La Lettre de Galilée

Directeur d’ARS : la liste finale !

Il y a plusieurs façons de lire la liste des préfigurateurs d’ARS, que Roselyne Bachelot a présenté la semaine dernière à la presse quelques minutes après leur nomination en Conseil des ministres :

- à l’aune des « nominés » dont la liste alimentait la rumeur* de ces derniers mois, de ces dernières semaines, de ces derniers jours. Disons-le tout net, des têtes sont tombées et pas des moindres ! En l’état de nos informations, certains arbitrages n’ont été rendus que l’avant veille de la décision en Conseil des ministres. Une certitude toutefois : cette liste porte bien la marque du Secrétariat Général des ministères et de M. Bertrand, son patron, et de la cellule élyséenne en charge de la RGPP (Révision Générale des Politiques Publiques) ;

- à l’aune de leurs cursus professionnels : « 50%, nous dit Mme Bachelot qui n’hésite pas devant les pourcentages un peu abusifs, exercent ou ont exercé au sein de l’État »… Certes, mais elle aurait aussi bien pu préciser que 19 des 26 nominés (soient 73%) étaient diplômés de l’une ou l’autre des trois grandes écoles du secteur : ENA (9), ENSP (7) et EN3S (3) ;

- à l’aune de leur origine politique : 4 d’entre eux sont peu ou prou des candidats « d’ouverture », histoire de ne pas laisser Claude Évin trop isolé dans ses nouveaux habits de « rallié ». Et, à la tête de belles régions, pas vraiment logés à la portion congrue, le débauchage a son prix !

- enfin à l’aune de « l’ouverture » professionnelle, promise mais mal assumée avec deux médecins (mais l’un et l’autre en « rupture de ban » avec la pratique libérale), deux candidats seulement issus de la « société civile » (et dans l’un et l’autre cas avec des lignes de CV dans le monde de la santé)

- enfin à l’aune du genre avec 7 femmes (27% pour complaire à Mme Bachelot), sans doute la plus belle réussite de cette liste mais pouvait-on attendre autre chose d’une ministre féminissime ?

Au final une liste ni tout à fait satisfaisante ni complètement décevante. Un verre à moitié plein… ou vide, selon l’angle sous lequel on se place.
A Galilée, on aurait préféré un peu plus d’audace par l’ouverture à la société civile et sûrement un peu moins de représentants du lobby préfectoral qui a déjà réussi à poser son empreinte sur la démarche en se réservant la Présidence du Conseil de surveillance… On a quelque mal à croire que dans les 81 candidats auditionnés par le Comité présidé par Jean-Martin Folz ne se soient pas trouvés plus d’impétrants « civils » de valeur… De toute évidence, et pour ce premier palmarès, le pouvoir a joué la prudence. Comment lui jeter tout à fait la pierre ?

Plus inquiétant sans doute les premiers éléments de la feuille de route gouvernementale que les préfigurateurs ouvriront lundi prochain : cap sur l’intendance dont on considérait qu’elle devait « suivre » en d’autre temps. Soit, après constitution d’un cabinet resserré, la recherche de locaux, l’élaboration du premier contrat d’objectifs et de moyens (avec l’État) et l’organisation du transfert des personnels (et des biens) issus des administrations en organismes « fusionnés ». Comme le législateur a mis la sécurité sanitaire dans leur besace, on peut penser (ou redouter**) qu’ils doivent se confronter, accessoirement mais rapidement, à la logistique du Plan anti-grippe.

Le meilleur moyen de brider la capacité d’initiative des DARS consisterait à les noyer sous une masse de directives sans plus leur laisser de place à l’improvisation, à la rencontre, à ces échanges « informels » qui scellent une implantation réussie. Le lieu et la date de leur première sortie « officielle » prendront notamment une forte valeur symbolique en termes de communication. On sera également attentif à la façon dont les accueilleront les actuels locataires des institutions supprimées : ARH, DRASS, URCAM, …
Mais il faut supposer que tout cela leur sera parfaitement expliqué au cours du séminaire d’intégration qui les réunira dès jeudi.

(*) De cette liste, on enlèvera, ici plus qu’ailleurs, le nom d’Elisabeth Hubert, ancien ministre, citée à tort par La Lettre Galilée sur la foi de deux sources (ce qu’en journalisme on qualifie d’information croisée) alors même - l’intéressée le jure et il n’y a donc pas de raison de ne pas la croire - qu’elle n’a jamais fait acte de candidature ni été « approchée ». A croire que cette nomination intéressait décidément beaucoup de monde, histoire peut-être d’en équilibrer une autre…
(**) Pour la première fois, cette chronique accueille une
contribution extérieure, critique dans le cas d’espèce, et signée du pseudonyme « à clé » voulu par son auteur. Le lecteur le moins avisé comprendra que, candidat de la première heure, il a finalement été écarté par la sélection finale.

À propos de Jean-Pol Durand et Rémy Fromentin

Depuis 2007, chaque mardi, Jean-Pol Durand, ancien rédacteur en chef du Quotidien du Médecin, Impact-Médecin Quotidien, Filières & Réseaux, et Rémy Fromentin, ancien haut responsable de l’assurance maladie, ont partagé leur vision sur l’actualité de la santé en France autour d’une lettre commune.
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