennent une place majeure.
Le message est clair et la feuille de route lui fait écho : « la constitution d’Espaces Numériques Régionaux de Santé (ENRS) pilotés par des maîtrises d’ouvrages régionales renforcées, adossées aux ARS et supportées par les tutelles nationales, pourraient représenter une réponse volontariste adaptée aux enjeux ».
Autant dire que toutes les initiatives régionales ou locales prises par les médecins eux-mêmes, libéraux (au sein des futures Unions Régionales des Professionnels de Santé) ou hospitaliers (au sein des réseaux par exemple), ont un avenir compté.

Faut-il espérer, que le découragement ne prenne pas le dessus et que cette relance ambitieuse n’apparaisse, après coup, comme un pet de lapin.

À propos de Jean-Pol Durand et Rémy Fromentin

Depuis 2007, chaque mardi, Jean-Pol Durand, ancien rédacteur en chef du Quotidien du Médecin, Impact-Médecin Quotidien, Filières & Réseaux, et Rémy Fromentin, ancien haut responsable de l’assurance maladie, ont partagé leur vision sur l’actualité de la santé en France autour d’une lettre commune.
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