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Désertification médicale : faut-il s’entêter à peupler nos déserts ?

Territoires : le quadrupède à une patte

Le gouvernement Valls est traversé par les images d’Epinal d’une IIIème République fantasmée : un Clemenceau, un Condorcet,  sont d’intenses sources d’inspiration de nos politiques. On martèle une thématique républicaine forte, « la santé pour tous », « le mariage pour tous », « l’éducation pour tous », etc. ; et on forge une posture de communication. Au final, on brasse beaucoup de mots, beaucoup d’air pour peu d’actions concrètes. Le sarkozysme et la gauche française ont inventé l’aérophagie politique.

Le verre à moitié vide

Car la politique volontariste de la IIIème République n’est plus possible aujourd’hui. Avec plus de trois mille milliards d’euros de dette publique, l’Etat n’a plus un kopek pour initier la moindre politique, pour concrétiser la moindre idée. Au contraire même, il cherche de l’argent : 50 milliards. Une peccadille !

Et pourtant, on s’acharne à lire l’histoire à l’envers. Les quatre piliers qui fondaient le territoire de la IIIème République se sont effondrés depuis belle lurette. Du médecin, de l’instituteur et du curé, il ne reste bien que le maire. Le dernier des « notables » reste cet édile local bien esseulé. Il est toujours là, mais bien coupé des réalités politiques. L’Assemblée Nationale représente-t-elle encore son peuple ? Les maires de France sont-ils encore écoutés ? Ils bataillent, seuls, pour sauver leur Poste, leur école et leur épicerie-bar-tabac. Les enseignants sont dépressifs et les rares curés en soutane ont effrayé l’intelligentsia parisienne lorsque leurs croquenots ont battu le pavé parisien pour la Manif pour tous.

Toutes les statistiques le montrent : crise de la vocation religieuse, crise de la vocation d’enseignant, crise de la vocation médicale. Le monde de la santé change et, crise économique oblige (encore une !), les Français cherchent des métiers lucratifs et compatibles avec nos nouveaux modes de vie. Le souvenir du médecin de campagne qui accouchait nos mères sur le sol de terre battue de la cuisine paraît relever de la préhistoire. Les jeunes médecins généralistes, maintenant majoritairement des femmes, s’installent de plus en plus tardivement, dans les communes les plus dynamiques.

Alors on ne peut que louer les initiatives de Marisol Touraine pour redensifier ces zones de désert médical : des aides à l’installation, des incitations financières dans les « zones déficitaires ». Mais qui veut s’installer dans ces zones ? Rien que le nom donne froid dans le dos… La naissance récente des territoires et leur prise en compte sanitaire a accouché d’un saucissonnage peu vendeur. Une bonne vieille carte sanitaire où il faut remplir des cases vides à coup de subventions. Sans aucune évaluation possible. Qui s’installe dans ces zones ? On attend des chiffres…

Changer la focale

Au lieu de brader des « zones déficitaires », pourquoi ne pas avoir au préalable lancé une grande concertation prospective ? A l’heure où chacun a le mot « transversalité » à la bouche, pourquoi ne pas avoir proposé une vaste étude afin d’identifier les territoires en devenir ? Les aménageurs façonnent le territoire et le valorisent. La connaissance et un travail de partenariat au sein de ces projets d’aménagement du territoire peuvent permettre une réelle prospective. Un travail de géomarketing où les professions médicales « liraient » le territoire dans son avenir : au lieu de s’arrêter à une « zone déficitaire », le médecin généraliste par exemple qui souhaite s’installer pourrait prendre rapidement connaissance des aménagements prévus (et peut-être peser sur la dynamique de ces projets) : une autoroute, ou un chemin de fer ou encore un tramway, valoriserait tant son investissement foncier que son flux de patientèle.

Mais non ! Nos ministres se montrent comme de bien piètres communicants. Au lieu de valoriser les territoires, ils les présentent comme des repoussoirs et l’incitation à s’installer comme une punition. Il se murmure même au ministère que sa locataire s’entêterait à trouver des volontaires coûte que coûte. La stratégie est « nationale » et le projet de loi prévoit la soumission des médecins libéraux à un « service public territorial » devenu, pour rassurer « service territorial de santé au public ». De là à réguler l’offre par une fin de liberté d’installation, il n’y a qu’un pas. Des vestiges de la IIIème République ?

Combien de professions libérales se sont vraiment installées dans nos fameux déserts ? La France a réussi à envoyer plus de djihadistes dans le désert de Syrie que de médecins dans le désert français… On sait dès lors quoi conseiller à Marisol Touraine pour mobiliser nos jeunes internes.

Crédits photos : Moyan Brenn

À propos de Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée. Voir tous ses articles.
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