“Bouffer du malade”…

Faut-il que l’exaspération des médecins hospitaliers publics soit à son comble pour qu’un de nos collègues, responsable syndical de surcroît, utilise une telle expression

Connaissant les deux mondes hospitaliers, public et privé, on peut assurer à notre confrère qu’il y a partout des moments de surcharge de travail, et même des postes qui y exposent en permanence ; que certaines circonstances donnent aux praticiens le sentiment de faire de l'abattage, et que le volume d'activité est souvent mal réparti. Mais est-on bien sûr que le responsable en soit la fameuse tarification à l'activité dite T2A, ou un manque chronique d'effectifs ? N'y aurait-il pas comme un problème d'organisation, de répartition des tâches ou de gestion des ressources humaines ?

Rémunérer un établissement en fonction de son volume de production de soins n'est pas a priori complètement aberrant ; c'est d'ailleurs le mode de fonctionnement de tous les établissements de soins privés et, au vu, par exemple, des résultats de certification, ils ne déméritent pas systématiquement en termes de qualité de prestation ; à l'examen de leurs case-mix, on peut constater qu'ils ne sélectionnent pas tous leurs patients ; ils assurent un service à la population la plupart du temps apprécié. En serait-il autrement, que leur pérennité serait remise en cause, les patients ayant malgré tout assez souvent le choix de leur établissement.

Pour rester dans le cadre de l'hôpital public, une partie de sa rémunération n'est pas liée à l'activité, certaines prises en charge ne se prêtant pas à ce type de financement. Les Missions d'Intérêt Général et d'Accompagnement Contractuel, correspondent à des travaux divers et variés (enseignement, recherche, recours, innovation, accompagnement structurel...) en dehors du soin et sont donc financées à part, hors T2A.

Il n'en demeure pas moins qu'un établissement qui augmente sa production de soins voit ses finances s'améliorer ; la préoccupation de notre collègue cité en début d'article, c'est que, contrairement à ses confrères libéraux, il ne perçoit pas directement le retour de cette augmentation d'activité, et on peut entendre sa frustration. Dans d'autres établissements publics, ou même dans le sien, certains collègues ont une rémunération voisine de la sienne sans avoir sa charge de travail ; dans la clinique voisine, à volume d'activité comparable, le praticien libéral a des recettes plus élevées, s'il accepte de dépasser les 35 heures hebdomadaires, et parce qu'il n'est pas le salarié de la clinique...

L'attractivité des carrières médicales à l'hôpital, objet de la mission confiée à l'ex-sénateur PS Jacky Le Menn, est un sujet bien complexe ; il ne peut se résumer au rapport entre activité et rémunération des professionnels, qui en constitue pourtant un élément-clé, déjà abordé dans un rapport de l'IGAS de janvier 2009.

Dans les éléments d'appréciation, forcément comparative entre secteurs public et privé, il faudra prendre tout en compte, y compris la prise de risque d'une installation libérale versus la sécurité et l'amélioration progressive de la carrière hospitalière, qui offre aussi des possibilités de reconversion vers d'autres missions.

Mais quel que soit son lieu d'exercice, public ou privé, qu'il soit un anesthésiste surbooké ou un généraliste contraint par l'isolement, au-delà de la valorisation de son activité, un médecin doit pouvoir être respecté pour se respecter et respecter ses patients

À propos de Jean Halligon

Le Dr Jean Halligon, médecin généraliste phlébologue et ancien président de la Conférence des présidents des CME de l’hospitalisation privée, donne son point de vue dans les brèves d'Alex pour La Lettre de Galilée.
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