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Santé dans les présidentielles 2017 : divertir pour que rien ne bouge

Éditorial de la 393

Les populaces acéphales en redemandent : elles aiment à entendre le bruit des vertèbres qui craquent. Pollice verso ! Qu'on l'achève. Les boules puantes, les casseroles et les fumées sans feu ont fait voler en éclat le paradigme d'un clivage gauche/droite désormais désuet. L'obsession de l'agitation fascinatrice, dans un ultime bain de sang médiatique, aura capté jusqu'à maintenant l'attention des foules aveuglées.

Mais, pour autant, avant d'imploser, ce système, menacé de corruption et de dépassement, avait produit des rejetons pour assurer sa survie : des trublions anti-systèmes, rapidement illégitimes sans le système qui les a créés... Le plus ancien, le plus connu et le plus grossier de ces rejetons est le Front National, suivi de près dans son populisme par La France Insoumise de Mélenchon(s) (dont on ne sait lequel est un hologramme). Le plus subtil est certainement celui d'Emmanuel Macron. Proclamé candidat anti-système, se voulant hors du clivage gauche/droite, le jeune ambitieux s'est construit de bric et de broc, empruntant des idées des uns ou des autres sous un vernis novateur. Éric Verhaeghe, sur son blog, s'en amuse et relève les plagiats flagrants : "l’originalité de Macron repose donc sur son… absence d’originalité. Dans la pratique, toutes ses propositions sont empruntées à d’autres, sous une forme plus ou moins réchauffée ou modifiée. D’une certaine façon, il est le candidat de la boîte à outils: il s’empare des propositions des autres pour en faire un programme à sa sauce." Et que se passera-t-il lorsque les projecteurs s'éteindront et que la foule aveuglée découvrira que Macron incarne en réalité tout ce qu'elle aura rejeté du système en votant pour lui : le monde de la finance, des médias, des conflits d'intérêts,... ? Platon, déjà, au Vème siècle avant Jésus-Christ, nous avait prévenu dans sa République : ce n'est plus aux populismes séducteurs que la démocratie cèdera la place, mais bien à la tyrannie.

Dans le domaine de la santé, les visions s'opposent : des soins gratuits pour tous, comme le proposent les deux éminences socialistes dans Le Monde du 13 janvier dernier, Didier Tabuteau et Martin Hirsch, à un report du petit risque sur le privé, comme l'a maladroitement avancé François Fillon en fin d'année, les réformes du système de santé pour le prochain quinquennat risquent donc bien de ne pas avoir lieu tant les clivages sont forts. Lorsque les changements sont nécessaires, mais trop difficiles à réaliser, mieux vaut ne rien faire.

Et c'est peut-être parce que rien n'a été fait que la Fédération hospitalière de France (FHF) a publié jeudi 2 février dernier ses 12 orientations politiques et 50 propositions détaillées, qui, comme nous le redoutions, n'apporte rien de neuf par rapport aux propositions faites en 2012... On a connu Frédéric Valletoux plus véhément en la matière. Néanmoins, la proposition n°5 (pp.26-27) attire l'oeil car elle s'inscrit dans l'ambiance d'étatisme post-soviétique de l'intelligentsia en s'ingérant dans les affaires de la médecine libérale pour "promouvoir une approche efficace et pragmatique de la régulation de l’installation des médecins libéraux au sein des territoires en préservant la liberté d’installation en secteur 1 mais en ne rendant plus possible l’installation en secteur 2 dans les zones déjà surdenses". Prenant pied sur le modèle territorial porté par la loi de santé de Marisol Touraine, la FHF, fidèle à elle-même, tire la couverture à soi en citant comme base de l'organisation des soins le groupement hospitalier de territoire (GHT). De toute façon, l'usine-à-gaz organisationnelle proposée par la loi de santé est tellement floue et complexe, que personne n'a vraiment bien compris la nouvelle gouvernance territoriale souhaitée et qu'on y gagnerait presque à prendre l'hôpital comme référence !

Crédits photos : Nicolas Mirguet.

À propos de Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée.

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  • Jean-François Leclere

    Concernant les déserts médicaux je suis surpris que l’on ne distingue pas les professions à numerus clausus des autres.
    Pourquoi ne pas créer un service médical civil pour les professions de santé?
    Les études sont gratuites et de nombreux professionnels s’orientent vers d’autres métiers alors que la communauté à financer leurs études sur la base des besoins de la population. Ceci pose plusieurs questions concernant les numerus clausus et la maitrise des « coûts » de santé.
    La santé doit elle resté libérale? Il y a un prix acceptable pour chaque chose. L’accès a des soins de qualité doit être garanti pour tous sur tout le territoire.
    Notre société doit évoluer dans l’intérêt général et non dans l’intérêt particulier de quelques uns ou de « castes » républicaines…..
    Mais ceci est vrai aussi en dehors de la santé. La gestion des prix des nouveaux médicament est un exemple type ou le serpent (d’Hypocrate) se mord la queue.
    Dans l’intérêt général le prix doit être raisonnable, dans l’intérêt des financiers il doit être le plus haut possible. Le business modèle pharmaceutique a évoluer au cours des 20 dernières années et le coût de l’innovation est avant tout un coût financier et non plus un coût d’investissement – le libéralisme n’a pas que des bons cotés…….car a la fin c’est toujours la population qui trinque….

  • Ludovic

    Hé bien, Vincent, quelle étrange mouche vous a piquée, vous inoculant un champ lexical que je n’attendais pas de vous dans votre premier paragraphe ??
    Un amical rappel à vous (je ne suis pas légitime pour rappeler qui que ce soit à un quelconque ordre… 😉 ). Je me méfie toujours des mots comme « populace » : on ne s’y range pas soi-même, et on ne sait de qui elle serait constituée… Votre billet de la semaine n’en est pas moins pertinent que d’ordinaire, et je l’ai apprécié sur le fond.
    L’estime que je vous porte m’autorise cette cordiale question : comment auriez-vous apprécié ces mots sous la plume d’un autre ?
    Ludovic

    • Vincent Fromentin

      Bonjour Ludovic,

      On pourrait croire que j’ai le beau rôle de l’anachorète regardant Rome brûler… Mais je m’inclus pleinement dans la « populace ». L’image me plaisait et sonnait bien… Si vous me connaissez, je l’accepterais volontiers de la plume d’un autre !
      Je m’interroge juste sur notre docilité soumise…

      • Ludovic

        Merci de votre réponse…
        Et votre interrogation sur notre docilité de groupe me semble à la fois légitime, pertinente et bienvenue dans la période que nous vivons ! 🙂
        Une image me vient en tête : j’étais avec mes enfants dans la foule immense de la manifestation de soutien à Charlie Hebdo et aux victimes des attentats, à Paris, le dimanche 11 janvier 2015. J’étais attentif aux commentaires des autres participants, et pour tout dire un peu inquiet de voir des réactions de rejet ou de colère se faire jour sur des bases que nous ne connaissons que trop bien : le rejet de l’autre, le racisme. Rien de tout cela dans mon entourage.
        J’ai pensé ce jour-là que notre peuple avait plus de maturité politique et de grandeur que ses dirigeants.
        Et paradoxalement, cela n’enlève rien au spectacle souvent désolant des réactions primaires (sans jeu de mot facile relatif aux élections primaires…).
        C’est pourquoi votre Lettre est Utile, et j’y met cette fois-ci une majuscule : vous portez le débat, mais aussi la réflexion, pointez les paradoxes, les efforts, les échecs et les réussites.
        Continuez cela, je suis persuadé que vous avez contribué à faire évoluer l’avis de bien des lecteurs sur beaucoup de sujets. C’est un grand compliment !

  • Philippe G

    Lire ‘la structure des révolutions scientifiques » de Th. Kuhn pour comprendre l’ampleur des résistances au changement. Face à la crise et aux anomalies, on a toujours du mal à « renoncer au paradigme qui nous a mené à la crise » (chap. 7).

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