La Lettre de Galilée

Médicaments ombres et lumières

Le président du Leem (Les entreprises du médicament), qui accompagnait la Ministre Roselyne Bachelot venue faire ce matin son traditionnel footing dans les allées du MEDEC, aura-t-il eu le temps, entre le stand sucré du DMP (dossier médical personnel) et celui moins en vue des associations de santé, d’exprimer son mécontentement ? Christian Lajoux, en effet, n’en finit pas de pester contre les « contrevérités » répandues par les institutions publiques et médiatiques sur l’attitude de l’industrie pharmaceutique dans la consommation des médicaments.

Indiscutablement, le rapport de l’IGAS de l’automne sur l’influence de la visite médicale a ouvert quelques plaies qui ont du mal à cicatriser et qui n’empêchent pas l’impitoyable collectif Formindep de lancer quelques flèches supplémentaires, bien acérées, sur l’influence des labos dans le contenu des formations que suivent les médecins.
Malgré un ton résolument incisif, le collectif, qui fête ses quatre ans, admet de bonne grâce que la situation en France n’est pas pire que dans les autres pays riches mais seulement plus grave car il n’existe pas d’alternatives sérieuses aux formations payées par l’industrie.
En d’autres termes, les professionnels, victimes de surcroît de la panne des conseils régionaux de FMC, ne parviendraient pas à sortir de l’amateurisme joyeux et de l’approximation.

Au moment de la publication des comptes sociaux qui, contre toute attente, laissent apparaître une embellie surprise, la Cnamts publie un « point d’information » sur les dépenses de médicaments en 2007, document très opportun mais qui pèche par son excessive discrétion.
On y découvre, chiffres à l’appui, que les produits liés aux pathologies aiguës ont eu une croissance modérée. Ce que confirme à sa manière le président du Leem qui parle de « diminution » de la consommation médicamenteuse de 50 millions de Français.
Là où l’appréciation est diamétralement opposée, c’est sur les maladies chroniques. Alors que le Leem impute la surconsommation aux 8 millions de patients atteints d’ALD (affection de longue durée), la Cnamts, tout de go, affirme que la croissance de la consommation des assurés pris en charge à 100% n’est pas excessive (2,9%), en tout cas en rien comparable aux crêtes enregistrées les années précédentes.
Alors que le patron du Leem annonce la mise en place d’un groupe de travail chargé de donner à l’industrie pharmaceutique un rôle de partenaire à part entière en sortant d’une « logique produit » et repositionner les labos dans une « stratégie globale de soins », l’imprécision statistique fait désordre.

Dans cette affaire, la Cnamts se frotte les mains. La décrue des produits historiquement inflationnistes donne aux caisses d’assurance maladie la certitude que les plans de maîtrise sont payants et que l’opiniâtreté a des vertus. Le graphique que publie timidement la Cnamts confirme cette décroissance régulière depuis huit ans (4,8% en 2007 contre 8,8% en 2000). Si les génériques n’y sont pas pour rien et donnent même des ailes à l’USPO (union syndicale des pharmaciens d’officine), qui vient de signer un accord pour élargir davantage le droit de substitution (déjà utilisé dans 80% des cas) en promettant une économie supplémentaire, l’essentiel de la décroissance vient de l’action, parfois maladroite, souvent incomprise, des caisses d’assurance maladie.
Le trou de croissance enregistré en 2005-2006 nous renseigne aussi sur une évidence : les coupe-sombres ponctuelles de l’Etat ne servent à rien, sauf à hérisser le poil du Leem qui n’oublie pas de rappeler sa contribution de 4 milliards d’euros prélevés à l’aveuglette dans les réserves de l’industrie pour résorber ponctuellement le trou de la sécu.

La note statistique de la Cnamts nous fournit aussi une indication stupéfiante. Les six produits qui occupent le haut du tableau des médicaments accusant la plus forte croissance en 2007 ont un ASMR (amélioration du service médical rendu) de V pour 4 d’entre eux et de IV pour les deux autres.
Faut-il rappeler ce qu’est l’ASMR ? il s’agit d’un coefficient attribué par le Comité de transparence de la HAS permettant de démontrer l’apport du nouveau médicament par rapport à ceux qui sont déjà sur le marché, le coefficient I étant le plus élevé, le coefficient V correspondant à … un apport nul.

C’est la raison pour laquelle les patients (et les médecins), auraient probablement tout à gagner si la Cnamts, de temps en temps, sortait de l’ombre pour parler du médicament sous les spotlights du MEDEC.

À propos de Jean-Pol Durand et Rémy Fromentin

Depuis 2007, chaque mardi, Jean-Pol Durand, ancien rédacteur en chef du Quotidien du Médecin, Impact-Médecin Quotidien, Filières & Réseaux, et Rémy Fromentin, ancien haut responsable de l’assurance maladie, ont partagé leur vision sur l’actualité de la santé en France autour d’une lettre commune.
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