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La Lettre de Galilée

Confit d’interêts et interêt des conflits

Devenus incontournables, les rencontres de la HAS à la Cité des Sciences de la Porte de la Villette, ont rassemblé jeudi et vendredi derniers près de 2000 pèlerins de l’effectiveness assessment, jeune religion syncrétique entre une foi rigoureuse dans la force de la « preuve scientifique » et une mystique de l’incertitude et de l’inattendu, ce que Laurent Degos, officiant suprême de cette grand-messe de la qualité des soins, appelle « la résilience ».

Pas moins de 23 tables rondes pour cette « Mostra », animées par tout ce que le microcosme de la santé compte de stars adulées, d’astres déclinants ou d’étoiles montantes, devant un public d’aficionados agglutinés dans les travées comme aux grandes heures de la Sorbonne de 1968, et apparemment peu marris de l’empêchement de la ministre pourtant promise en lever de rideau.
Peu de scoops en vérité mais la confirmation d’un travail de longue haleine qui mérite bien à la Haute Autorité de Santé un tapis rouge pour son 5ème anniversaire. Une palme particulière peut-être pour la « mission médico-économique » qui, autour d’une infatigable Lise Rochaix, éclaire les béotiens de l’économie de la santé sur la méthodologie d’évaluation purement économique, que la HAS s’est engagée à produire avant la fin 2010.
Efficacité oblige, la totalité des interventions et des documents de travail sont déjà en ligne sur le site de la HAS.

Plus de circonspection cependant sur la séance introductive solennellement réservée à un sujet sur lequel le « non-dit » s’avère hypocritement plus lourd que l’affirmation tonitruante des principes : celui de l’indépendance de l’expertise. Problématique ô combien complexe qui ne met pas en mouvement les seules concupiscences de l’argent. Qu’est-ce qu’un expert indépendant ? Pas seulement celui qui refuse un bienfaisant mécénat pour se rendre au bout du monde dans les congrès mondiaux. A en croire Catherine de Angelis, redoutable patronne du JAMA, le conflit d’intérêts est aussi idéologique. Participer à telle école de pensée ou à telle autre serait donc un risque pour l’indépendance. Fergus Macbeth, le chef du fameux NICE  ne dément pas cette assertion. Un conflit d’intérêts serait la situation dans laquelle l’intérêt du médecin passe au-dessus de celui du patient. Ce qui est au fond le b.a.-ba de la conscience hippocratique.
L’un et l’autre font donc remplir à leurs candidats experts un questionnaire les invitant à détailler leurs activités, des 5 dernières années pour l’américaine, et des 12 derniers mois pour le britannique. On peut imaginer des questions du genre de celles que le contrôle de l’immigration US pose à ses frontières : « êtes-vous consommateur de drogue ? », « Etes-vous communiste ? », « Avez-vous eu des activités terroristes dans les 6 derniers mois ? », « Avez-vous l’intention de commettre des attentats ? ». Les excès de formalisme ne risquent-ils pas d’aboutir à des scénarios un tantinet surréalistes dans lesquels les experts se réuniraient à la HAS recouverts d’une burqa pour éviter toute influence du costume ou même du sexe sur la conscience.

« Une surdose de formalisme n’est-elle pas génératrice de médiocrité ? » s’est interrogé Laurent Degos, brut de décoffrage.  Ne nous leurrons pas : 85% des essais cliniques sont payés par l’industrie pharmaceutique. Le recours aux deniers publics pour financer l’expertise, comme certains le préconisent, ne fera jamais le poids.
Didier Tabuteau dans la sagesse qui l’habille (il est aujourd’hui Conseiller d’Etat) devait revenir à des considérations plus hexagonales, sans pour autant manquer de hauteur.
« L’indépendance totale n’existe pas ! » affirmait-il, considérant que l’influence peut-être financière, intellectuelle et… politique. L’ancien directeur de cabinet de Bernard Kouchner cuvée 2002 le sait bien.  Il convient donc de diversifier les experts pour « noyer les conflits » et de rendre les procédures et les méthodologies d’une rigueur sans faille. C’est en tout cas ce qu’essaient de faire les Anglais, en séparant bien ce qui relève de l’expertise de ce qui relève de la décision.
Il convient aussi de jouer la transparence. « Il faut travailler avec les entreprises lucratives », affirme Catherine de Angelis, mais à condition que « ce qui n’est pas bien » (la promotion d’un produit) soit dénoncé et que soit promu tout ce qui va dans le sens de l’intérêt du patient.

En France, les intérêts sont encore dans le « confit », au chaud… Mais, Chut ! On n’en parle pas. L’inscription de cette question dans la plénière d’ouverture en prenant à témoins le NICE et le JAMA  pourrait bien ressembler à un coup de pied dans la fourmilière. De la part de la HAS, c’est plutôt courageux.
À toutes fins utiles, la « déclaration d’intérêts » fera l’objet d’une séance de réflexion de l’IFDQS dans les prochaines semaines.
Dossier ouvert donc…

À propos de Jean-Pol Durand et Rémy Fromentin

Depuis 2007, chaque mardi, Jean-Pol Durand, ancien rédacteur en chef du Quotidien du Médecin, Impact-Médecin Quotidien, Filières & Réseaux, et Rémy Fromentin, ancien haut responsable de l’assurance maladie, ont partagé leur vision sur l’actualité de la santé en France autour d’une lettre commune.
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