Archives de cet auteur: Remy Fromentin

Cofondateur de La Lettre de Galilée en 2007, il a mené une carrière de dirigeant au sein de l'Assurance maladie jusqu'en 2002. Il est depuis cette date consultant international.Voir tous ses articles.

La révolution du premier recours

Formule choc utilisée par la Ministre de la santé, « la révolution du premier recours » n’est qu’un éternel recommencement. Le faux problème de la désertification médicale sert d’analgésique aux prurits populistes.

Lire : médecine de proximité, retour sur les origines d'un slogan politique

Étymologiquement, une « révolution » n’est qu’un « retour en arrière ». Et en matière de médecine de proximité, ça ressasse ferme. La Lettre de Galilée depuis quelques années s’en amuse goulument, « plus la médecine de proximité mobilise les débats, plus les inégalités se creusent… » disions-nous encore en novembre 2013De révolution en résolution, où en est-on aujourd’hui ? A-t-on trouvé des solutions à un problème qui n’en était pas véritablement un ?
Notre analyse est que, construit à l’origine avec une intention manifestement électoraliste, le discours sur l’inégalité d’accès aux soins s’est transformé, contre toute attente, en exigence politique portée par les édiles locaux. Et plus les pouvoirs publics font semblant d’apporter des réponses, plus la critique du populisme s’assourdit.

Je pense que les déserts médicaux, avec le recul des services publics, expliquent en partie la hausse du vote FN en zone rurale.

Claude Leicher, président du syndicat MG France

Voilà que le premier recours soigne les bobos et les fachos…

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Le testament de Chassang

Avant de passer le relais à son successeur, Michel Chassang a fait adopter un pensum confédéral en faveur d’ « une médecine libérale et sociale ». Peaux de bananes pour le successeur ou pensées visionnaires ? Décorticage.

Michel Chassang, pape de la CSMF depuis 12 ans, tire sa révérence après avoir fait adopter «un projet confédéral» dont les 5 principes directeurs – comme le souligne la première ligne du préambule – «guide(nt) l’action de la CSMF pour les prochaines années».
Drôle de façon de partir. Rester sans être là. Faut-il voir dans ce texte canonique une mission apostolique destinée aux brebis égarées, une sorte de table de la Loi qu’un souffle divin venu de quelque ayatollah en retraite viendrait rappeler aux turbulents ?

Car, pour respectables (et souvent intéressantes) que fussent certaines propositions du plus vieux syndicat de médecins français, d’autres n’en demeurent pas moins rétrogrades et parfois déconcertantes. Comme si une main gauche archaïque avait corrigé une main droite entreprenante.
Au moment où Le Quotidien du Médecin du 16 janvier 2014 fait de sa «une» le résultat d’un sondage réalisé par l’IFOP pour le compte du quotidien sur le sentiment de «déclassement» d’une médecine libérale s’estimant «socialement dévalorisée», les contradictions de la CSMF méritent qu’on s’y arrête. Lire la suite…

La patiente ascension de la médico-économie

Le non renouvellement de Lise Rochaix à la tête de la Commission d’Évaluation Économique et de Santé Publique de la HAS en émeut plus d’un. Faut-il craindre un retour en arrière ?

Quand la HAS s’est mise en place en 2005, on ne donnait pas cher de l’avenir d’une discipline considérée comme celle de l’erreur. Dans ce temple de la médecine triomphante et au moment où commençait l’agonie de Lehmann Brother, n’entendait-on pas des ricanements étouffés sur la capacité naturelle des économistes à… ne rien prévoir.

Il est vrai que, déjà à l’ANDEM (agence nationale pour le développement de l’évaluation médicale) puis à l’ANAES (agence nationale d’accréditation et d’évaluation en santé), nées à l’ère précambienne de l’évaluation médicale dans les dernières décennies du millénaire dernier, un volet économique pouvait accompagner les recommandations médicales de la toute jeune Autorité. Mais c’était encore du bricolage.

De l’individuel au collectif

Dès 2006, sous la houlette de Lise Rochaix, dont la constance n’avait d’égal qu’un sourire à toute épreuve, fut introduite une dimension collective dans les travaux de la Haute Autorité. Car après tout, si la mesure du bénéfice médical individuel restait le fonds de commerce de la HAS, fallait-il savoir aussi si tel produit, tel acte ou tel service avaient un bénéfice pour la société tout entière.
On introduisit alors dans une commission ad-hoc des économistes, des géographes, des sociologues et même – diantre ! – des philosophes.
Et chemin faisant, après 22 réunions mensuelles, le contour de ce que seront quelques années plus tard les méthodes de travail de la commission d’évaluation économique et de santé publique actuelle, a été définitivement tracé.

Était-ce une lubie française ? Un hochet confié à l’une des seules femmes de la HAS pour faire bien sur la photo de famille ?

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Ménage dans les ménages

Le rapport d’une mission parlementaire dénonce le recrutement abusif de médecins intérimaires dans les hôpitaux. Ou comment tendre un bâton pour se faire battre ?

Produit par le fringant député socialiste de l’Isère, Olivier Véran, un rapport au titre accrocheur (« Hôpital cherche médecins coûte que coûte« ) a été remis au Parlement il y a deux semaines non sans provoquer quelques flèches de désapprobation, comme toujours exagérées, lancées par une presse qui aura surtout retenu le sous-titre « Essor et dérives du marché de l’emploi médical temporaire à l’hôpital public »

Où est le problème ?

Venant d’un soldat de la base arrière, on aurait pu s’attendre à l’exhumation de problématiques compliquées et de réflexions absconses comme le PS en a présentement le secret (comme le dernier rapport sur l’immigration). Mais non ! C’est moins le député socialiste que le jeune neurologue du CHU de Grenoble, établissement aujourd’hui sous les projecteurs avec l’hospitalisation de Schumacher, qui a tenu la plume. Car au fond, le rapport Véran est plutôt objectif et plein de bon sens. Du haut de ses 32 ans, le député de l’Isère puise sûrement dans son vécu hospitalier. Les solutions en revanche sont à côté de la plaque.

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Les flèches de Larcher

Le rapport établi par le Cercle Santé Innovation, nouveau think tank animé par l’ancien président du Sénat, lance des fléchettes dans tous les sens. Le souffle de la FHF Gérard Larcher, en octobre 2013. Crédits : UMP Photos   On s’attendait, venant de Gérard Larcher, l’initiateur et animateur de ce Think Tank né dans l’écume des montées de sève printanières, à des propositions de poids, puissantes comme le personnage, du même jus que le rapport sur l’hôpital qui avait phagocyté la Loi HPST de sa collègue Bachelot en 2008. Rien de tout cela. Le rapport aligne une série d’informations insipides sur la nécessaire universalisation de l’assurance maladie et sa mise à mort définitive pour aboutir, dans un grand écart assez spectaculaire, à la tout aussi nécessaire indépendance des gestionnaires de (suite…)

Santé et territoire : le réveil tardif des Régions

L’intérêt croissant des collectivités régionales pour la santé ne va pas à contresens de l’histoire. Au contraire, les régions ont même perdu dix ans.

Un contexte de démesure

La caractéristique actuelle est la démesure des expressions données au phénomène de diminution du nombre de médecins. Le tapage fait sur cette affaire est sans commune mesure avec la réalité car il n’y a jamais eu autant de médecins actifs en France.

Lire : Médecine de proximité : la longue histoire d’un fiasco d’État

Il est nécessaire de comprendre les raisons pour lesquelles il y a un tel matraquage de l’opinion sur une situation présentée comme au mieux une catastrophe, au pire un séisme sur lequel se fonde le soulèvement médiatique des élus locaux. On serait tenté de penser que la médecine de proximité devient un alibi pour masquer une double intention : d’une part, une volonté larvée de mettre la médecine libérale au pli, vieux rêve de l’énarchie française ; d’autre part, l’échec d’une politique d’aménagement du territoire qui a sacrifié le rural au profit de la mégapolisation des régions.

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Lutte contre la fraude : l’arbre et la forêt

La presse s’est déchaînée jeudi dernier sur la fraude dans l’assurance maladie.
Personne n’a parlé des autres délits et carambouilles dans le reste de la protection sociale.

Il n’y aura pas eu un seul journal bien-pensant qui ne se fît l’écho des résultats de la campagne anti-fraude menée avec poigne par l’assurance maladie depuis plusieurs mois contre les tricheurs de la sécu. Deux professions, plus que les autres, sont montrées du doigt : les infirmiers et les ambulanciers.
Pourtant, quand on y regarde de plus près, la palette est large, aussi bien à l’intérieur de l’assurance maladie qu’en comparaison d’autres administrations sociales ou fiscales.
Pourquoi les infirmiers et les ambulanciers et pas les autres ?

Le bûcheron

En réalité, le « bilan 2012 » de la « lutte contre la fraude »  n’est pas l’une des réjouissantes publications dont la CNAMTS a le secret. Son dernier rapport sur ce succulent sujet remonte à 2011 et porte sur les données 2010.
Il s’agit là d’une production de la délégation nationale à la lutte contre la fraude (DNLF),  placée sous l’autorité du premier ministre, et par délégation, sous la houlette du ministre du budget, et chargée de coordonner toute l’activité de répression des fraudes fiscales, sociales et du travail illégal. Il y a donc, autour de cet organisme ignoré du public toutes les administrations de l’Etat, censées, tronçonneuse en mains, marcher en formation commando dans le maquis de la magouille. Et le rapport de la belle inconnue, remis en pâture aux journalistes la semaine dernière, n’oublie aucun secteur.

Pourtant, le seul bruit de hache entendu jeudi 31 octobre sur toutes les radios et télévisions ne concernait que l’assurance maladie et ses 150 millions de prestations indûment versées et récupérées fissa par les caisses primaires. Alors que la DNLF était supposée voler la vedette à la CNAMTS depuis qu’un décret de 2008 lui a confié la coordination, c’est encore à l’assurance maladie que la presse a réservé son inébranlable attachement.
Connaissez-vous un certain Benoît Parlos, général en chef de cette délégation d’élite ? Non. En revanche, le docteur Pierre Fender, directeur de la répression des fraudes à la CNAMTS et accessoirement patron par intérim du service médical de la sécu, était sur TF1 au JT de 20 heures jeudi soir.

L’arbre…

Le mystère s’épaissit à la lecture des résultats car toute la Lire la suite…

PLFSS 2014 : les industriels montent au créneau

Un courrier signé de 25 patrons d’entreprises internationales du médicament alerte la présidente de la commission des affaires sociales sur les dangers du PLFSS 2014. L’ancien président de l’assemblée nationale sous l’ère Sarkozy, Bernard Accoyer, dans un entretien paru dans le journal Les Echos, n’y va pas par quatre chemins : le PLFSS 2014 est « mau-vais », et conduit « vers une indéniable étatisation du système de soins ». C’est vite oublier que l’étatisation a été inscrite dans le marbre par un certain Raymond Soubie dans les années 90 et que l’évangélique rapport « santé 2010 » a servi de pensée unique à la haute fonction publique pendant 20 ans pour tricoter les lois. Car après tout, qui présidait les débats parlementaires sur la Loi HPST, pierre de voûte d’une étatisation commencée (suite…)

L’archidémago rapport Archimbaud

Commandé par le Premier Ministre en mars 2013 à la sénatrice Aline Archimbaud, le rapport « l’accès aux soins des plus démunis : 40 propositions pour un choc de solidarité » répond… à côté.

La commande était pourtant claire : il s’agissait « d’établir les raisons pour lesquelles les personnes malades se détournent des prestations auxquelles elles peuvent prétendre ». Visés expressément par la feuille de route : l’accès à la complémentaire santé (ACS), la Couverture maladie universelle complémentaire (CMUC) et l’aide médicale aux personnes en situation irrégulière (AME), trois dispositifs boudés par leurs bénéficiaires.

On s’attendait, au minimum, à quelques explications sur l’inaccessibilité. Que nenni ! Le rapport empile des réponses convenues, des affirmations non fondées, des solutions approximatives qui vont toutes dans le sens du poil d’un électorat qui érige la lutte contre l’inégalité en véritable religion.

Démago à gogo

La première ligne de la préface donne le ton : « des centaines de milliers de nos concitoyens se voient refuser l’accès aux soins… ».
« Se voient refuser » : l’intention accusatoire n’échappe à personne.
Juste après, isolée entre deux interlignes pour bien la mettre en exergue, une phrase hyperbolique qui se jette à vos yeux comme une évidence : « Il y a le mur de l’argent… »
Et comme bien sûr, vous n’avez pas encore tout compris, on vous parle alors de « stigmatisation des chômeurs », de la vilaine administration qui se mobilise contre la « triche sociale », de ces fonctionnaires sûrement psychopathes qui rognent sournoisement, à coups de circulaires, l’édifice de la couverture universelle.
« Cette offense à la cohésion nationale et cette déchirure profonde du lien social… » glose la sénatrice avec des relents de guerre civile, est la seule cause des difficultés d’accès aux soins des plus démunis. La réalité dit-elle, est celle d’un « parcours du combattant », « dans un système qui semble ne pas avoir été conçu pour ces personnes et où la lutte contre la fraude a pris ces dernières années une importance démesurée au regard des enjeux financiers. »

Y-aurait-il, embusqués derrière les guichets désuets de la sécurité sociale, quelques activistes du front national appliqués à faire régner un climat de terreur.
Ainsi lit-on à la page 57 : « Le climat de suspicion généralisée qui en résulte est désastreux : le système semble tourné, et toutes les énergies mobilisées, vers la chasse aux fraudeurs, plutôt que vers la recherche des bénéficiaires des droits et la lutte contre le non recours. Il est par exemple frappant d’entendre la CNAMTS se féliciter des possibilités d’échanges avec les CAF et la direction générale des finances publiques, et envisager une diversification de ces échanges, notamment au moyen des signalements par les URSSAF des ressources dissimulées. »

On y lit un peu plus loin : « Des travailleurs sociaux ont fait part à la mission de l’existence dans certaines caisses primaires « d’entretiens ‘’piégeants’’ et de l’initiative prise par certaines associations d’organiser des séances de coaching … » pour les éviter.

Même si Frédéric Van Roekeghem ne fait pas dans Lire la suite…

PLFSS 2014 et médicament : attention danger !

Le PLFSS 2014 prévoit de modifier les conditions de prise en charge de médicaments bénéficiant du régime ATU : sale coup pour des milliers de malades gravement atteints.

Grande angoisse dans les familles de malades atteints de pathologies graves, rares ou douloureuses (parfois les trois à la fois) car une modification de la réglementation, probablement concoctée sur un coin de table par un conseiller ministériel stagiaire en attente de pantouflage, risque de priver plusieurs milliers de patients de leur ultime remède. Un amendement que nous publions en fin d’article circule en ce moment parmi les parlementaires.

ATU pointu

Une petite précision pédagogique préliminaire s’impose car la quincaillerie réglementaire relative au remboursement des médicaments est d’une complexité sordide. Commençons par le commencement. Il existe des médicaments innovants, souvent développés dans les services de pointe des hôpitaux publics, prescrits à des malades hospitalisés gravement atteints et le plus souvent en échec thérapeutique. En attendant leur autorisation de mise sur le marché (AMM) ces médicaments expérimentaux, parfois encore en phase d’essai clinique par des malades volontaires, peuvent bénéficier d’une autorisation temporaire d’utilisation (ATU, nous y sommes !) donnée par l’Agence Nationale de Sécurité des médicaments (ANSM ex-AFSSAPS). Durant cette phase, ces médicaments sont, soit remis gratuitement à l’hôpital par l’industriel, soit encore vendus à l’hôpital à un prix négocié. Dans ce cas, l’établissement peut bénéficier d’une prise en charge financière sur le compte de la dotation pour les missions d’intérêt général et d’aide à la contractualisation (MIGAC) à la main des ARS (pour être précis, il s’agit d’une sous-dotation qui répond au joli nom de Merri… mais ne compliquons pas !).

Ce serait très aisé à comprendre si l’histoire… Lire la suite…

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