La Lettre de Galilée

Cris et toussotements

Dans cette période de menace virale pré-hivernale les éructations sont à éviter. La mutation des agents pathogènes de la grippe a, dit-on, pris de court les fabricants de vaccins. Ce qui n’a pas empêché les conventionnistes de parapher l’avenant 23 de la convention médicale sur la vaccination antigrippale, malgré la critique, un peu emphysémateuse il est vrai, des syndicats de généralistes opposants (cf. la brève n° 85 de Espace généralistes).

Loin de nous l’idée de « souffler dans les bronches » de quiconque -c’est contagieux… mais force est de reconnaître qu’on entend, depuis une semaine, des quintes de toux multiples et itératives.

La première vient des médecins libéraux. Encore eux ! Au moment où Roselyne Bachelot s’évertuait à rassurer l’hémicycle sur « le faux procès » pour déviance étatique caractérisée fait à la loi qui porte déjà son patronyme, les médecins libéraux sont montés aux créneaux, via leurs lobbies habituels, pour houspiller ces « usines à gaz » régionales, les fameuses ARS-« pivots de la réforme ».
A les en croire la loi est pleine de courants d’air et tout le monde s’enrhume.

Ce fut au tour des présidents de caisses de l’assurance maladie d’exprimer leurs allergies saisonnières. Dépecés par la loi du 13 août 2004, les élus des conseils, n’ont en vérité, plus grand-chose à faire sinon à servir de poil à gratter indispensable dans notre démocratie.
Reprenant son souffle, la ministre a cru bon réunir les 250 présidents de l’assurance maladie pour les rassurer à leur tour. Elle leur a promis que l’Agence régionale de santé établirait chaque année « un programme régional pluriannuel de gestion du risque » reprenant les actions définies par la Cnamts. Curieux copié-collé d’une célèbre ordonnance du 24 avril 1996 qui a introduit dans le code de la sécurité sociale un certain article L.183-1… qui dit la même chose. Certains présidents d’URCAM (Union régionale des caisses d’assurance maladie) ont cru s’étouffer.

La gestion du risque : nous voilà bien au cœur de notre sujet(1). Tout le monde pense que l’assurance maladie est aujourd’hui la seule apte à gérer le risque maladie. Et c’est dans les règles habituelles du combat de montrer ses muscles au milieu de l’arène pour impressionner l’adversaire.
Or, deux toussotements supplémentaires nous laissent perplexes sur la capacité de l’Institution à exercer totalement les compétences qu’elle revendique.

Le premier vient des organismes complémentaires.
Vœu pieux depuis, grosso modo, la loi Teulade de juin 1993, et en dépit des timides expériences menées à la suite du rapport Babusiaux, le partage des données fait l’objet d’un embargo systématique. Pourtant inscrit dans la loi, le rôle de l’UNOCAM (Union nationale des organismes complémentaires d’assurance maladie) est balayé d’un revers de manche malgré la volonté affichée du directeur général de la CNAMTS de mettre en œuvre des stratégies communes de gestion du risque.
L’accord conclu entre le gouvernement et la seule FNMF (mutualité française) en juillet est resté en travers de la gorge des autres organismes complémentaires.

Le second toussotement vient du patron de la pneumologie française, le professeur Bruno Housset, qui a découvert, par la presse comme tout le monde, l’annonce de la CNAMTS du lancement prochain d’un programme d’accompagnement des malades asthmatiques (par l’intermédiaire de leur médecin traitant).
Nous n’avons pas, ici, la compétence pour discuter d’arguments médicaux, mais il semble que la caisse nationale d’assurance maladie n’ait pas mesuré « le retard constant des recommandations y compris celles de la HAS par rapport aux progrès thérapeutiques, évaluations et recommandations internationales ». En un mot, les experts des maladies respiratoires regrettent de ne pas avoir été associés dès le départ à une démarche dont l’objectif aurait fait l’unanimité si la CNAMTS n’avait pas travaillé seule dans son coin.

Morale de l’histoire (en guise de... recommandation de bonne pratique) : le meilleur antitussif dans la gestion du risque est la concertation et la transparence avec tous les partenaires.

Y-a-t’il une thérapeutique, ou un vaccin, contre l’isolement ?

(1) C’est la raison pour laquelle nous organisons un séminaire exceptionnel de formation sur ce sujet majeur. Pour accéder au programme rendez-vous sur le site formation.groupe-galilee.fr

À propos de Jean-Pol Durand et Rémy Fromentin

Depuis 2007, chaque mardi, Jean-Pol Durand, ancien rédacteur en chef du Quotidien du Médecin, Impact-Médecin Quotidien, Filières & Réseaux, et Rémy Fromentin, ancien haut responsable de l’assurance maladie, ont partagé leur vision sur l’actualité de la santé en France autour d’une lettre commune.
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