Archives de cet auteur: L'équipe Galilée

Depuis 2007, la Lettre de Galilée propose une analyse critique et indépendante de l'actualité de santé en France.

Zénon d’Élée et zélés démons

Éditorial de la 234 La médecine de proximité et ses territoires, avant qu’ils ne deviennent l’objet d’une stratégie nationale annoncée en grandes pompes, a une longue histoire. La Lettre de Galilée vous propose aujourd’hui de remonter le fil de la longue histoire d’un fiasco d’État… Zénon d’épée, ce philosophe antique, l’avait bien compris : Rien n’est plus loin que ce qui paraît le plus proche. Pour lui -comme pour nos politiques- le mouvement n’est qu’une illusion. Lorsque l’on tire une flèche d’un arc, elle devra d’abord parcourir la moitié de la distance qui la sépare de sa cible, puis la moitié de la distance restante et ainsi de suite indéfiniment car la moitié d’une distance non nulle ne sera jamais nulle. Au final, l’usager a l’impression que rien n’aboutit… Nos politiques (suite…)

Patients souffrants

Comme nous le disions dans le chapitre précédent, il n’est pas aisé de savoir avec exactitude ce dont les patients souffrent, à un instant donné, à un temps donné. Il n’existe pas d’indicateurs permanents des défaillances de l’humanité comme il existe sur le tableau de bord de votre auto le témoin de température de votre moteur.

D’abord, la souffrance est subjective. Dites-moi comment vous avez mal et je vous dirai qui vous êtes.
Nous verrons ces différences d’appréciation au chapitre suivant (Malades qui s’ignorent et malades ignorés). Pour l’heure, intéressons-nous encore aux chiffres.
Comment mesure-t-on la gravité d’une maladie ? Pour des raisons faciles à comprendre, la sécu (il y a bien longtemps…) a dressé une liste de maladies considérées comme graves et coûteuses permettant aux assurés qui en étaient atteints de bénéficier d’un remboursement à 100% : les affections de longue durée (ALD). Les caisses d’assurance maladie comptabilisent donc ces maladies avec assez de précision. Lire la suite…

Médecine de proximité : la longue histoire d’un fiasco d’État

Présentée comme une catastrophe, la désertification médicale des territoires n’a pas tenu compte d’une transformation profonde de la médecine.

Les questions posées sur la démographie médicale qui, de fil en aiguille, aboutissent aujourd’hui à celles sur une restructuration en profondeur des soins de premiers recours, ne datent pas d’hier. Elles émergent par secousses telluriques depuis une vingtaine d’années dans un contexte largement dominé par l’idée que l’offre crée la demande et que le déficit récurrent de l’assurance maladie ne saurait trouver d’autres explications que dans un excès de médecins.

Lire la suite…

Du vu, du vide, du vent

Editorial de la 233 François Hollande avait bien dit dans son programme que la santé devait devenir un « puissant moteur de développement économique » et que nous devions « sortir de la vieille image de la santé vue comme un coût ». On a bien vu aussi le 5 juillet dernier le premier ministre sortir ragaillardi d’un Conseil Stratégique des industries de Santé (CSIS) fort de 44  mesures stratégiques pour une industrie responsable, innovante et compétitive contribuant au progrès thérapeutique, à la sécurité sanitaire, à l’économie nationale et à l’emploi en France ». Le PLFSS 2014 n’a rien repris de cette grande idée de faire du monde de la santé un levier économique. Rapiéçages et bouche-trous, rustines et emplâtres mais rien des promesses entendues. Le vide sidéral. Impopularité pour impopularité, n’était-il pas opportun d’entreprendre des réformes structurelles audacieuses ? Le discours (suite…)

Mentir et démentir

Editorial de la 232 La généralisation du tiers-payant a été introduite dans le projet de Loi de Financement de la Sécurité Sociale on ne sait trop comment. Deux rapports en font état subrepticement : celui d’Alain Cordier qui a présidé au « comité des 7 sages » et celui d’Aline Archimbaud dont les 40 mesures prétendent créer un « choc de solidarité » (sic). Dans les deux cas, l’argumentation, quand elle existe, reste sommaire et n’a convaincu personne. Ce serait plutôt du mensonge par omission. Les organisations syndicales de médecins, non associées semble-t-il à cette bombe de fabrication artisanale, ont réagi avec circonspection. La CSMF ne s’est pas placée sur le plan politique mais sur l’infaisabilité technique; le SML n’en a pas parlé, ou peu; la FMF a organisé discrètement un sondage dont les (suite…)

Rapport Cordier : attendus et sous-entendus

Après un lancement acrobatique, le rapport Cordier méritait une lecture attentive. Le pensum contient autant de bonnes idées que de propositions qui les contredisent.

A la relecture –car il fallait bien retrouver le fil d’Ariane de ce pensum assez logorrhéique sur la médecine de proximité– le rapport des 7 sages, piloté par Alain Cordier, dont le parcours plutôt sympathique laissait augurer une rédaction apaisante, contient les défauts de ses qualités.
Pour une fois qu’on ne fait pas appel à un énarque pour tenir la plume, le résultat est cependant en dessous des espérances. Dommage !

Péripéties et périphrases

On ne reviendra pas sur les conditions de son accouchement. Plutôt raté comme enfantement, car daté de juin 2013, on ne découvre le bébé qu’à l’automne, au détour des hésitations de la ministre à lancer la « stratégie nationale de santé », titre il est vrai un peu surdimensionné du rapport dont le premier ministre était le commanditaire.

Lire : Stratégie nationale de santé : des hommes et des envieux

Ce qui surprend, c’est d’abord son architecture.
Après 14 pages d’auto-persuasions oscillant entre l’imprécation et l’angélisme, le  rapport dans les premières lignes annonce la couleur : « nous posons un pari stratégique : un soutien à la santé et une organisation des soins résolument plus collaborative conduira à mieux dépenser et à réduire les dépenses inappropriées ».
Cette phrase contient la contradiction fondamentale -comme aurait dit le Petit Livre Rouge- de notre système, deux propositions antinomiques dont l’une prendra nécessairement le dessus sur l’autre, sans qu’on sache dans les 130 pages qui suivent à quel moment aura lieu la mise à mort.
S’égrènent ensuite les 19 recommandations clôturées par une synthèse en forme d’incantation à la page 44.
Et comme les auteurs auraient pu imaginer que les lecteurs n’eussent pas bien compris, suivent alors des « notes d’approfondissement » roboratives, écrasantes, plombées dès les premiers mots par une volonté presque dérangeante de persuader son auditoire.
Pour clôturer le tout, le rapport se termine par un benchmarking très tendance sur ce qui se passe ailleurs et cela, bien sûr, dans la langue de Shakespeare.

Pourtant, une fois évacuées toutes les scories stylistiques, il reste dans le tamis quelques morceaux de minerai qui méritent sûrement le chemin de la forge.
Ainsi, à la page 9, une phrase…

Lire la suite…

Les ressorts inattendus de la médecine libérale

Editorial de la 231 Pour leur 9ème édition, Les rencontres de La Baule auront encore montré ce week-end que la médecine libérale avait du jus. On la croyait moribonde ou en tout cas aphone ; la voilà donnant de la voix sur des sujets pointus, se projetant avec enthousiasme dans un avenir incertain, phosphorant sans complexe sur la difficile équation de l’économie de la santé. Quand il y a trop de ténors, direz-vous, on n’entend plus les chœurs, car il y avait du beau linge dans ce beau lieu baulois. Qu’importe ! Nous prendrons le temps ici de déchiffrer les différentes partitions entendues sur « les évolutions du paiement de la médecine », chansons pour le moment jouées en mode mineur par le rapport Cordier et reprises en canon presto dans le PLFFS 2014. (suite…)

Médecine libérale en Pays de la Loire : le bon sens près de chez soi

Un colloque organisé au printemps dernier par l’URPS-ML des Pays de la Loire confirme le dynamisme de jeunes médecins qui ne craignent pas de se lancer dans l’aventure libérale

Il faut dire qu’avec le matraquage de l’opinion sur la désertification médicale, le succès de la journée des pôles et maisons de santé organisée par l’Union Régionale des Professions de Santé des Médecins Libéraux (URPS-ML) des Pays de la Loire et l’Association des Pôles et Maisons de Santé Libéraux pour sa deuxième édition n’était qu’une demi surprise. Près de 200 participants, autant d’élus que de professionnels de santé, avaient manifesté leur intérêt, le 18 avril dernier à Gétigné dans les environs de Nantes, au dossier finalement mal connu de la médecine de proximité. Et ils ne furent pas déçus.

Encore des idées reçues

Pollué par de coriaces assertions aux allures universelles, le constat s’éclaire d’éléments qui font désormais l’objet d’un timide consensus.
Non la démographie médicale n’a pas les allures de catastrophe nationale qu’on lui inflige. Au creux de la vague, l’offre de soins de proximité ne retrouvera jamais que son niveau des années 90.
Non, sur la question des soins de premiers recours, il ne s’agit pas d’une défection ou, pire, d’une désertion de la médecine libérale mais d’une transformation intrinsèque de la médecine dont la caractéristique majeure est sociologique : les femmes, avec 75% des cohortes sortant des universités, apparaissent bien comme l’avenir de la médecine et tracent une voie qui réfute la médecine de papa des années 60.
Que dire alors de cette révolte des élus locaux, porte-drapeaux d’une revendication désespérée qui place la médecine et plus généralement la santé comme ultime recours d’une revitalisation économique de dizaines de milliers de villages appauvris par une politique d’aménagement du territoire qui a favorisé exclusivement, depuis 50 ans, la « mégapolisation » des capitales régionales(1).

Non, enfin, le patient n’est pas immobile. Il bouge(2), s’organise, teste, este, et dans 80% des cas doit apprendre à vivre avec sa maladie chronique. Ceci étant dit, où en sommes-nous en Pays de la Loire ?

Mariage pour tous

La première table ronde au titre évocateur portait justement sur le sujet le plus épineux : couples élus/professionnels : éviter le divorce est-il possible ? Du Braudel à l’état pur, car les querelles de clocher encore de nos jours vont bon train. La présentation du projet de Torfou, haut lieu d’une révolte vendéenne en 1793, fut le détonateur d’une explosion de témoignages : « à quoi jouent ces maires qui dépensent l’argent public pour faire venir des Roumains alors que les… Lire la suite…

Anaphores

Editorial de la 230 On se souvient de la figure de style que le candidat Hollande avait utilisée pendant la campagne présidentielle : « moi président de la république… ». En terme de communication, c’est assez efficace, car tout le monde s’en souvient. L’inconvénient est qu’il s’agit généralement d’un outil mnémotechnique qui permet aussi de ne pas oublier les promesses non tenues. Les présidents des 17 filiales françaises des plus importantes entreprises internationales de la recherche pharmaceutique viennent d’inonder la presse du week-end d’un appel solennel, une « lettre ouverte au législateur », invitant les pouvoirs publics, tant qu’il est encore temps, à se ressaisir pour maintenir la recherche pharmaceutique française dans la course. « Nous, présidents de filiale… » L’appel s’adresse aux parlementaires, mais l’anaphore est un clin d’œil au chef de l’exécutif. Puisse ce dernier (suite…)

Ovnis, omis, honnis

Editorial de la 229 Dans un article du n° 38 du magazine Causette, Antonio Fischetti fait le point sur les petits hommes verts et signale que les services secrets américains et britanniques, enfin persuadés qu’il s’agit de foutaises, ont fermé définitivement leur système de surveillance du ciel. De l’aveu de la CIA, Roswell n’était qu’une supercherie bien commode pour couvrir les essais secrets d’un avion de surveillance. Dans sa lunette, Galilée a repéré cette semaine un étrange appel paru dans Les Echos du 4 octobre. Cette date vous dira-t-elle quelque chose ? Il s’agit de la date anniversaire de l’Ordonnance du 4 octobre 1945 créant la sécurité sociale. On omet souvent de préciser que Pierre Laroque a rêvé pour les Français d’un système à la sauce anglaise mais s’est heurté, à l’époque, (suite…)

En continuant à utiliser le site, vous acceptez l’utilisation des cookies. Plus d’informations

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer