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Des hobbies, des lobbies et des bobies

Santé : les Français picolent et fument trop selon l'OCDE

L'OCDE a publié un communiqué de presse hier sur ses résultats d'enquête annuels auprès de 36 pays (le rapport sera disponible le mois prochain en accès payant). Les dépenses de santé des pays de l'OCDE devraient augmenter de +2,7% par an pour atteindre 10,2% du PIB d’ici 2030.

Ce sont les États-Unis qui dépensent le plus en soins de santé en 2018, avec 16,9 % de leur PIB, juste devant la Suisse, 12,2 % de son PIB. L'Allemagne, la France, la Suède et le Japon dépensent à peu près 11 % de leur PIB.

La Lettre de Galilée

Pour la France, les indicateurs révèlent que si le pays a le troisième rang pour reste à charge le plus bas en part de la consommation finale des ménages des pays de l’OCDE, il s'illustre comme un mauvais élève pour le tabac et l'alcool cumulant respectivement la 4ème et la 3ème place des pays. Un adulte sur quatre fume tous les jours en France, entraînant 21 000 décès du cancer du poumon et des dizaines de milliers d’autres liés aux maladies cardiovasculaires et respiratoires. L’alcool est ainsi responsable de 8 000 décès prématurés (avant 75 ans), sans compter les décès par accidents et autres morts violentes.

L'impact des cadeaux des laboratoires pharmaceutiques sur les prescriptions des médecins

Les médecins sont dans le viseur d'une nouvelle étude de l'université de Rennes, qui reprenant le constat de l'OMS en 2009, s'interroge sur "l'influence de l'industrie [pharmaceutique] sur la prescription et la délivrance des médicaments au moyen d'une gamme d'outils promotionnels susceptibles d'influer sur les choix thérapeutiques. Cette influence peut conduire à choisir un traitement qui n'est pas optimal, parfois au détriment de la santé du patient."

Croisant deux bases de données nationales françaises, "Transparence - Santé" gérée par le Ministère de la Santé et "Système national des données de santé" (SNDS) gérée par la CNAMTS, l'étude a épluché les prescriptions de 41 257 médecins généralistes libéraux. Même si de par sa méthodologie, l’étude ne peut pas montrer de lien de cause à effet, le groupe de médecins n’ayant reçu aucun avantage des laboratoires pharmaceutiques est associé à :

  • des prescriptions moins coûteuses,
  • plus de prescriptions de médicaments génériques par rapport aux mêmes médicaments non génériques (antibiotiques, antihypertenseurs, statines),
  • moins de prescriptions de vasodilatateurs et de benzodiazépine pour des durées longues [uniquement comparativement aux groupes de médecins ayant reçu le plus d'avantages],
  • moins de prescriptions de sartans comparativement aux inhibiteurs de l’enzyme de conversion (IEC), recommandés pour leur efficacité similaire avec un moindre coût [uniquement comparativement aux groupes de médecins ayant reçu le plus d'avantages].

Il n'existe pas de différence significative pour la prescription d'aspirine, de génériques d'antidépresseurs ou de génériques d'inhibiteurs de la pompe à protons.

Le Dr Bruno Goupil, premier auteur de cette étude, souligne : "Ces recherches constituent un premier travail d'analyse des données de la base "Transparence Santé". Il semble peu probable que l'argent dépensé par l'industrie pharmaceutique pour la promotion des médicaments le soit à perte. Et en effet, les résultats de notre analyse concordent avec les études existantes qui concluent en faveur d'une influence sur les prescriptions."

Le Dr Pierre Frouard, coordonnateur de l’étude, conclut : "La base "Transparence - Santé" montre que près de 90% des médecins généralistes ont déjà reçu au moins un cadeau depuis 2013. Cette base s'avère ainsi un outil qui paraît très utile pour réaliser ce type d'étude".

#BalanceTonMédecin, le hashtag qui fait mal

Depuis cette semaine, dans la lignée de #BalanceTonPorc qui avait défrayé le net, un hashtag se répand comme une traînée de poudre : #BalanceTonMédecin. Les patients témoignent de leur mauvaise expérience avec leur médecin jugé raciste, xénophobe ou incompétent.

À l'origine, un tweet de Jaddo, médecin twittos, bien connue des réseaux sociaux. What'sUpDoc enquête sur l'origine de ce mauvais buzz. "À l'origine, le thread [une série de tweets d'un même auteur qui se succèdent, NDLR] d'un médecin généraliste [Jaddo, NDLR], dénonçant les biais antiracistes dans la pratique des soins. Qui a été interprété comme une apologie du racisme, déclenchant une cascade de dénonciations de médecins, lesquels se sont défendus en criant au lynchage".Depuis le thread a été effacé. Elle avait eu la maladresse de s'épancher sur une patiente arabe de cinquante ans sur son blog.

"J’ai essayé de raconter le déclic de ma prise de conscience de comment là, pour cette patiente là, j'avais merdé, à cause de biais racistes. Ils existent, plein d'études le montrent, on le sait. Mais on pense toujours que c'est les autres et pas soi" expliquer-telle. Mais le mal est fait. Ses articles de blog et ses tweets sont été interprétés par certains militants antiracistes et féministes comme l’expression d’un racisme revendiqué.

Sans nier l'existence d'une interrogation légitime sur les possibles biais racistes dans le colloque singulier entre médecin et patient étranger, la polémique qui participe d'une évolution de la société  n'a fait que renforcer la défiance des Français envers le corps médical.

Crédits photos : Alan Levine

 

À propos de Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée.Voir tous ses articles.
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