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Télémédecine sur internet : la course aux trésors ?

Une histoire qui fait couler beaucoup d’ancres.

La télémédecine pouvait être considérée, jusqu’en 2009, comme une activité médicale "sous marine" qui, pour prendre l’air du large, avait besoin de remonter à la surface des océans.

L’Amirale Bachelot, alors aux commandes de la flotte, créa dans sa loi HPST1 les conditions atmosphériques propices à l’émersion de la télémédecine.
Mais, même bien programmé, l’anticyclone peine à s’installer durablement sur l’océan de la santé numérique.

Nul besoin de longue vue pour remarquer que la majorité de la flotte est restée au port. L’Assurance Maladie, zone de basse pression, retient précieusement dans ses Caisses un fabuleux trésor, la rémunération des actes de télémédecine.

Seule une petite flotte, a pris le vent, attirée par le scintillement d'un autre trésor, bien plus sensible que visible. Et, pour en ouvrir le coffre, une clé, l'angoisse des patients. Elle sait aussi que l’évolution défavorable de la démographique médicale peut lui être profitable. Alors, ses voiliers, battant pavillon « télémédecine commerciale », se sont élancés tels les pirates.

Comme souvent dans les films, pour s’accaparer un trésor, les pirates se glissent dans les horizons brumeux...
"Un symptôme vous inquiète. Votre médecin ne peut vous recevoir avant plusieurs mois, alors posez vos questions à un de nos médecins, envoyez nous vos photos, payez en ligne et, en 48h, on vous conseillera." Ainsi, vous serez rassuré… peut-être ? Le plus souvent, vous ne serez pas remboursé, délicatement allégé d’une dizaine d’euros. Mais peut-être que votre complémentaire santé aura passé quelque accord pour vous faire bénéficier de ce conseil.

Sous l’étendard « Télémédecine sociale », d'autres organisations, qui s'apparentent davantage aux bons corsaires, se sont également engagées dans la course, en respectant les règles.
Le décret télémédecine2 dit : "projet médical en phase avec les programmes nationaux ou plans régionaux des ARS et prise en compte des conditions organisationnelles et techniques de mise en œuvre".
Au coup de canon donné par l’ARS si tout est à bord, alors les corsaires peuvent couper la ligne de départ.

Et, pendant ce temps, les pirates tirent des bords, feignant de s'adapter au courant réglementaire. Il n'y a qu'à naviguer, toute toile dehors, sur leur site internet pour le constater. Sponsorisés par des assureurs privés, vieux loups de mers, ils déjaugent et gagnent de la vitesse. Nous promettant une vraie médecine à 2 vitesses.
Dans le sillage de leurs aînées et sentant le vent de l’aubaine souffler, d’autres sociétés, apprenties pirates, commercent depuis peu.

A l’heure du rapport du Docteur Jean-Yves Grall sur « La territorialisation des activités d'urgence », où il est proposé de mettre en place des organisations pour prendre en charge des urgences qui n'en sont pas vraiment, les pirates de la télémédecine, sont-ils là aussi en embuscade, prêts à l'abordage des soins non programmés ?

L'histoire dira si les corsaires de la "Télémédecine sociale", obligés dans leurs embarcations sans fortune de composer avec le règlement, ne seront pas à la traîne et ne risqueront pas de prendre l'eau avant d'atteindre le cap.

Fort heureusement, des vigies éveillées assurent leur quart. Conseil de l’Ordre3 à bâbord, Société Savante4 à tribord, ont, depuis leur frégate, lancé des signaux de détresse. Les messages sont clairs « respecter ou revoir la règlementation de la course».

Au moment, de la mise à l’eau de l’expérimentation5 de la rémunération des actes de télémédecine, voulue par la nouvelle Amirale de la flotte, Marisol Touraine, il est temps d’éclairer la route.

Au PC Course, l’Etat entendra-t-il l’appel de détresse ? Sera-t-il le gardien des règles de la régate ?

Mais peut-être, cette situation conviendrait-elle à chacun ? A l’Assurance Maladie préservant ainsi son trésor. Aux pirates et à leurs sponsors qui continueraient à puiser au fond du port de l’angoisse. Aux patients, à la fois inquiets, bien couverts ou fortunés. Aux bons corsaires, en mal d’organisation, qui trouveraient là un possible soulagement.

"Flotailler"6 ou chavirer, nous verrons bien comment le législateur manoeuvrera le gouvernail.

Crédits photos : Thierry Baboulenne.

1- Loi HPST : Loi 2009-879 du 21 juillet 2009 portant réforme de l'hôpital et relative aux patients, à la santé et aux territoires
2- Décret 2010-1229 du 19 octobre 2010 relatif à la télémédecine
3- Dépêche APM du 12 mai 2015 - CNOM
4- Dépêche APM du 27 mai 2015 - SFT-ANTEL
5- Article 36 de la Loi n° 2013-1203 du 23 décembre 2013 de financement de la sécurité sociale pour 2014
6-Ne rien changer

 

À propos de Inès Caramouche

Tombée dans la marmite de « l’information » dès son plus jeune âge, Inès Caramouche est passionnée par l’actualité du monde, de la santé (connectée !) et par l’humain.
Elle aime lancer des petites alertes pour conjuguer harmonieusement e-technologie, grandes et petites questions de société et valeurs humaines.
Inès ne cherche pas à faire mouche mais « titille » de la pointe de sa plume les consciences des uns et les décisions des autres.

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