Covid-19 : encore trop d’incertitudes pour mener des actions pertinentes

Éditorial de la 497ème

C‘est la rentrée de La Lettre de Galilée. L’actualité de l’été n’aura pas été de tout repos; on se demande même si elle n’a pas été plus virale que le virus lui-même. Le Président se félicitait le 14 juin dernier d’une « première victoire » gagnée sur la Covid (voir l’édito n°496). Presque 3 mois plus tard, après les vacances, les signaux commencent à s’allumer en rouge et le Gouvernement ne sait toujours pas sur quel pied danser…

Le 11 mai, Olivier Veran affirmait que « la France prête pour tester massivement« . L’objectif étant, à la sortie du confinement, de tester 700 000 personnes par semaine. Aujourd’hui, l’objectif est même dépassé. N’importe qui peut effectuer un test PCR pour vérifier sa positivité au virus : depuis le 25 juillet, un arrêté permet à tout assuré de bénéficier « à sa demande et sans prescription médicale » d’un test de détection. Du coup, tout le monde montre le bout de son nez et c’est la bousculade devant les 5 649 centres de  prélèvements autorisés en France. Chacun veut se rassurer. Un million de tests sont ainsi réalisés chaque semaine. Les scènes d’embouteillages et d’attente devant les centres de dépistage se multiplient. Et les délais pour avoir ses résultats courent d’autant. Même si Olivier Veran, pendant l’été, a délégué par arrêté la possibilité de faire ces tests aux étudiants en médecine, aux aides soignants ou aux secouristes, les centres arrivent aujourd’hui à saturation. C’est toute la stratégie de dépistage du Gouvernement qui est remise en question.

Le test PCR est un test sur prélèvement naso-pharyngé qui permet de détecter de manière très précise (trop précise peut-être) non pas la présence du virus Covid-19 mais certaines de ses séquences génétiques. C’est un article du New York Times fin août qui avait jeté un pavé dans la mare dans la stratégie des tests PCR engagée massivement par la France : ils détectent la présence du virus, mais pas la contagion. Autrement dit, les personnes qui vont se faire dépister peuvent être porteuses des séquences génétiques du virus sans pour autant porter de virus vivants. On peut être positif, en bonne santé, sans être contagieux.

Du coup, des milliers de personnes risquent une quarantaine dont certaines pour rien… Une mesure qui risque au final de pénaliser fortement l’économie française en handicapant les entreprises.

Un dépistage de masse qui n’est pas forcément efficace puisqu’il n’y a pour l’instant aucun ciblage particulier. Et sur France Inter, ce mardi matin, au micro de Léa Salamé, Olivier Veran le concède lui-même « trop de personnes malades ou cas contact doivent attendre pour se faire tester, ce qui est inacceptable. Les règles de priorisation doivent être appliquées partout, tout en laissant un accès large à tous« . En gros débrouillez-vous comme vous pouvez pour accepter tout le monde et en priorité ceux qui en ont besoin.

Logique statistique : plus de personnes sont testées, plus de cas positifs sont recensés. Selon les données de Santé Publique France, le nombre de tests a plus que doublé entre début juillet et fin août. Au total 902 815 personnes ont été testées entre le 31 août et le 6 septembre, contre 329 825 entre le 6 et 12 juillet. L’enjeu n’est pas aujourd’hui une question de chiffres, mais plutôt de cibles et d’organisation.

Hier, dans un entretien, François Blanchecotte, le président du syndicat de biologistes (SDB) estimait que « dépister à tout va, n’importe qui, n’importe quand, cela n’a pas de sens et ne servira pas à maîtriser l’épidémie. (…) on fait les choses en sens inverse : on détermine un nombre de tests à faire par semaine sans avoir une idée précise du besoin territoire par territoire« . Au contraire, il appelle à une campagne de dépistage ciblée. « On doit absolument être en mesure de réserver une file prioritaire aux patients zéro et aux cas contacts pour réagir vite face à un nouveau foyer. Sans cela, la stratégie de dépistage massive ne sert à rien. Les médecins, en coordination avec les équipes des CPAM pour les cas contacts, sont les mieux placés pour les faire entrer dans cette file prioritaire. »

Le Ministre a également annoncé pour désengorger les centres de dépistage le déploiement de tests salivaires dans les 15 prochains jours. Ces derniers traquent non pas le génome du virus, mais un antigène, autrement dit une protéine à l’origine de la réaction immunitaire. Ils sont moins sensibles pour détecter la Covid-19 mais immédiats (15 à 20 minutes) alors qu’il fallait attendre les résultats en laboratoire pour les tests sur prélèvement naso-pharyngé. Pour ces tests salivaires, très attendus puisqu’ils permettraient de se dispenser du désagréable écouvillon dans le nez, « j’attends », nous dit le ministre, « de façon imminente des résultats d’expérimentation, je croise les doigts avec vous pour qu’on puisse passer au salivaire. Dans les tout prochains jours, je devrais avoir des éléments qui permettront de répondre par oui ou non. » La Haute Autorité de Santé (HAS) ne s’est pas encore prononcée sur la pertinence de ces tests qu’elle ne recommande pour l’instant pas.

Autre limite des tests de dépistage de masse pointée du doigt : le moment du dépistage. Le test ne doit pas être fait ni trop tôt ni trop tard. Il n’y a aucune pertinence dans le temps à faire un dépistage de masse car une personne testée négative aujourd’hui, sera peut-être positive demain. Et la personne vraiment positive devra attendre parfois plusieurs jours pour se faire dépister et passer par la case isolement.

Face aux incertitudes liées à cette pandémie, le Gouvernement navigue à vue et ne sait toujours pas sur quel pied danser. Peut-on pour autant lui jeter la pierre pour ses actions ? Les publications scientifiques se multiplient, et se contredisent, mais nous ne savons toujours pas comment le virus évoluera, nous ne connaissons toujours pas avec certitude son taux de létalité, ni si les mesures à engager (l’isolement de 14 jours ou de 7 jours, l’obligation du port du masque dans la rue, la stratégie de dépistage à engager, la possibilité d’un nouveau confinement face à une deuxième vague, etc.).

Une chose est sûre, l’impact économique et sociétal est énorme. François Ecaille sur son blog détaille avec justesse l’impact des mesures prises depuis le début de la crise en faveur des entreprises : les premières mesures immédiatement engagées (indemnisation du chômage partiel, fonds de solidarité pour les petites entreprises, reports de charges fiscales et sociales, garantie de l’Etat sur les prêts) ont été salutaires pour les entreprises et ont permis de limiter le nombre des entreprises illiquides et insolvables. Par la suite, la multiplicité des plans sectoriels de soutien aux entreprises, annoncés dans l’urgence et sans suivi ni étude d’impact particulier, manque de cohérence et de pertinence. « Les coûts de ces plans sectoriels annoncés par le Gouvernement sont des additions de choux et de carottes (garanties de prêts, indemnisation du chômage partiel…) qui ne distinguent pas les coûts des mesures générales, dont bénéficient ces secteurs, et ceux des mesures sectorielles spécifiques. L’importance des montants affichés risque d’entraîner des revendications sectorielles de plus en plus fortes. »

Malgré ces mesures, dans son dernier point de conjoncture, mardi dernier, l’INSEE relevait que le PIB reculerait pour l’année 2020 de 9% malgré un rebond de croissance à +17% pour le dernier trimestre et prévoyait une augmentation du chômage : plus de 700 000 emplois salariés ont été perdus au premier semestre 2020. Du jamais venu depuis 1949. Au deuxième trimestre 2020, la France est entrée officiellement en récession.

Serons-nous amenés dans les prochaines semaines à devoir choisir entre l’économie ou la santé ?

Crédits photos : North Charleston.

 

À propos Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée.Voir tous ses articles.
Contenu non disponible.
Merci d’accepter les cookies en cliquant sur « Accepter » sur la bannière.

En continuant à utiliser le site, vous acceptez l’utilisation des cookies. Plus d’informations

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer