Archives de cet auteur: Lucie Guimier

Lucie Guimier a réalisé une thèse sur la "Géographie des disparités de couverture vaccinale en France. Le cas de l'épidémie de rougeole (2008-2011)". Elle co-élabore le projet "GéoVac" soutenu par la Maison des Sciences de l'Homme (MSH) Paris-Nord (thème : "Espace, Environnement et Santé"). Voir tous ses articles.

État et pharma : qui a peur du grand méchant loup ?

En raison des récents scandales médiatiques autour du médicament, les gouvernements comme les laboratoires pharmaceutiques cherchent à regagner la confiance du public. Mais, face à de tels enjeux, les Français seront-ils convaincus par ces démarches ?

Montrez patte blanche…

 

Well, the people, I would say. There is no patent, could you patent the sun?

 

La Lettre de Galilée la vaccination en France

Crédits : Yousuf Karsh/Retna

Cette célèbre réplique de Jonas Salk, concepteur du vaccin contre la poliomyélite, en avril 1955 souligne à quel point l’éradication de maladies telles que la polyomiélite ou la diphtérie relevait alors d’un combat de santé publique majeur dans le monde. Patenting the sun, (« breveter le soleil » en français), telle est l’étendue céleste, quasi démiurgique, qu’avait le vaccin antipolyomiélite aux yeux de son inventeur. Et pourtant, c’est par cette maxime de Salk que s’ouvre l’ère de la virologie industrielle. Brevet ou pas, l’industrie pharmaceutique suscite rapidement intérêts et convoitises.

Aux États-Unis, le développement des compagnies pharmaceutiques a rapidement été encadré par le gouvernement en réaction à des accidents vaccinaux survenus en 1901 sur des enfants, l’un suite à la contamination d’un vaccin antidiphtérique par le tétanos ayant causé la mort de 13 enfants à St Louis (Missouri), le second impliquant un vaccin antivariolique contaminé tuant 9 enfants à Camden (New Jersey). La première loi de régulation des produits pharmaceutiques et de protection des consommateurs nommée « U.S Biologics Control Act » est votée au Congrès en 1902, elle sera suivie en 1906 de la création par le président Roosevelt du « Pure Food and Drug Act », ancêtre de la Food and Drug Administration (FDA) que nous connaissons aujourd’hui.

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La santé publique au défi de la vaccination : une histoire complexe et ancienne

Dans un contexte de transnationalisation des politiques de santé(1) et alors que la France reste l’un des derniers États de l’Union Européenne à conserver l’obligation vaccinale contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite (vaccin DTP), le fait que la politique vaccinale ait inexorablement évolué vers un système de recommandation en délaissant progressivement le double régime d’obligation et de recommandation – comme le montre l’abrogation de l’obligation du BCG depuis 2007 – amène à questionner, outre les facteurs exogènes, les pressions endogènes qui peuvent influer sur la politique vaccinale en France. Et pour cause, la vaccination est sans doute l’outil de prévention sanitaire le plus médiatisé, le plus décrié mais le moins bien compris.

La Lettre de Galilée la vaccination en France

Les revendications citoyennes et associatives concernant la liberté vaccinale, soit l’abrogation de l’obligation des trois vaccins encore obligatoires en France, suivent l’histoire de l’obligation vaccinale en France depuis la « grande loi » du 15 février 1902 instaurant l’obligation de la vaccination antivariolique. Les positions de chacun sont bien le résultat de la configuration historique du système de santé français, c’est-à-dire des interdépendances et des rapports de forces entre les acteurs qui participent à l’orientation des politiques de santé publique – contraintes institutionnelles, économiques et caractéristiques des médecins généralistes en France, lobbies pharmaceutiques – mais aussi de l’évolution des usagers des services de santé publique qui au fil des scandales sanitaires ont acquis une capacité de mobilisation, des logiques d’action et la diffusion de système de représentation sur un fond de révolution numérique, modifiant en conséquence l’utilisation des services et produits de santé.

Bref aperçu historique d’une technique médicale controversée

L’histoire de la vaccination ne commence pas, comme on pourrait facilement l’imaginer, avec Louis Pasteur. Les premiers rituels prophylactiques renseignés ont été reportés par les historiens en Chine au XVIème siècle, ils visaient alors à combattre la variole dont les épidémies depuis l’Antiquité ne cessaient de faucher des vies ; les premières pratiques documentées(2) revêtent deux formes, la première consistait en un dépôt de squames varioliques sur la muqueuse nasale, la seconde se présentait sous la forme d’une « variolisation » : il s’agissait d’inoculer au patient du pus varioleux prélevé sur un sujet présentant une forme bénigne de la variole, l’objectif visé était de provoquer une variole bénigne pour se prémunir de la forme grave de la maladie. La pratique de la variolisation s’est ensuite répandue le long de la route de la soie et atteignait l’Europe au XVIIIème siècle grâce à l’influence d’une femme : Lady Mary Wortley Montagu, épouse de l’ambassadeur d’Angleterre en Turquie. C’est après avoir observé la technique de l’inoculation de la variole, pratique alors courante dans l’Empire Ottoman, qu’elle fit elle-même inoculer son fils en 1715 à Istanbul(3), de retour à Londres elle fit connaître cette pratique à la princesse de Galles qui, assurée des bienfaits de la variolisation fit inoculer ses enfants : l’Angleterre suivit par la suite son exemple(4) puis la France, où la pratique fut introduite par un médecin Suisse, Théodore Tronchin qui après avoir inoculé son propre fils en 1756 introduisit la pratique à la cour de Versailles sur les enfants du duc Louis Philippe d’Orléans. Lire la suite…

Le nouveau visage de l’opposition à la vaccination

Créée en 1954 avec comme leitmotiv « notre santé nous appartient, nous en sommes responsables, nous voulons pouvoir choisir », la Ligue Nationale Pour la Liberté des Vaccinations (LNPLV) symbolise la contestation historique contre l’obligation vaccinale.

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En France, 9 % de la population s’estime défavorable à la vaccination ainsi «être à jour dans ses vaccinations» n’arrive qu’en cinquième position des mesures préventives de protection contre les maladies infectieuses selon l’enquête Nicolle réalisée en 2006 par l’Institut National de Prévention et d’Éducation pour la Santé (INPES). Selon cette même enquête, un pédiatre sur cinq (21 %) se déclare contre l’obligation vaccinale contre 8 % des médecins généralistes(1). Ajoutons à cela que 58 % des médecins généralistes s’interrogent sur son utilité, 38 % doutent de son efficacité et 39 % ne souhaitent pas se faire vacciner(2). Pour les médecins spécialistes : 63 % ne souhaitent pas se soumettre au vaccin ; en 2009, 63 % des infirmiers refusaient la vaccination anti-H1N1(3). 

Les récents scandales sanitaires contribuent également à assombrir l’image de la vaccination tant auprès du public qu’auprès des professionnels de santé. Le refus vaccinal est-il devenu un fait de société ? Comment s’ancre cette contestation au sein de la société ?

En marge des ligues, l’opposition à la vaccination s’atomise

Entre 2008 et 2011, plus de 22 000 cas de rougeole ont été notifiés en France, dont 1 000 cas de pneumopathies graves, 31 complications neurologiques et dix personnes sont décédées(4). Une telle épidémie aurait pu être évitée avec l’atteinte d’une couverture vaccinale suffisante. Les causes, multiples, sont principalement attribuables aux mutations sociétales. Lire la suite…

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