COVID-19 : le Gouvernement soupçonné de faciliter l’euthanasie

Éditorial de la 489ème

Le Chef de l’État, lors de son allocution télévisée du 16 mars dernier, se plaisait à recourir à la métaphore guerrière pour décrire la lutte collective contre le COVID-19. L’expression « nous sommes en guerre« , martelée à six reprises, a marqué les esprits.

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En attendant ces « jours heureux« , ces « jours meilleurs » que nous promet Emmanuel Macron, bronzé et confiant, lors de son dernier discours télévisé, la « guerre » continue. Au moins jusqu’au 11 mai. Une guerre où il ne s’agit pas de tuer mais de préserver. Un combat contre la mort. Une guerre pour la vie.

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Le 31 mars, une tribune publiée dans Le Monde, co-signée par des professionnels pratiquant l’IVG,  appelait à autoriser les avortements par voie médicamenteuse au domicile jusqu’à neuf semaines d’aménorrhée, soit sept semaines de grossesse. Et pour les mineures, qu’elles soient dispensées du délai de quarante-huit heures qui leur est actuellement imposé avant leur IVG et puissent bénéficier d’une IVG dans la foulée de leur première consultation.

Cette tribune a certainement décidé le Ministre des Solidarités et de la Santé, Olivier Veran, à solliciter le 7 avril dernier la Haute Autorité de Santé (HAS) qui a rendu une réponse rapide, dans le contexte de pandémie, sur les recommandations à adopter concernant les interruption volontaire de grossesse (IVG), afin de « garantir une réponse aux demandes », « en limitant les expositions des patientes et des professionnels au COVID-19 et en ménageant les ressources des établissements de santé« . De fait, dans son avis, la HAS valide la possibilité de proposer aux femmes une IVG médicamenteuse à domicile « jusqu’à 9 semaines d’aménorrhée« .

Aujourd’hui, l’avortement n’est permis que jusqu’à la fin de la cinquième semaine de grossesse (soit au maximum 7 semaines d’aménorrhée). Cette date limite peut être prolongée jusqu’à sept semaines de grossesse (soit neuf semaines après le début des dernières règles) mais uniquement dans le cas d’une hospitalisation dans un établissement de santé.

L’arrêté a été publié au Journal Officiel ce 14 avril. Il autorise même l’avortement en téléconsultation : « Eu égard à la situation sanitaire, la première prise des médicaments nécessaires à la réalisation d’une interruption volontaire de grossesse par voie médicamenteuse peut être effectuée dans le cadre d’une téléconsultation avec le médecin ou la sage-femme« . (…) « les interruptions volontaires de grossesse pratiquées par voie médicamenteuse par un médecin ou une sage-femme (…) peuvent être réalisées jusqu’à la fin de la septième semaine de grossesse , dans le respect du protocole établi par la Haute Autorité de santé publié sur son site internet. »

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Autre sujet qui fait polémique depuis la publication de la loi d’urgence sanitaire et des décrets afférents : l’autorisation d’administrer du Rivotril hors Autorisation de mise sur le marché (AMM). Le Rivotril est un puissant sédatif dédié à la prise en charge de l’épilepsie et fortement contre-indiqué pour les personnes souffrant d’insuffisances respiratoires.

Ainsi, dans un décret publié au JO le 28 mars dernier, le Ministère de la Santé autorise la dispensation du Rivotril en vue de la prise en charge des patients « atteints ou susceptibles d’être atteints » par le virus. Certains médecins s’en sont émus craignant de faciliter ainsi l’euthanasie. Ce qui pose problème, c’est que le Rivotril ne guérit pas : il soulage des patients qui n’ont plus aucune chance de survie. Et le Rivotil apparaît complètement contre-indiqué pour les patients atteints du coronavirus à cause de ses effets secondaires. Selon une étude de l’INSERM datant de 2013, 50% des patients prenant alors cette classe de médicament souffraient d’effets secondaires, en particulier des troubles respiratoires (dyspnée), dus à l’emploi des benzodiazépines.

Si les protocoles de fin de vie élaborés par la société française de soins palliatifs (SFAP) doivent être respectés pour l’administration de ce sédatif, la publication de ce décret ne mentionne pas l’obligation de respecter la collégialité dans cette décision. C’est pourquoi, face à l’imprécision de ce texte, le Conseil d’État a été saisi en référé par le syndicat Jeunes Médecins.  « L’administration de cette molécule (contre-indiquée en cas d’insuffisance respiratoire) à un patient souffrant du Covid-19 aura pour effet d’atteindre une sédation terminale à domicile entraînant le décès » plaide-t-il. L’Espace éthique de la région Ile-de-France a également adressé une saisine au Comité consultatif national d’éthique (CCNE), pour qu’il « émette une position à ce sujet et précise les principes éthiques qui s’imposent à cet égard dans cette situation exceptionnelle ».

Dans une tribune dans Libération, même Martin Winckler,  Denis Labayle et Bernard Senet, défenseurs de l’euthanasie, pointent du doigt cette précipitation : « Même si ce décret limite dans le temps l’autorisation de l’emploi du Rivotril intraveineux, il est une reconnaissance officielle de l’aide médicale à mourir. Ce que beaucoup réclament depuis des années. Il est temps de reconnaître la valeur éthique et humaine des médecins qui ont le courage d’éviter à leur patient une agonie inutile et douloureuse. Toutefois, par la précipitation dans lequel il a été élaboré, ce texte ministériel pose trois problèmes de fond. Tout d’abord, où est la collégialité nécessaire à une telle décision ? La loi Claeys-Leonetti n’a rien précisé sur ce point essentiel. Comment la faire vivre quand on exerce seul au fin fond de la Lozère ou de la campagne bretonne ? Ensuite, la limitation du décret dans le temps. Pourquoi ce qui est considéré comme une solution humaine un jour ne le serait pas demain ? Enfin, il manque dans ce décret l’élément essentiel : le choix du malade ou l’avis de la personne de confiance.« 

Dans le Quotidien du Médecin, on apprend finalement que « ce décret répond à des risques de tensions sur certains médicaments, comme le midazolam (benzodiazépine utilisée en anesthésie), utilisé en première intention« . « Nous avons besoin de ces dérogations, pour être sûrs qu’à n’importe quel endroit du territoire, on puisse avoir accès à l’une des quatre molécules permettant de prendre en charge des détresses respiratoires asphyxiques à domicile ou en EHPAD », explique au QdM le Pr Morel.

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Il est vraiment dommage qu’après des mois de diplomatie et de concertation autour de la réévaluation des lois de bioéthiques, ces décrets maladroits et imprécis enveniment la stratégie sanitaire avec des polémiques sur l’euthanasie.

Crédits photos : Môsieur J. .

À propos Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée.Voir tous ses articles.
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