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3 (fausses) idées-reçues sur le programme santé de Fillon

Désormais présidentiable, François Fillon n’a pas fini de prendre des hallebardes en pleine poire. Ce qu’on a entendu cette semaine sur "la privatisation" de la sécu donne une idée de la force des mots, lancés dans l’opinion sans contrôle.

D’ici mai 2017, chaque victime d’un boulet catapulté sans scrupules méritera bien une autopsie, qu’elle soit d’ailleurs de droite ou de gauche (enfin… quand cette dernière voudra bien se mettre en ordre de bataille, autrement que par les gesticulations de Marisol Touraine sur Twitter !).
Privatisation a-t-on entendu toute la semaine à l’heure du café sur le zinc… Qu’en est-il ?

Lire :  Primaires de droite, quelques murmures sur la santé

Sacralisé autant qu’il se prétend radical, le programme publié par Fillon reste la référence. Ce programme, oui ou non, annonce-t-il une privatisation de l’assurance maladie ?

Le pensum de Fillon, s’il a été préparé dans la discrétion pendant que la presse (et l’opinion) se tournait pendant de longs mois vers la lutte entre un Sarko teigneux et revanchard et un gentil Juppé favori, tous deux finalement sortis du ring, n’en demeure pas moins assez insipide.

Le document sur la santé, le 10ème sur les 27 présentés et assumés par Fillon sur son site de combat est écrit, comme les autres, par "l’association de soutien à l’action politique de François Fillon". On y voit en première page un candidat en habit de président serrer la louche à une poignée de toubibs en blouse blanche. Du classique.

Le texte de 15 pages est à la fois une incantation et une liste de courses.

Des incantations et des incertitudes

Dans ce programme, on y relève en effet pas moins de 27 "il faut que", 27 en 15 pages, cela fait quand même beaucoup. Le lecteur se demande quel grand Yaka à plumes de faucon à pu écrire autant de fois cette puérile anaphore interdite dans les rédactions de classe de troisième. A moins que la partition ait été jouée à plusieurs mains comme les sœurs Labèque dans Ma mère l’Oye, mais sans coordination ni concertation.

Car, dans la liste de mesures préconisées, plusieurs d’entre elles se télescopent.

Le lecteur attentif découvre en effet qu’il faut continuer de faire des économies (chapitre 4). La proposition "Renforcer les procédures de contrôle" exhorte à des économies drastiques encore une fois sur le médicament "[une] baisse des prix, [une] maîtrise des volumes et [un] recours aux génériques" alors que le chapitre 5 "faire du secteur santé un des fleurons français", un peu plus loin, demande à "favoriser l’accès au marché des produits innovants, c’est-à-dire l’accès au remboursement par la gestion des listes de remboursement via une concertation avec la HAS".

#Idée-reçue n°1 : Fillon veut la mort de la sécu

Véhiculée par les extrêmes comme le communiste Pierre Laurent ou le frontiste Florian Philippot, ce préjugé est faux. Et c’est le chapitre 3 de son programme qui nous intéresse ici. "Pérenniser le financement de notre système de soins" pose un diagnostic juste : l’assurance maladie est malade et l’ONDAM, inventé par Juppé en 1996, est une vaste fumisterie qui consiste à fixer un objectif tenable mais toujours supérieur à la capacité économique du pays. En d’autres termes, Juppé a soviétisé le financement de la sécu. Les pitbulls de la Cour des Comptes mordent les mollets des politiques depuis 20 ans mais, à gauche comme à droite, les autruches en place gardent la tête dans le sable.

Depuis deux décennies, la question du partage entre le petit risque et le gros risque refait spasmodiquement surface. Gilles Johanet, aujourd’hui procureur général de la Cour des Comptes, a plusieurs fois essayé quand il était directeur de la CNAMTS d’introduire un mécanisme de conventionnement sélectif, ce qui serait revenu à ouvrir le marché aux exclus du conventionnement. N’a t-il pas aussi tenté, lors d’un bref passage dans l’assurance privée, certes avec quelques déconvenues, de créer un régime sécu pour les plus fortunés ?

Lire : Désertification médicale, la fin du problème avec la coercition ?

On peut estimer sans doute que Hollande y a pensé aussi. En faisant voter la loi de juin 2013 sur l’obligation de la complémentaire santé pour tous les Français voulue par les partenaires sociaux dans leur accord national interprofessionnel de février 2013, Ayrault son premier ministre de l’époque, ouvrait une perspective intéressante, rejetée a priori par la Mutualité Française, mais plutôt saluée par les organismes de prévoyance professionnelle dans lesquels la gestion est restée paritaire.

La prudente redéfinition des rôles respectifs de l’assurance maladie publique et l’assurance privée voulue par Fillon rouvre un dossier ancien mais nécessaire que tous les présidents de la République depuis 40 ans ont refusé d’ouvrir justement pour cette raison : la crainte d’être accusés de privatiser.

#Idée-reçue n°2 : Les Français seront davantage mis à contribution

La Ministre de Santé, qui bidouille la chose Twitter avec vélocité (là se serait plus le Concerto pour main gauche de Ravel...), a pris sa calculette magique et a soustrait de l'ONDAM 2017 (190Md€) la part des ALD (100Md€) en divisant le tout  par le nombre de foyers (28 millions). Résultat : +3200€ par an pour chaque foyer...

C'est tellement risible ! Mais, bon joueur, François Fillon a publié un communiqué dans lequel il précise ses souhaits. Il revient notamment sur la mise en place d'une "franchise médicale universelle en fonction des revenus", en fusionnant la franchise qui existe déjà et le ticket modérateur. Fillon propose une nouvelle logique du risque. Et si l’assurance maladie perd certainement une partie de son périmètre d’intervention, cette réforme, nécessaire, permet de diminuer le coût de la santé... pour les particuliers !

Aujourd'hui, la sécurité sociale rembourse n’importe quel soin. Et elle le fait mal. Aucune réforme n'a touché au remboursement de la "bobologie". Car ces soins "visibles" font certainement perdre beaucoup d'électeurs... Et pourtant, la généralisation des complémentaires santé (95% de la population est couverte) fait que, dans la pratique, un patient est mieux couvert lorsqu’il a une grippe que lorsqu’il a un cancer. Là où actuellement les dépenses sont mal gérées par la sécurité sociale et les hôpitaux publics, demain la concurrence du marché permettra une dépense gérée par des mutuelles totalement dépendantes de la satisfaction de leur assuré. Et au final, c'est l'assuré qui est gagnant.

#Idée-reçue n°3 : Les médicaments seront déremboursés

Fillon a semé le trouble en affirmant à deux reprises qu'il s'attacherait à ne plus rembourser les "médicaments de confort". Car le terme recouvre une réalité assez floue qui n'existe pas vraiment officiellement : il s'agit d'une convention de langage pour désigner les médicaments destinés à soulager les patients atteints par des pathologies bénignes.

Comme l'évoque Dominique Stoppa-Lyonnet, sa conseillère santé, la réduction du périmètre remboursé par l'assurance maladie s'effectuera "en concertation" avec les assureurs pour que le reste à charge du patient soit inchangé.

Reste tout de même à savoir si les mutuelles auront les reins suffisamment solides pour porter ce transfert massif de compétences...

Méfions-nous des idées reçues. Surtout quand on sait qui les distribue !

Crédits photos : Magali.

À propos de Remy Fromentin

Cofondateur de La Lettre de Galilée en 2007, il a mené une carrière de dirigeant au sein de l'Assurance maladie jusqu'en 2002. Il est depuis cette date consultant international. Voir tous ses articles.
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