La Lettre de Galilée

Carto, carton, cartoon

Ce n’est pas pour déplaire à Henri Picheral 1, l’initiateur de la géographie de la santé en France  : la discipline d’Hérodote a pris une place centrale dans les questions de santé. Depuis qu’un jour, dans le grand désarroi des pouvoirs publics, on s’était aperçu que personne ne savait vraiment combien de médecins exerçaient en France et où ils étaient installés, une brise salvatrice avait soufflé sur le petit monde de la démographie et de la géographie médicale. Jusque-là, chaque institution, comme dans la fable d’Esope « l’éléphant et les aveugles », donnait sa version de la vérité et contestait celle de l’autre. Fallait-il croire le fichier ADELI ou celui de l’Ordre, le fichier de l’assurance maladie ou encore celui de la CARMF (caisse de retraite des médecins) ? Poussé par les conséquences déjà grinçantes du départ à la retraite des premiers médecins papy-boomers dans les zones sous-médicalisées, Philippe Douste-Blazy, ministre de la santé de l’époque, confiait le 30 novembre 2004, à Yvon Berland, la tâche ingrate de mettre bon ordre dans le Landerneau de la démographie médicale. Dans la foulée, les MRS (missions régionales de santé), issues d’un mariage de raison intermittent entre les ARH (agences régionales de l’hospitalisation) et les URCAM (unions régionales de caisses d’assurance maladie) s’attelaient, sans trop de déconvenues, à l’épineuse question de la permanence des soins.
Tout le monde s’accorde sur un point : les MRS ont plutôt bien marché, la réactivité des préfets de département étant en revanche, selon les témoignages, davantage controversée. La cartographie établie récemment par les services du ministère (cf. Le Quotidien du médecin d’hier) en vue des négociations conventionnelles est saluée par les spécialistes de la géographie sanitaire comme plutôt bien faite. Elle s’appuie sur les travaux réalisés par les URCAM depuis plusieurs années. Il suffit d’aller sur les sites de ces organismes (appelés dans quelques mois à être avalés par les futures ARS) pour mesurer le professionnalisme acquis au cours des années.
Cette cartographie est accueillie avec plus de circonspection par les syndicats de médecins libéraux qui voient dans cet outil convoité l’instrument futur de la remise en cause de la liberté d’installation (on notera que, dans bien des régions, les URML ont été associées aux travaux depuis longtemps, certaines d’entre elles, à l’époque où les contestataires d’aujourd’hui de la CSMF, étaient aux commandes, avaient même courageusement initié le mouvement)

Dans le même temps, la DREES (direction de la recherche, des études de l’évaluation et des statistiques) publie, comme elle le fait chaque année sous la direction de Daniel SICART une estimation du nombre de médecins en exercice. On mesure là les pesanteurs des structures administratives. Car, depuis la création en 2000 d’un Comité national de l’information statistique (CNIS) tous les organismes ayant un intérêt quelconque à connaître le nombre de médecins ont conservé leurs outils de comptage traditionnels et le travail des experts consiste à mouliner les données pour accoucher … d’estimations.
On relève ainsi une différence de près de 5000, en plus, avec les chiffres de l’Ordre des Médecins et de 10 000, en moins (!), avec les chiffres de l’INSEE.
La surprise est grande aussi pour le béotien qui entreprend témérairement la lecture de l’imposant « Atlas de la démographie médicale en France » publié par l’Ordre National des Médecins sous la houlette d’Irene Kahn-Bensaude, et qui découvre avec dépit le chiffre de 215 000 médecins actifs dans notre beau pays. Qui a tort ? Qui a raison ? Personne sans doute.
A qui faut-il décerner le carton jaune ? En tout cas à aucun de ces organismes en particulier, dont les experts ont eu au moins le mérite de sensibiliser l’opinion aux différences spatiales. Aux pouvoirs publics assurément qui apprendront, avec les ARS, l’art de l’à-peu-près … et du compromis.

Sur un tout autre registre enfin, on ne peut pas s’empêcher de rappeler la création de l’ASIP (agence des systèmes d’information de santé), votée par les députés il y a quelques jours dans le cadre du PLFSS 2009 (projet de loi de financement de la sécurité sociale), promise à un super directeur dont nous annoncions la nomination imminente dans la lettre n° 49. Et bien pas de chance, rien ne s’est encore passé lors du conseil d’administration du GIP d’hier. La ministre, à ce qu’on dit, piafferait d’impatience. Décidément, le feuilleton du GIP-DMP ressemble à un bon vieux cartoon de Woody Woodpecker. On voit plein de gens qui s’agitent en faisant de la fumée. Mais rien ne se passe… Bip bip.

À propos de Jean-Pol Durand et Rémy Fromentin

Depuis 2007, chaque mardi, Jean-Pol Durand, ancien rédacteur en chef du Quotidien du Médecin, Impact-Médecin Quotidien, Filières & Réseaux, et Rémy Fromentin, ancien haut responsable de l’assurance maladie, ont partagé leur vision sur l’actualité de la santé en France autour d’une lettre commune.
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