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La Lettre de Galilée

DMP : à Pâques ou à la Trinité ?

Après un pronostic très réservé prononcé à l’automne par la mission interministérielle (IGF, IGAS et CGTI) mandatée par une ministre elle-même dubitative, le Dossier Médical Personnel paraît redonner signe de vie. Il semble que le DMP entre dans sa phase de rédemption, la mission Gagneux a promis de le sortir du tombeau à la fin du mois. Ça tombe bien, ce sera Pâques. Qu’on ne s’y trompe pas néanmoins, la feuille de route de la mission vise à redéfinir les grandes étapes du projet, à améliorer sa gouvernance et à organiser la concertation. Comme si le GIP avait fauté sur tous ces points ! Mais pour l’instruction du dossier, il vaut mieux se référer au rapport d’information de la commission des affaires culturelles, familiales et sociales présenté il y a un mois, par le député Jean-Pierre DOOR, cardiologue de son état, rapport passé un peu au second plan mais remarquablement bien documenté. On reprochera tout juste à son auteur d’avoir attendu la 101ème page (sur 135) pour formuler quelques recommandations dont la moins tendrement exprimée est que le DMP doit être, résolument, un dossier médical…professionnel.

Après avoir auditionné tout le who’s who du microcosme de la santé, y compris les ministres actuels et anciens, le rapport DOOR a l’avantage de dresser un panorama complet de l’informatisation du système de santé et d’inventorier sans retenue tous les obstacles qui freinent la mise en place des objectifs fixés par le législateur de 2004. Si l’argument de « la suppression des actes répétitifs » devient plus convaincant depuis le succès du Dossier Pharmaceutique (DP) considéré par Jacques SAURET, directeur du GIP, comme le « volet iatrogénie du DMP comme le DCC en sera le volet cancer », et si l’optimisme revient sur celui de « la qualité des soins » à l’idée que la HAS (Haute autorité de santé) pourrait être associée à la structuration des informations inscrites dans le DMP, il y a du souci à se faire sur le 3ème objectif : celui de « la coordination des intervenants ». De quelle coordination s’agit-il ? Qu’on ne s’y trompe pas, il s’agit bien de la coordination entre la médecine de ville et la médecine hospitalière.

Il serait incongru de ne pas admettre que les médecins libéraux sont sortis de leur superbe isolement lorsque l’on observe le nombre de réseaux de santé qui ont fleuri sur le territoire à la faveur, il est vrai, de crédits publics accordés opportunément pour favoriser la « culture du partage » de l’information médicale. Mais, chacun bidouillant son système d’information dans son coin, la conséquence a paradoxalement abouti à renforcer le cloisonnement de systèmes toujours aussi peu capables de communiquer entre eux. Là où le rapport DOOR ajoute des motifs d’inquiétude c’est lorsqu’il révèle de surcroît l’état réel de l’informatisation des cabinets médicaux. L’effet Sesam-Vitale masquerait en effet considérablement la vérité. La transmission de feuilles de soins électroniques ne signifie pas que 80% des médecins utilisent un ordinateur, gèrent un dossier patient ou surfent sur le net. Seulement la moitié d’entre eux se serviraient d’un logiciel de gestion de cabinet et un peu plus du tiers seraient abonnés à l’ADSL. Le chemin à parcourir serait donc considérable et la réappropriation du DMP par le patient dans le courant de 2006 n’a pas arrangé les choses. Beaucoup de médecins, de surcroît lassés de leur dépendance vis-à-vis de leurs fournisseurs de logiciels, eux-mêmes atteints par le marasme ambiant, se sont arc-boutés sur leurs fiches papier ou, dans le sens inverse, pour les plus téméraires, se sont mis à rêver, à l’instar des pharmaciens d’officine, d’un dossier professionnel bien à eux. Au moment où l’activité conventionnelle tente de redémarrer (cf. lettre Galilée n°19), ne faut-il pas sortir de l’oubli les dispositions de la Loi du 13 août 2004 qui conditionnent le conventionnement avec l’assurance maladie à l’utilisation du DMP ?

Le deuxième –et sans doute principal– motif d’inquiétude que suscite le rapport DOOR vient de l’état de « désordre » dans lequel végètent aujourd’hui les systèmes d’information hospitaliers. L'indigence des équipements hospitaliers, (« vieilles 403 bricolées » pour reprendre l'expression de Jean de Kervasdoué, cité dans le rapport), interdit toute perspective à court terme. Sauf exception (le CHU de Rouen notamment), il n'existe pas de système d'information hospitalier recensant l'essentiel des informations générées par TOUS les services de l'établissement. Si 30% des hôpitaux revendiquent un « dossier informatisé », très peu d’entre eux possèdent des systèmes structurés consultables. L’extrême viscosité de réaction du mastodonte lui a même valu un moratoire de 3ans pour la diffusion à ses praticiens de leur carte d’authentification des professionnels de santé (CPS). Pourtant les moyens ne font pas défaut : 1,4 milliard d’euros sont consacrés chaque année aux dépenses informatiques par 3000 établissements de santé, mais seulement 20% de cette somme sont destinés aux nouvelles acquisitions. L’attention frénétique que portent le Gouvernement et le Président de la République à l’hôpital ne doit pas faire oublier les promesses du Plan Hôpital 2012 qui prévoit de consacrer 15% des crédits à la modernisation des systèmes d’information hospitaliers « en cohérence avec le DMP ».

Situation miséreuse en ville et erratique à l’hôpital : le bilan de Jean-Pierre DOOR est finalement plus grave que ne l’ont noté les observateurs. Il ne fait pas de doute, dans ces conditions, que la coordination des soins n’est pas pour demain. Ni pour Pâques, ni pour la Trinité. Ce n’est pas une raison pour la remettre à la Saint Glinglin !

À propos de Jean-Pol Durand et Rémy Fromentin

Depuis 2007, chaque mardi, Jean-Pol Durand, ancien rédacteur en chef du Quotidien du Médecin, Impact-Médecin Quotidien, Filières & Réseaux, et Rémy Fromentin, ancien haut responsable de l’assurance maladie, ont partagé leur vision sur l’actualité de la santé en France autour d’une lettre commune.
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