La Lettre de Galilée

Copé collé ?

Inénarrable Jean-François Copé ! Tellement content d’avoir accouché d’un slogan pour les prochaines législatives, il a aussitôt commencé d’instruire le bilan du quinquennat Hollande pas encore officiellement installé… Mais tellement prétentieux aussi ! Xavier Bertrand, son meilleur ennemi, est plus enclin à l’autocritique.

Tout cela nous promet une campagne festive où, au moins, les concurrents n’auront pas à consentir trop d’efforts d’imagination et/ou de courage politique.
- « Donnez au président élu une majorité lui permettant de déployer son programme », nous diront les uns.
- Pendant que les autres rétorqueront « Ne donnez pas aux socialistes tous les pouvoirs –Assemblée, Sénat, régions, départements et grandes villes– qui leur permettraient de précipiter le pays dans la situation économique de la Grèce » !

Air connu de lendemain de fête, ou de défaite, entonné dès 1981, anonné en 1988 et ritualisé depuis l’instauration du quinquennat. Mais la France a-t-elle, cette fois, les moyens de se payer le luxe d’une cohabitation ? Même si l’hypothèse peut en être formulée sur le papier –c’est après tout Nicolas Sarlozy qui a perdu plutôt que François Hollande qui a vaincu– elle reste largement virtuelle au vu du nombre de triangulaires qu’imposera le Front National. Jean-François Copé et Xavier Bertrand partagent le même risque d’élimination dans leur circonscription respective.
Arrêtons-nous pourtant un instant sur cette idée qui ferait de François Hollande l’arbitre des élégances à l’UMP : la tradition républicaine voudrait qu’il appelle en effet le député-maire de Meaux à Matignon mais la tentation serait grande d’éconduire ce clone de Nicolas Sarkozy et de lui préfèrer un François Fillon bien plus « cohabitable ».
Car enfin, voilà bien un homme qu’on est frustré de n’avoir jamais vu pour de bon à l’ouvrage. Or comment oublier sa lucidité de 2007 au moment de prendre une charge qu’il croyait être de sa responsabilité : « Je suis à la tête d’un État en situation de faillite » ?...
Mais on ne refait pas l’histoire –et singulièrement celle de ce quinquennat brouillon– au moment où s’ouvre une ère promise à la « normalité » du fonctionnement des institutions. Même si on sait bien que la normalité aura un peu de mal à s’imposer dans l’hypothèse inverse d’une Ségolène Royal dictant, depuis le perchoir de l’Assemblée, les clauses d’une autre cohabitation avec l’exécutif désigné par son « ex » ! Dans tous les cas, la vie politique de la prochaine mandature risque de s’écrire autant dans les échos de Paris-Match ou de Gala que dans la rivalité éditoriale du Monde et du Figaro.

Il en est que cette normalité énerve déjà passablement : tous ceux qui ont gâché leur week-end, portable vissé à l’oreille dans l’attente du coup de fil libérateur d’angoisse : en être ou ne pas en être !... Même si l’on sait bien que ce gouvernement sera forcément éphémère, il comporte une charge affective de reconnaissance que rien ne remplacera jamais. Imagine-t-on un autre que Jean-Marc Ayraud à Matignon malgré l’histoire de cornecul dont a voulu l’affubler « la partie adverse » ? Imagine-t-on Martine Aubry, Michel Sapin ou Pierre Moscovici privés de maroquin ? Imagine-t-on quelqu’un d’autre que Marisol Touraine à la tête du pôle ministériel de la solidarité, flanquée de deux ou trois commensaux ?

Mais à ce stade, la normalité trouve ses limites :
- parité oblige, il y faudrait une autre femme. Catherine Lemorton, pharmacienne d’officine à Toulouse dispose d’une double légitimité : elle est neuve et connaît pourtant son affaire, pour être l’auteur d’un rapport oublié sur le médicament en 2008 mais dont le simple titre sonne encore comme un programme d’actualité « Prescrire moins, consommer mieux » ;
- chez les hommes, la concurrence est plus vive : il convient de citer l’incontournable Jean-Marie Le Guen, mais sa « proximité » avec DSK est son talon d’Achille. Gérard Bapt, cardiologue toulousain a également acquis une certaine épaisseur à la faveur de l’affaire du Médiator mais peine à l’imposer. Ce qui n’est pas un handicap pour un Claude Bartolone par exemple qui, ancien cadre de l’industrie pharmaceutique, a une bonne connaissance du dossier et de ses acteurs. Sans doute faudrait-il également insérer dans la liste des putatifs, le sénateur Bernard Cazeau ou le député Jean Mallot. Si le vivier parlementaire faisait défaut, un Jean de Kervasdoué ferait avantageusement le job, à moins que l’urgence de réformer le système n’y impose un acteur majeur en la personne d’Étienne Caniard, actuel patron de la Mutualité. C’est après-tout un chemin précédemment suivi par René Teulade, autre Corrézien célêbre.

Une ultime hypothèse ne saurait être complètement écartée avec l’arrivée de Jérome Cahuzac à la tête d’un super-minsitère social, lequel après avoir fait ses armes au cabinet de Claude Evin, a depuis, fait son chemin à l’Assemblée. Sa maîtrise des dossiers économiques en fait un poids lourd finalement apte à tous les postes exposés à une prochaine rigueur budgétaire.
Et accessoirement, un vrai teigneux capable de tenir tête à n’importe quel Copé, Bertrand, Le Pen, Mélenchon …

À propos de Jean-Pol Durand et Rémy Fromentin

Depuis 2007, chaque mardi, Jean-Pol Durand, ancien rédacteur en chef du Quotidien du Médecin, Impact-Médecin Quotidien, Filières & Réseaux, et Rémy Fromentin, ancien haut responsable de l’assurance maladie, ont partagé leur vision sur l’actualité de la santé en France autour d’une lettre commune.
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