La Lettre de Galilée

Carhaix-Plouguer et l’HPST magique

Jour de fête pour Roselyne Bachelot : l’Assemblée nationale entame, ce mardi, le débat de la Loi qui portera, indissolublement, son nom. En attendant le jugement de l’histoire, qui commencera de s’exercer dans une dizaine d’années, celui de ses contemporains importe sans doute plus à la ministre. Deux sujets, qui n’en font qu’un seul, les mobilisent vraiment : comment sont-ils soignés aujourd’hui et par qui le seront-ils demain ?

La première question se réduit à un petit point sur la carte de France : Carhaix-Plouguer dans le Finistère, juste en dessous du village d’irréductibles gaulois sur la carte de Gaule des albums de Goscinny-Uderzo (besoin de réviser ?). Et à un maire à tête d’Astérix, ancien brasseur et ancien journaliste, qui ne cache pas avoir voté contre le rapprochement avec le CHU brestois dans une configuration évoquant terriblement les futures Communautés hospitalières de territoires. Ou de « pays » comme on dit en Armorique…

Si la ministre réussit sa potion magique, elle privera les journaux régionaux d’un feuilleton à même de mobiliser le lectorat/électorat. Mais le plus dur sera à charge de ses successeurs : trouver des médecins susceptibles de venir travailler à l’hôpital de Carhaix. Car « le pouvoir de dire non », justement vilipendé par le Président de la République, commence là, par la possibilité ouverte aux PH de refuser un poste dans une … garnison romaine (Vorgium, selon les fouilles … justement voisines de l’hôpital).

Les nouveaux praticiens de Carhaix ne seront plus forcément ces mercenaires que la capitale du Kreiz Breizh devait enrôler à grand renfort de primes pour faire tourner un plateau technique à peine sécurisant… Mais du moins la ressource humaine sera-t-elle stable et fiable même si en apparence « l’offre de soins » apparaît dans un premier temps en recul. L’histoire dira plus tard le rôle que Carhaix a joué dans HPST (Mme Bachelot a des racines non loin de là, du côté de Gourin). Du moins y trouve-t-on tous les éléments de preuves : la communauté hospitalière de territoire doit d’abord être portée par les élus locaux … sauf à s’obérer quelques chances de succès.

Mais Mme Bachelot promet « plus et mieux » avec HPST en jurant ses grands dieux qu’elle entend aussi y régler le problème des « déserts médicaux ». Carhaix ne doit qu’à son statut semi-urbain d’être épargnée du qualificatif de « sous-dense » mais ce privilège est relatif et précaire. Le prochain front sera celui de la médecine libérale lorsque la pyramide des âges médicale y aura exercé sa loi.
Curieusement en ce jour de triomphe du lobbying politique – dans le Quotidien d’hier Mme Bachelot faisait mine de se réjouir du nombre d’amendements mais on sent bien qu’aucun journaliste ne lui faisait face pour cette interview – la meilleure réponse n’arrive pas du Palais Bourbon mais des rives du périphérique parisien. Du siège de … la MSA qui vient opportunément d’inventer la meilleure réponse à la désertion des vocations rurales.

Le projet « anti-désert » est donc cosigné par deux acteurs naturellement proches : MSA et Groupama, les deux mêmes qui avaient co-inventé les groupes de pairs il y un peu plus de dix ans, aujourd’hui généralisés sous le terme de « Cercles de qualité », et promus de concert par les URML et les URCAM.

Le projet se cache sous l’intitulé peu évocateur de Pays de Santé. De quoi s’agit-il ? Simplement de décharger les médecins ruraux de ces tâches « non-curatives » qui plombent les meilleures volontés (la bureaucratie évidemment mais celle-là est inévitable si l’on veut doter le système de plus d’efficience … mesurable) mais aussi les tâches connexes : le temps perdu à essayer d’imposer un malade dans l’agenda également surbooké du correspondant spécialiste, la lettre au contrôle médical pour soutenir un renouvellement d’ALD, … la paperasse « ordinaire » en fait, mais qui relève également du « service médical rendu » au patient. Disons le tout net, le projet MSA-Groupama, programmé sur 2 départements et pour trois ans, est largement palliatif et sous-dimensionné. Palliatif car pour faire face à la demande dans certains déserts, l’aide mériterait d’être plus qualifiée (infirmière polyvalente) et sous-dimensionné car on voit mal quel concours un seul « conseiller » va pouvoir apporter simultanément à un groupe de 8 à 20 généralistes.

Du moins est-ce une formule aussi pertinente que celle des Maisons de santé que Pierre-Jean Lancry, un des « parrains » de l’expérience a le bon sens (et le courage) de remettre à sa juste place dans un entretien à MedecineNews.

Une suggestion, pour terminer, au futur directeur de l’ARS de Condate : Carhaix est sans doute une parfaite candidate pour tester simultanément les deux formules : Maisons médicales et assistance infirmière, le tout en coordination avec un établissement recentré sur sa mission première. Comment oublier que ce gros bourg devenu l’épicentre de la précarité médicale a aussi ré-inventé le concept du festival musical avec ses « Vieilles Charrues », véritable Woodstock français.
Un authentique défi pour les Panoramix locaux !

À propos Jean-Pol Durand et Rémy Fromentin

Depuis 2007, chaque mardi, Jean-Pol Durand, ancien rédacteur en chef du Quotidien du Médecin, Impact-Médecin Quotidien, Filières & Réseaux, et Rémy Fromentin, ancien haut responsable de l’assurance maladie, ont partagé leur vision sur l’actualité de la santé en France autour d’une lettre commune.
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