La Lettre de Galilée

Cent’sgiving

Barak Obama a sans doute gagné, dimanche au Sénat, une manche décisive dans son combat pour instaurer dans son pays le système d’assurance maladie à l’échelle de sa démocratie. La partie n’est pourtant pas gagnée et il faudra désormais à sa famille démocrate faire montre de pugnacité pour amener cette réforme à son terme. C’est dans cet exercice où il excellait à la tête de la Commission de la Santé que Ted Kennedy fera cruellement défaut à son fils spirituel.

Pour être de pure procédure, la bataille de dimanche n’était pas gagnée d’avance, car sur les 100 sénateurs, il fallait à Harry Ried, le leader démocrate, s’assurer une majorité de 60 suffrages. Rigoureusement les effectifs du groupe mais avec quelques voix chancelantes d’élus… surtout soucieux de leur prochaine réélection. Avec ce scrutin, le Sénat s’ouvre donc le chemin d’un débat de trois semaines qui commencera au lendemain de la fête de Thanksgiving, action de grâce jadis censée célébrer l’abondance des récoltes de l’année et à laquelle les dindes américaines paient toujours un lourd tribut.
La bataille devrait se focaliser sur le sort de « l’option publique », justement inventée pour faire alternative aux compagnies privées d’assurance santé qui « tiennent » le marché. A ce propos, il faut lire dans Le Monde d’hier soir le témoignage de Wendell Potter, ancien « communicant » de la compagnie Cigna, un des leaders du secteur. Ce dernier y dévoile les coulisses d’un lobbying dont on a du mal, de ce côté-ci de l’Atlantique, à imaginer les méthodes. C’est donc ce lobby qui va s’efforcer, par la voix de quelques élus républicains sous influence, de dénaturer –ou de retarder à l’infini– le projet à coups d’arguments indignes… mais soigneusement testés sur l’opinion.Les problème des assureurs –et la différence fondamentale avec la tentative des Clinton avortée en 1994– est qu’ils se retrouvent dans cette affaire aujourd’hui isolés : les deux lobbies à l’action il y a 16 ans, des médecins de l’AMA et, moins ostensiblement, les industriels du médicament fédérés par la PhRMA se sont cette fois rangés du côté de la réforme.
Signe des temps : pendant la gestation de son projet, Hilary Clinton avait rencontré, en France, les responsables de l’assurance maladie obligatoire. Cette fois, ce sont les Mutualistes français qu’ont écoutés – entendus ? – les membres du Congrès à qui incombera, en cas de vote positif du Sénat, de rapprocher les textes votés dans une sorte de « Commission Mixte Paritaire ». Si possible avant le 20 janvier, date symbolique du premier anniversaire de l’investiture du Président Obama.

La « délégation de gestion » du système public à des organismes tiers, à but lucratif ou non a des partisans qui puisaient jusqu’à maintenant leur argumentation dans le succès de la loi LAMAL en Suisse. Las, la crise est passée par là et avec l’inflation annoncée des primes 2010-2011, le principe de la Caisse unique retrouve des avocats, y compris dans les rangs de la droite parlementaire après avoir été écarté par une votation de mars 2007.

Que ce débat est donc passionnant !

Le hasard fait qu’il survient alors que notre modeste pamphlet hebdomadaire célèbre son numéro 100… Vous étiez la semaine passée précisément 3 796 abonnés. Un chiffre en croissance constante depuis deux ans et qui nous comble. Evidemment merci donc à vous de nous lire, de réagir parfois, de nous encourager aussi, à l’occasion. Notre récompense fut de pouvoir tenir il y a quelques semaines un séminaire sur la gestion du risque qui nous aura permis de rencontrer quelques uns d’entre vous.

Ce succès d’estime nous confère enfin des obligations, et notamment celle de construire, ce forum de la citoyenneté en santé qui reste notre première ambition. Le chantier est en cours et nous mettrons sous quelques jours en ligne les actes de ce colloque que nous voulons faire vivre au delà de l’événement.
Il y aura d’autres chantiers car l’actualité à venir s’annonce féconde avec le déploiement des ARS dont les directeurs se retrouvent préposés au statut de pivot du changement, la démarche qualité qui se confond de plus en plus avec la réorganisation du « premier recours », la Convention médicale qui joue son avenir dans les prochaines semaines, la mondialisation des pathologies et des difficultés de prise en charge… Et tous les autres sujets qui s’inviteront sans préavis dans le débat public.

À propos de Jean-Pol Durand et Rémy Fromentin

Depuis 2007, chaque mardi, Jean-Pol Durand, ancien rédacteur en chef du Quotidien du Médecin, Impact-Médecin Quotidien, Filières & Réseaux, et Rémy Fromentin, ancien haut responsable de l’assurance maladie, ont partagé leur vision sur l’actualité de la santé en France autour d’une lettre commune.
Contenu non disponible.
Merci d’accepter les cookies en cliquant sur « Accepter » sur la bannière.
x

Lisez-aussi

La Lettre de Galilée

Big Data en santé : le grand naufrage européen

La quasi-totalité des data center, les bibliothèques numériques du XXIe, sont sous ...

En continuant à utiliser le site, vous acceptez l’utilisation des cookies. Plus d’informations

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer