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Agnès Buzyn : le bilan de la Ministre de la Santé à 6 mois

À presque six mois de mandat, Agnès Buzyn, la Ministre des Solidarités et de la Santé d'Édouard Philippe, a du jongler entre les patates chaudes héritées du précédent quinquennat, les engagements du candidat Macron et une actualité plutôt musclée. Quel premier bilan peut-on aujourd'hui tirer de l'action de la Ministre ?

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Agnès Buzyn, qui vient de fêter il y a quelques jours son 55ème anniversaire, figure médicale incontestée dans le monde de la santé mais assez peu connue du grand public, est soudainement sous les feux de la rampe. "L'hyper-ministre de la santé", titrait Paris Match le mois dernier, dressant le portrait de cette femme qui se souvient de Zoé, devenue l'un des "moteurs de sa vie". Cette semaine, c'est l'Express qui encense une Ministre habile, novice en politique mais combative. La semaine avant, c'était le Monde qui se prêtait au jeu.

Retour sur six mois mouvementés

Alors que certains noms circulaient, la nomination d'Agnès Buzyn à la Santé a créé la surprise. Exit Olivier Véran (que l'on retrouve à la Commission des Affaires sociales de l'Assemblée rapporteur général pour le PLFSS 2018) et Arnaud Robinet (qui retrouve quant à lui sa ville de Reims). On essaie de lui jeter quelques boules puantes sur ses conflits d'intérêts; sans effet.

À peine nommée à son poste en mai dernier, on retrouve la Ministre à Berlin pour participer à la réunion du G20 des Ministres de la Santé européens. Ses premiers arrêtés ministériels concernent l'interdiction de vente de la codéine sans prescription ou les soins de conservation pour les personnes décédées atteintes du virus VIH. Des mesures attendues de longue date.

Sa carrière à l'hôpital fait grincer les dents des libéraux qui, derrière les louanges policées de bienvenue, craignent le pire. Mais le 13 juillet, elle reçoit les syndicats de chirurgiens-dentistes pour rouvrir les négociations conventionnelles qui avaient échoué et conduit au règlement arbitral. Une ouverture plutôt bien perçue. Derrière l'engagement d'obtenir un reste à charge 0% pour les soins dentaires, la logique est certainement de désamorcer tout conflit avec les libéraux.

Sur le tiers-payant, en juillet, la Ministre danse sur un fil d'équilibriste... Emmanuel Macron souhaitait rendre le dispositif "généralisable"; la Ministre rétro-pédale sur France Inter en affirmant qu'il sera "généralisé". Un brouillard qui inquiète.

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Une rentrée explosive

Durant l'été et le tour de passe-passe incognito sur la CSG, les controverses s'enflamment : c'est d'abord la réforme du RSI qui embrase l'actualité puis le scandale du Levothyrox. Un sacré baptême du feu pour la Ministre qui, toutefois, réagit avec prudence et pragmatisme.

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À la rentrée, la Ministre prend les choses en main et désamorce l'affaire Levothyrox. Après quelques hésitations (un recul certainement nécessaire mais qui a fait les choux gras de la presse), la Ministre de la Santé a fait le job : elle a calmé les esprits et répondu aux attentes des associations de patients. Elle a réclamé la publication par l'ANSM des études de bioéquivalence qui ont été largement commentées et validées par la communauté médicale.

Lire : Affaire Levothyrox, retour sur un scandale

Dans cette rentrée inaudible, difficile de communiquer sur sa Stratégie nationale de Santé. La Ministre de la santé ressert de vieilles recettes contre les déserts médicaux. Un exercice obligé héritée de la loi Touraine qui sonne bien creux. D'autant que l'IGAS et la Cour des Comptes font le buzz à sa place...

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PLFSS 2018 : les bidouillages continuent

Le 28 septembre, le rendez-vous annuel de l'examen du PLFSS pour 2018 ne convainc pas les experts. Alors que la Cour des Comptes pointait du doigt la semaine auparavant les "transferts opaques" obéissant à des "considérations d'affichage" (p.208), les mêmes ficelles sont toujours utilisées.

Lire : PLFSS 2018 : les bidouillages continuent

Le PLFSS entérine finalement le tiers-payant généralisable (et non généralisé), l'extension de l'obligation de la vaccination infantile et la hausse des prix du tabac (10€ en 2020). Une hausse de prix courageuse, saluée d'ailleurs par le Dr. Laurent Alexandre...

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En 6 mois, la Ministre n'a pas eu de répit, sur tous les fronts, avec un emploi du temps très chargé (déploiement de la SNS, réforme du RSI, présentation du PLFSS) et parasité par une actualité débordante (ouragan IRMA, Levothyrox).

Si les grands rendez-vous sont plutôt ratés, la gestion des crises médiatiques a révélé un caractère fort et mesuré. Elle a d'ailleurs plutôt tiré son épingle du jeu avec une bonne gestion des crises.

Et, ces dernières semaines, attaquée sur la tiédeur de ses réformes, elle a répliqué à l'Assemblée nationale en souhaitant s'attaquer à la réforme de la tarification des hôpitaux et sortir de la T2A. S'appuyant sur l'article 35 du PLFSS 2018, elle a sorti de "sa botte secrète" cette proposition de réforme. Un chantier ambitieux et attendu.

À propos de Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée. Voir tous ses articles.
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