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Richard Ferrand, la prescription et les déserts médicaux

Éditorial de la 427ème

Affaire classée sans suite. Dans son commmuniqué publié vendredi dernier, le procureur du tribunal de Brest a lavé Richard Ferrand, dans les affaires des Mutuelles de Bretagne, estimant que "les infractions d'abus de confiance et d'escroquerie ne sont pas constituées, faute d'un préjudice avéré."

Seul bémol tout de même : "la question est apparue plus complexe s'agissant de la commission éventuelle d'un délit de prise illégale d'intérêts". Il aurait fallu que les Mutuelles de Bretagne soient reconnues comme chargées d'un servie public. Or, bien qu'elles touchent des subventions publiques et offrent des prestations pour le public, leur statut de personne morale de droit privé les dédouane. "Le parquet de Brest aurait pu envisager l'ouverture d'une information judiciaire". Mais de toute façon, les faits sont prescrits ! Ah bah fallait le dire dès le début...

Le concert de louanges pour acclamer le grand absent ne s'est pas fait attendre. Mais il en faudra certainement plus pour laver tout blanc ce fidèle de Macron. Car si la magouille est prescrite, les soupçons sont toujours là et le bonhomme est plutôt cramoisi pour espérer revenir en toute probité retrouver son portefeuille. La traversée du désert risque d'être un peu longue.

Ça tombe plutôt bien car le jour-même, Agnès Buzyn, la Ministre de la Santé, présentait, avec le Premier Ministre, Édouard Philippe, son plan de lutte contre les déserts médicaux. (On aurait pu trouver meilleure transition en parlant à des professionnels de santé de prescription...)

Quatre priorités sont retenues : renforcer l'offre de soins dans les territoires, abolir les distances avec la révolution numérique, améliorer l'organisation des professionnels, faire confiance aux acteurs des territoires pour construire des projets.

Lire : Stratégie nationale de santé : des hommes et des envieux

Les mots sont les mêmes depuis plusieurs années. On est habitués. Concrètement, que nous propose la Ministre ?

La dernière convention pour les médecins a introduit une prime d'installation sur 3 ans de 50 000€ pour les MG s'installant en zones sous-denses. Le zonage est en cours d'élaboration pour être publié en novembre prochain. Autre levier fiscal pour inciter les médecins à poursuivre leu activité au-delà de l'âge de la retraite : le relèvement du plafond de revenu annuel d'exonération de cotisation à la complémentaire vieillesse, passant de 11 500€ actuellement à 40 000€.

Un médecin pourra aussi apporter un "appui temporaire" à un autre médecin dans une zone sous-dense dans le cadre d'un contrat de médecin adjoint (un contrat qui existait pour les internes en cas d'épidémie ou dans les zones de fortes concentrations saisonnières).

Lire : Désertification médicale : la fin du problème avec la coercition ?

La protection sociale des remplaçants et des professionnels en exercice mixte sera améliorée en donnant la possibilité de s'affilier au régime général.

Le plan propose de développer des consultations avancées pour les médecins (encore). Un patient pourra prendre un rendez-vous dans sa maison de santé pour effectuer un examen et c'est le spécialiste qui se déplacera. Dans les zones sous-denses, le professionnel en question pourra donc souscrire un contrat de solidarité Territoriale Médecin (CSTM) qui lui permettra d'avoir une revalorisation (+25%) d'une partie de ses honoraires (10%) réalisés dans ce territoire. C'est intéressant, mais cela suppose qu'il y ait déjà sur le territoire sous-dense une offre médicale.

Lire : Désertification, métropolisation et lutte des classes : les médecins dans le viseur

Pour décloisonner la ville et l'hôpital, la Ministre souhaite créer des postes d'assistants partagés pour des médecins exerçant à la fois à l'hôpital et dans une zone sous-dense. Cela existe déjà entre les hôpitaux; le plan prévoit de l'étendre avec toute autre structure ambulatoire en zone sous-dense. Dans la même veine, le plan prévoit de renforcer les stages en ambulatoire (pour toutes les spécialités) lors des études. L'idée est ancienne mais n'avait pas eu de succès faute de maîtres de stage : le plan prévoit de revaloriser leur indemnité en zone sous-dense et de simplifier les démarches administratives.

Lire : Désertification médicale : faut-il s’entêter à peupler nos déserts ?

Pour les infirmiers (ah enfin !), de nouveaux protocoles et de nouvelles formations seront proposés pour développer les coopérations entre médecins et infirmiers, selon l'expérimentation des parcours ASALÉE, pour accompagner les malades chroniques.

Autre cartouche pour lutter contre les déserts médicaux : mobiliser les centres médicaux des Armées. Ça rigole plus.

Lire : Déserts médicaux : des airs de déjà vu

Autre axe : la révolution numérique. Une arlésienne depuis des décennies. Première des mesures : inscrire dans le droit commun les différentes expérimentations menées jusque-là. Les EHPAD bénéficieront de 28 000€ par établissement pour s'équiper. Pour "faire émerger les territoires digitaux", le DMP reprend du service. Il s'agit de le généraliser en 2018.

Lire : Le petit DMP est attendu à la caisse

400M€ pour doubler les MSP. Investir dans les murs, ce n'est pas trouver des professionnels de santé de manière pérenne. Achtung!

Lire : DMP : chronique d’une folie d’État

La Ministre souhaite également lancer une mission sur les soins non-programmés afin de faciliter l'accès aux soins en dehors des heures d'ouverture classique des cabinets médicaux. Pour les patients en situation complexe, le plan propose de fusionner les dispositifs existants parfois complexes d'appui aux professionnels. Les réseaux ont intérêt à se tenir à carreau.

Enfin, pour améliorer l'organisation des soins, la Ministre prévoit de créer un guichet unique d'information et d'orientation pour les professionnels. N'était-ce pas le rôle du PAPS, le portail d'accompagnement des professionnels de santé (géré par les ARS) ? Quel devenir ? D'autant que pour appuyer les ARS les crédits FIR ont été rallongés de 10M€...

Lire : Et si les « déserts médicaux » étaient un mirage ?

Dans l'esprit, le changement de méthode est affiché : faire confiance aux expérimentations de terrain. Le problème, c'est que cela fait également des années que l'on expérimente à tout va. Dans l'ensemble, la Ministre a compris le problème des déserts médicaux. Hélas, les solutions sont toujours des rustines.
Quand commencerons-nous à penser la désertification médicale dans son ensemble ? c'est-à-dire à évoquer le retrait de l'État dans certains territoires ? Combien de MSP resteront vides fautes d'écoles et de transports alentours ? Combien de solutions coûteuses de télémédecine resteront lettre morte car implantées dans un désert numérique ? Combien de MG préfèrent utiliser Twitter ou Facebook pour diagnostiquer bien plus rapidement ? Combien de générations sacrifiées de professionnels de santé à cause de politiques ciblées uniquement sur les zones sous-denses ?

Crédits photos : Richard Ferrand.

 

 

À propos de Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée.

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  • Agnès Gouinguenet

    Concernant monsieur Ferrand, c’est une honte. Le PR a nommé un nouveau Procureur de la République à Brest il y a 1 mois, histoire de mieux dicter sa loi. Serions-nous en dictature ?
    Concernant les déserts médicaux, les mesures ne sont pratiquement que financières. L’argent ne fait pas toujours le bonheur de médecins qui préfèrent vivre au soleil et dans une ville sympa; cela se saurait. Comment font les pharmaciens ? …

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