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Démocratie sanitaire : trompe-l’œil, coup d’État ou usine à gaz ?

Le rapport de Claire Compagnon fait un état des lieux exhaustif et objectif de la participation des patients au système de santé. Mais ses recommandations, quand elles ne hérissent pas, sont quand même de tous les dangers.

La connotation très révolutionnaire du rapport que vient de remettre Claire Compagnon à Marisol Touraine sur « la démocratie sanitaire » n’est pas un hasard. Pourquoi en effet avoir choisi le terme « an II » plutôt que « acte II » pour cet imposant codicille aux fondamentaux kouchnériens de 2002 ?
Pour répondre poliment à Marisol Touraine peut-être ? Car le site du ministère précise que « La mission confiée à Claire Compagnon incarne la volonté de refondation (...) au coeur de la stratégie nationale de santé". « Refonder » veut dire « changer les fondements ». Allons ! On ne touche pas aux textes sacrés, la loi du 4 mars 2002 a été sanctuarisée aussi bien par la gauche que par la droite.
Autre hypothèse pour son auteure : profiter d’une opportunité pour frapper fort sur la forme faute d’être entendue sur le fond, convaincue que, le plus souvent, les rapports ne servent à rien. Comme le remarque Eric Favereau dans Libération « La ministre de la Santé, Marisol Touraine, a pris une drôle d’habitude : elle commande des rapports à d’éminentes personnalités. Ces dernières les lui rendent, et ensuite… Il ne se passe rien. Vendredi dernier, rebelote. » En réalité, cette habitude n’est pas propre à la ministre actuelle. L’appel à des stars s’est institutionnalisé alors que la Cour des Comptes et l’IGAS sont faites pour ça. Et tous les auteurs réclament l’intégralité et l’immédiateté de la mise en place de leurs recommandations.

La Lettre de Galilée
Dans la lettre de mission, Touraine parle de « prolongement de la mission Couty ». Cela tombe bien car on ne peut pas dire que le rapport de l’ancien directeur de l’organisation des soins ait laissé un souvenir inaltérable.

Le clin d’œil à la Terreur de 1793 est sûrement maladroit mais la relance de cette véritable « révolution copernicienne » (expression de Dominique Thouvenin que reprend l’auteure pour évoquer la révolution des patients) apparaît dans le rapport comme une impérieuse nécessité. La démocratie sanitaire aurait eu sa prise de la Bastille, il lui manquerait un An II. Faudra-t-il couper des têtes ? Non, il y a belle lurette qu’elles sont déjà tombées.
Explications.

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À propos de Remy Fromentin

Cofondateur de La Lettre de Galilée en 2007, il a mené une carrière de dirigeant au sein de l'Assurance maladie jusqu'en 2002. Il est depuis cette date consultant international. Voir tous ses articles.
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