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La Lettre de Galilée

DMP : Top-down, bottom-up et grand tournis

Canardisée par le sulfureux rédacteur du site i-med, la conférence internationale organisée hier et aujourd’hui à Paris sur « les défis des systèmes d’information de santé » procure aux laborieux tâcherons de notre introuvable DMP (dossier médical personnel…ou partagé, selon le côté où l’on se place) un bien agréable frisson d’autosatisfaction. Car, finalement, cette revue comparative des systèmes européen et américain nous révèle sans détours que c’est un peu le bazar dans le monde entier. De quoi rassurer nos responsables français volontiers prompts à se battre la coulpe. Ni les Allemands, ni les Suédois, encore moins les Belges ou les Canadiens n’ont de modèle qui évite l’incertitude, les faux pas et la grogne des utilisateurs. Les systèmes étatiques, parachutés « clés-en-mains » sur le terrain, ne marchent nulle part. Depuis Newton, tout le monde sait bien que tout ce qui vient d’en haut est à éviter. Pourtant, devant la lenteur des progrès, tous les états recourent irrésistiblement aux restructurations. Les Etats-Unis viennent de mettre en place une usine à gaz qui ressemble comme une jumelle à celle que les pouvoirs publics se sont promis, chez nous, de rationaliser.

L’architecte des grandes structures, Jean-Marie Bertrand, secrétaire général en chef des ministères sociaux, est venu lui-même, en ouverture de cette conférence studieuse, confirmer la création prochaine d’une ASIP (agence des systèmes d’information partagés) regroupant trois structures qui avaient tendance à se marcher sur les pieds : le GIP-DMP (groupement d’intérêt public chargé de la mise en place du dossier médical personnel) le GIP-CPS (carte professionnelle de santé) et un bout du GEMSIH (structure dédiée aux systèmes hospitaliers). Messager de la ministre, l’artisan des ARS (agences régionales de santé) dont les contours ont été dévoilés dans le projet de loi HPST (hôpital, patients, santé, territoires – cf. La Lettre n° 45), a annoncé qu’un budget conséquent serait affecté à la relance du projet, budget dont on ignore désespérément le montant puisque le PLFSS de 2009 (projet de loi de financement de la sécurité sociale) n’en dit mot.

Profitant de la présidence française de l’Union Européenne, la ministre avait chargé le GIP-DMP d’organiser une conférence Europe/Etats-Unis sur un sujet qui, noyé dans l’agitation présidentielle sur les questions financières internationales, serait resté de toute façon une rencontre d’initiés. « Nous sommes une poignée de pionniers » déclarait d’emblée Charles Friedman, coordinateur national des technologies de la santé au ministère de la santé américain, dans une tirade œcuménique. Et il est vrai que le monde des technologies de la santé est, dans chaque pays, un microcosme sympathique mais assez peu renouvelé. Le nouveau directeur du GIP-DMP, dont on prononce le nom partout dans le microcosme français, ne pouvait être présent puisqu’il n’était pas encore officiellement nommé. On dit depuis deux mois que « ce sera pour vendredi ». Gageons que les dernières signatures élyséennes le fassent sortir du bois avant la Saint Glinglin.

Le DMP n’est donc pas mort puisqu’on l’exhibe dans des salons internationaux comme une réussite potentielle. Il n’y a aucune raison d’être modeste. Les échanges internationaux ont au moins une vertu : celle de mesurer la distance entre l’affichage que les pays font de leur projet et leur réalité. Dans la stratégie de changement, la communication prend une place démesurée. À force de vanter des qualités virtuelles, on finit par les prendre pour vraies. En fin de compte, aucun pays n’a réussi de réelle révolution technologique. Partout, on structure, on normalise, on s’empêtre dans la conduite du changement. Et nulle part on n’a réussi à contourner la formidable résistance des professionnels de santé à rentrer dans un processus de partage des données. « Il faut s’appuyer sur le terrain » a-t-on entendu, faire du « bottom-up » … C’est probablement vrai. Mais les technologies de la santé ont d’abord besoin d’une révolution culturelle. Surtout les médecins !

À propos de Jean-Pol Durand et Rémy Fromentin

Depuis 2007, chaque mardi, Jean-Pol Durand, ancien rédacteur en chef du Quotidien du Médecin, Impact-Médecin Quotidien, Filières & Réseaux, et Rémy Fromentin, ancien haut responsable de l’assurance maladie, ont partagé leur vision sur l’actualité de la santé en France autour d’une lettre commune.
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