Celle de 14

Edito 267

Déférence gardée envers Maurice Genevoix si notre papier d’aujourd’hui emprunte à l’écrivain le titre de son recueil de guerre (Ceux de 14, Recueils de guerre, 1941), mais l’enlisement que nous montrent les responsables du pays dans la conduite des affaires ressemble au bourbier de la grande guerre.
Quand on relit les déclarations belliqueuses de notre ministre de la santé, Marisol Touraine, d’il y a trois ans, encore à l’époque poilue du PS, contre l’inégalité d’accès aux soins, le déficit de la sécu et le lourd héritage de ses mauvais prédécesseurs, il est difficile d’imaginer qu’il s’agit de la même personne.
Le blog de cette strausskahnienne repentie, répertorie sans vergogne depuis 2010 ses déclarations successives, même si la liturgie des premières n’a plus rien à voir avec celle des dernières. Les gens pressés de la toile n’auront pas le temps de s’en apercevoir. Ses coups de baïonnette contre le règne sarkosien sont bien les seuls à ne pas varier. "Face à la crise de la dette qui frappe plusieurs pays européens, un discours de vérité est nécessaire, tant les Français ont été trompés et déçus par les promesses exagérées de Nicolas Sarkozy" disait-elle le 12 juillet… 2011. C’est plus fort qu’elle. Depuis trois ans, aucun de ses discours ne s’abstient de lancer une flèche sur les anciens dirigeants du pays. Pas besoin aux "fuiteurs" de l’UMP de laisser traîner des "boules puantes" dans le camp de l’ancien président, Touraine s’en charge.

Lire notre article Discours de ministres : dix ans de mots

Le dénigrement de l’ennemi est une marque de faiblesse.
Car enfin, au-delà de ses rodomontades contre la droite, inaudibles en temps de crise, quel est le bilan à mi-parcours de Marisol Touraine ? Qu’a-t-elle réellement modifié de la trajectoire de ses prédécesseurs ? Où est donc "l’audace d’innover", manifeste social-démocrate du candidat François Hollande repris comme une adjuration pas ses thuriféraires depuis le 9 juin 2011 ?

Notons d’abord que la confiance en a pris un sacré coup. Le flop de la troisième "grande conférence sociale" révèle un délitement des derniers syndicats qui avaient encore quelque chose d’intelligent à dire. Ce qui favorise la "surenchère patronale" comme l’évoque Mediapart et qui ouvre un boulevard à "la CGT (qui) est au syndicalisme ce que le FN est à la politique" selon les mots de Franz-Olivier Giesbert dans l’édito du Point du 10 juillet.
Idem pour les syndicats de médecins dont l’attitude se recroqueville sous des assauts purement idéologiques inutiles comme le tiers payant généralisé.

Alors que Marisol Touraine, reconduite dans son poste lors du dernier remaniement ministériel, avait un boulevard devant elle, la pensée (en a-t-elle une ?) de la "contesse de Ségur" (pour reprendre l’expression de Bronner dans son succulent Zapping 92) s’est laissé submerger par les poncifs de l’économie administrée, la santé étant considérée, au grand dam de l’industrie pharmaceutique qui ne décolère plus, comme un secteur dépensier qu’il faut garroter jusqu’à la dernière goutte.
Avec ou sans "pacte de responsabilité", la LFSS rectificative est un tour de vis supplémentaire sur les comptes de l’assurance maladie comparable aux précédents et sûrement clônable dans le suivant.

Faut-il alors rappeler l’engagement réformateur de la militante PS de 2011 ? "C’est pourquoi nous défendrons ensemble la création d’un impôt unique et individuel remplaçant l’impôt sur le revenu et la contribution sociale généralisée (CSG), prélevé à la source, pour plus de justice, de simplicité et d’efficacité."
On y trouve aussi cette phrase magnanime : "Le déficit de la Sécurité sociale doit certes être combattu, mais cet effort ne saurait se traduire par la régression des droits ou de l’accès au soin des plus démunis. Il doit justement se répartir et mettre à contribution les revenus du capital afin que le travail ne soit pas le seul à supporter le coût de la solidarité".

Boulevard disions nous ?
Tous les ingrédients d’une réforme d’ampleur étaient réunis.
D’abord une réforme du financement avec les travaux initiés par le Haut Conseil du Financement de la Protection Sociale, installé en grandes pompes, des trémolos dans la gorge, par Jean-Marc Ayrault en novembre 2012 et tombé dans l’oubli du cimetière des comités Théodule.
Réforme structurelle ensuite avec une double avancée : d’une part l’accord national interprofessionnel transformé en loi le 9 juin 2013 et pouvant constituer les fondations d’un nouveau partage de la prise en charge ; d’autre part, les 44 mesures stratégiques "pour une industrie innovante et compétitive" du Conseil stratégique des industries de santé, entérinées par le même Jean-Marc Ayrault il y a presque un an jour pour jour.

Tapie dans les tranchées de son fumeux projet de loi de santé, le lieutenant Touraine regarde sans broncher les schrapnels siffler au-dessus de sa tête.
Il faut tenir jusqu’en 17. Coûte que coûte.

L’équipe de la Lettre de Galilée prend ses quartiers d'été !
Elle souhaite à ses lecteurs de bonnes vacances et leur donne rendez-vous le 2 septembre. 

À propos de Remy Fromentin

Cofondateur de La Lettre de Galilée en 2007, il a mené une carrière de dirigeant au sein de l'Assurance maladie jusqu'en 2002. Il est depuis cette date consultant international. Voir tous ses articles.
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