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Démographie médicale : un médecin sur cinq est étranger

Le très sérieux et conservateur Conseil de l'Ordre des Médecins a l'art de la formule; au travers d'infographies colorées, le respectable Ordre nous apprend qu'aujourd'hui en France un médecin sur cinq est étranger. Hélas, ils ne soigneront pas notre désertification médicale puisque la plupart de ces nouveaux venus profitent plutôt d'un exercice salarié ou choisissent des régions d'exercice déjà sur-dotées... Faut-il s'alarmer de cette tendance grandissante ?

Lire : La révolution du premier recours

L'immigration, sujet d'actualité

Cette semaine, certainement pour étayer les analyses du CNOM, c'est l'INSEE qui publie un rapport sur les flux migratoires en France. On y apprend qu'au début de l'année 2013, "5,8 millions d’immigrés vivaient sur le territoire français, soit 8,8 % de la population résidant en France. C’est 800 000 de plus qu’en 2004 ; ils représentaient alors 8,0 % de la population. (...) Chaque année, en moyenne, entre 2004 et 2012, 200 000 immigrés sont arrivés en France (soit 0,3 % de la population)."

L'immigration se fait de plus en plus européenne : près d’un immigré sur deux est né dans un pays européen et trois sur dix du Maghreb. L’immigration d’origine européenne est majoritairement portugaise, britannique, espagnole, italienne ou allemande soit 57 % des entrées d’immigrés nés en Europe et 25% de l’ensemble des entrées en 2012.

La Lettre de Galilée

 

La France attire de plus en plus d'immigrés qualifiés : "63 % des immigrés entrés en France en 2012 sont au moins titulaires d’un diplôme de niveau baccalauréat ou équivalent". Le profil de l'immigré change progressivement. Plus d’ un immigré sur deux en provenance des États-Unis, de Chine, d’Espagne, d’Italie ou de Russie possède un diplôme supérieur. "Entre 2004 et 2012, toutes origines confondues, la part des immigrés ayant un diplôme au moins équivalent au baccalauréat a augmenté de 7 points".

La Lettre de Galilée

Nick Clegg et David Cameron

Hasard du calendrier, la Grande-Bretagne a elle aussi publié ses chiffres sur l'immigration : +39% entre 2013 et 2014, majoritairement en raison également de l'afflux de migrants européens. Et David Cameron, le Premier Ministre britannique, n'a pas tardé à réagir, le lendemain, en proposant des mesures radicales pour réduire l'immigration en provenance des pays de l'Union européenne : instauration d'un délai de quatre ans avant de pouvoir bénéficier de prestations sociales ou d'un logement social. Selon Le Figaro, il a aussi déclaré qu'un "immigré ne devrait pas venir au Royaume-Uni sans offre d'emploi", ajoutant qu'il sera "prié de quitter le pays au bout de six mois s'il n'a pas trouvé de travail".

Dans ces flux de migration, certainement des médecins qui viennent s'installer en France.

En France, de plus en plus de médecins étrangers. Une fatalité ?

A lire les gros titres de la presse, le phénomène des flux migratoires des médecins étrangers est préoccupant. Un médecin sur deux titulaire d'un diplôme européen vient de Roumanie (+520% entre 2007 et 2014). Les médecins titulaires d’un diplôme hors de l'Union Européenne représentent 54,5% des médecins candidats à l'immigration : principalement l'Algérie, la Syrie et le Maroc. C'est la première année que l'Ordre des Médecins publie un tel rapport. Actuellement, le CNOM recense 54 168 médecins nés hors de France, soit 19,6%. Mais, sur cet ensemble, 44,2% sont des médecins de nationalité française et 31,2% sont naturalisés français. Ouf. Nous voilà rassurés...

Plus d’un médecin sur deux est né dans un pays du Maghreb.

  • Les médecins inscrits au tableau de l’Ordre en activité régulière et nés dans un pays de l’Union Européenne représentent 25% de l’ensemble des médecins nés dans un pays autre que la France. Ils sont représentés à 55% par les femmes et sont originaires de Roumanie (34%) ; Allemagne (16,4%) et Belgique (12,7%).
  • Les médecins nés hors Union Européenne représentent 75% des médecins nés dans un pays autre que la France et l’Union Européenne. Ils sont massivement représentés par les hommes (69%). Plus d’un médecin sur deux est né dans un pays du Maghreb. (p.14)

Si 43,6% sont nés au Maghreb (Algérie, 25%; Maroc, 11,5% et Tunisie, 7,1%), l'augmentation des effectifs entre 2007 et 2014 (+10,4%), "est fortement influencée par l’arrivée massive [...] de médecins nés dans un pays de l’Union Européenne (+58,9%)". (p.13) David Cameron a donc tout compris !

 

La Lettre de Galilée

La Lettre de Galilée

Des profils contrastés pour les médecins généralistes.

Sur les 40 354 médecins nés dans un pays autre que la France, 1 médecin sur deux exerce la médecine générale. La majorité des médecins généralistes nés en Algérie, Maroc et Tunisie ont obtenu leur diplôme en France. Ces médecins généralistes nés au Maghreb sont âgés en moyenne de 56 ans (33% des médecins généralistes sont âgés de plus de 60 ans) et représentés majoritairement par des hommes. Le profil est différent pour les 840 médecins généralistes nés en Roumanie. Entre 2007 et 2014, leur flux a augmenté de +377,3%. Et la tendance est à la croissance. Ce sont majoritairement des femmes, plus jeunes, âgées en moyenne de 46,5 ans (28,2% des médecins généralistes nés en Roumanie sont âgés de moins de 40 ans).

"Quel que soit le pays d’obtention du diplôme extra-européen, ces médecins exercent de façon préférentielle en secteur salarié." p.92

Faut-il avoir peur des médecins étrangers ?

Derrière les titres accrocheurs, les chiffres racoleurs et les raccourcis idéologiques, les chiffres présentés par le CNOM suivent proportionnellement ceux présentés par l'INSEE (et Cameron...). Le contexte géopolitique marque fortement les flux migratoires : l'ouverture de l'Europe aux pays de l'Est, la guerre en Syrie, l'instabilité au Proche-Orient etc. On constate des tendances similaires entre les flux migratoires populationnels et ceux plus spécifiquement médicaux : forte féminisation des flux migratoires actifs, renforcement des flux intra-européens.

Par ailleurs, le rapport du CNOM analyse l'origine des diplômes (européens ou hors Europe). La région Ile-de-France polarise 29% des professionnels à diplôme européen et extra-européen. Il dresse une carte de France : la Picardie concentre la plus forte proportion de médecins ayant obtenu un diplôme hors de l'UE (78%), l'Ile-de-France (68%), la Haute-Normandie (63%), le Centre (62%), alors que les régions comme l'Alsace concentre des médecins au diplôme européen (66%), la Lorraine (61%), Midi-Pyrénées (58%) et PACA (57%). L'analyse est intéressante et révèle que majoritairement quelque soit la région, le pays de naissance ou le diplôme d'origine, le choix est globalement porté sur un exercice salarié. Comme le souligne l'Ordre, "ces populations nouvelles ne suffisent pas à résoudre la problématique de l’accessibilité aux soins de premier recours et en accès direct. En effet, 62,4% de ces médecins privilégient l’exercice salarié, ce qui est une proportion importante en comparaison de l’effectif général. À titre d’exemple, en Picardie, où l’offre de soins de premier recours et en accès direct est en tension, 83% des diplômés extra-européens choisissent le salariat. En Île-de-France, région elle aussi en tension démographique pour la médecine générale, seulement 23% d’entre eux exercent en libéral."

 

Le phénomène n'est pas spécifique à la France. La Suisse, la Norvège, le Royaume-Uni et la Slovénie recensent plus de 10% de leurs spécialistes médicaux et chirurgicaux qui disposent d'un diplôme européen. C'est le Royaume-Uni qui détient le record européen de médecins à diplôme hors UE (24,2%), suivi de l'Irlande (22,8%), de la Slovénie (9,7%) et de la France (7%). La conjoncture favorise cette immigration. Mais ces chiffres, qui pris isolément font craindre le loup dans le bergerie, devraient être confrontés à ceux de l'Assurance maladie afin de connaître la qualité et l'efficience des soins prodigués par ces nouveaux venus. Et si ces chiffres révélaient que la médecine soigne bien mieux hors de France ?

Crédits photos : Number 10, bathintherain.

À propos de Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée. Voir tous ses articles.
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