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[Re]vue de Web : des annonces et des magouilles

Cette semaine, comme ces derniers jours, les affaires, les conflits d'intérêts et la magouilles des hommes politiques passionnent plus les journalistes et l'opinion publique que le bilan du Gouvernement. Comme  l'évoque Rouja Lazarova non sans poésie pour Libé : "La pire des sanctions, c’est l’indifférence. (...) Depuis quelques mois, personne n’attend les ministres à la sortie du Conseil le mercredi matin, leurs pas crissent solitaires sur le gravier de la cour de l’Elysée. Mais, cette fois, l’indifférence a été brisée par les «affaires»."

Macron et ses casserolles

Attaqué par Benoît Hamon sur ses accointances avec certains lobbies de "l'industrie pharmaceutique, pétrolière et chimique" lors du débat télévisé, Emmanuel s'est défendu et a pris l'engagement solennel de ne "pas être tenu par les gens qui l'ont financé". Pourtant les casseroles sont là...

Lire : Macron ou le rêve éveillé.

Un plan pour les conditions de travail des soignants libéraux

La vague de suicides qui frappe les professionnels de santé interroge. Huit infirmières se sont données la mort dont la dernière en date, à l'hôpital Cochin, le jour même où plusieurs milliers de professionnels manifestaient à Paris pour dénoncer la dégradation de leurs conditions de travail.

Mardi, la Ministre de la santé présentait le "volet ambulatoire de la stratégie nationale d’amélioration de la qualité de vie au travail des professionnels de santé" afin de "prendre soin de ceux qui nous soignent". Au programme : une conférence départementale annuelle, une campagne de communication et de sensibilisation du grand public, des fiches pratiques pour les professionnels,  un dispositif d’écoute.

Karim Mameri, secrétaire général de l'Ordre national des infirmiers, interrogé par FranceInfo, déplore que Marisol Touraine en poste depuis 2012 ne se saisisse de ce problème "qu'à 32 jours de la prochaine élection présidentielle"... "La campagne d’information ne pourra pas suffire. Il faut pouvoir former les professionnels de santé, accentuer la prévention... Et quand les faits délictueux arrivent, il faut prendre cela au sérieux et agir publiquement et solennellement." ajoute-t-il.

Petites magouilles entre amis

  • La filiale lucrative d'Orange surfe sur la création des Groupements hospitaliers de Territoire (GHT)

Dans le cadre de la loi de santé de janvier 2016, la Ministre annonçait quelques mois plus tard la création de 135 GHT regroupant pas moins de 850 hôpitaux. Du pain béni pour la filiale d'Orange, Orange Healthcare, dirigée par Elie Lobel, un transfuge de l'ASIP. La filiale avait été créée en avril dernier sous l'impulsion de Thierry Zylberberg, le frère de Laurent Zylberberg, un proche de Bertrand Delanoë, un ancien du cabinet de Pierre Joxe et le directeur de campagne du PS pour les municipales de 89.

Lire : Marisol Touraine rend visite à Google

Un heureux hasard du calendrier remarque Jean-Yves Paillé, dans La Tribune. "Cette réforme est une accélération bienvenue dans l'e-santé. En octobre 2016 , Orange Healthcare a été retenu par le Resah, principale centrale d'achat des hôpitaux français, comme fournisseur exclusif de téléphonie et de connectivité, de services audio et de web conférence, de cybersécurité et d'hébergements de données de santé. Plus de 70% des hôpitaux en France utilisent aujourd'hui nos technologies", avance Elie Lobel lors de la conférence de presse du 21 mars dernier. "Orange se frotte les mains" poursuit l'éditorialiste Jean-Yves Paillé mais "difficile de savoir à quel point les offres dédiées aux hôpitaux sont lucratives pour Orange. La filiale santé ne communique pas ses résultats financiers, qui sont agrégés dans la partie Orange Business Services" qui affiche 6,4 milliards d'euros de chiffre d'affaires annuel. Une croissance annuelle à deux chiffres, véritable "relai de croissance pour la société" confie pudiquement le directeur.

  • 1,2M€ d'audits pour l'AP-HP en 2016

C'est le Figaro qui révèle la boule-puante hier : "en 2016, l’AP-HP a dépensé plus de 1,2 million d’euros en missions de conseil qu’elle est pourtant en mesure de mener en interne."  Capgemini (dont le PDG est Paul Hermelin, ancien dircab de ministres socialistes dont Laurent Fabius), Ylios (qui était intervenu notamment pour conseiller la direction de la LMDE en perdition en 2015 et dirigé par Karim Hatem et Angelos Souriadakis), Adopale, Toptech ou GE Healthcare sont les cabinets qui ont été sollicités pour réaliser des missions de conseil que l'AP-HP peut elle-même réaliser en interne.

Lire : Conflits d'intérêts, la transparence en apparence.

Martin Hirsch, directeur général de l'institution depuis fin 2013 s'y était pourtant engagé. Mireille Faugère, la précédente directrice, avait été épinglée par la Cour des Comptes pour sa gestion et débarquée. À l'époque déjà, 3,7M€ d'audits externes en 3 ans. À croire que rien n'a changé en 2016 !

Les bidouillages de la réforme du 3ème cycle

En mars dernier, nous apprenions le décès du Pr Jean-Claude Étienne, artisan avec le Pr Jean-François Mattei en 1997 de la réforme des études médicales et auteurs d'un rapport qui allait se traduire par la création des épreuves classantes nationales (ECN) et d’un diplôme d'études spécialisées (DES) de médecine générale en 2004.

Lire : Pour l'avenir de la santé, les propositions du CNOM

Aujourd'hui, la réforme du 3ème cycle dont les textes de référence et les derniers arbitrages se font attendre suscite quelques colères, notamment auprès du syndicat des internes, l'ISNI, dont le président, Olivier Le Pennetier, a été pris pour cible par "quelques mandarins" relève le QdM en début de mois. Le risque d'une grève des praticiens dans un contexte politique tendu pourrait faire craindre le report sine die de cette réforme tant attendue.

De son côté, le Collège national des généralistes enseignants (CNGE) déplore dans un communiqué publié lundi les "rebondissements" de "dernière minute" de cette réforme qui transformerait le DES de médecine générale en un "DES de transit"encourageant les internes à le choisir pour s’orienter vers d’autres exercices, hospitaliers ou divers, mais ne les destinant pas à la médecine générale." La dernière mouture proposée détournerait les internes de médecine générale "qui manqueront demain pour la population dans les territoires".

Malgré les politiques, la pauvreté toujours préoccupante en France

Dans le cadre du plan gouvernemental de lutte contre la pauvreté, le revenu de solidarité active (RSA) augmentera (comme prévu) en septembre prochain. Selon le communiqué du Gouvernement, "il s'agira de la cinquième hausse exceptionnelle du RSA depuis 2013, confirmant l’engagement pris dans le cadre du plan pluriannuel de lutte contre la pauvreté (2013-2017) d'augmenter cette prestation de 10% en cinq ans, en plus de l'inflation. Le RSA, dont le montant varie en fonction de la composition du foyer,  sera ainsi porté à 545 euros par mois pour une personne seule. (...) Les plafonds de ressources en vigueur pour l'accès à la CMU-C (couverture maladie universelle complémentaire) et pour l'aide à la complémentaire santé (ACS) seront également relevés. Près de 150 000 personnes bénéficieront ainsi d’une couverture complémentaire solidaire. L’allocation de soutien familial, le complément familial et l’allocation de solidarité aux personnes âgées ont également été revalorisés."

Lire : Pauvreté et minima sociaux, vers une nouvelle donne ?

Derrière l'annonce, le collectif ALERTE regroupant 38 associations oeuvrant contre la pauvreté, qui était reçu par le Gouvernement ce mardi, salue les efforts qui ont été menés depuis 2013 même si "la pauvreté ne diminue pas dans notre pays. 14 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Le nombre de sans-abri s'accroît. 5 millions de Français souffrent de l'isolement. De nombreuses zones urbaines sont à la dérive. La politique du logement est défaillante.Si le plan de lutte contre l'exclusion mis en place en 2013 a sans doute permis une stabilisation du taux de pauvreté, une amélioration des minima sociaux, ou des avancées significatives dans le domaine de la santé, il n'a pas profondément modifié la situation des personnes en précarité, particulièrement des jeunes et des familles monoparentales."

Lire : Dépenses d'action sociale, vers la fin de la solidarité locale ?

Pour le président du collectif, François Soulage, un des points noirs du plan reste le logement. "Alors que le plan de 2013 prévoyait la construction de 150 000 logements locatifs sociaux par an, on a atteint péniblement 120 00 en 2016. Alerte considère qu’il faudrait en particulier 60 000 logements très sociaux par an, soit le double de ce qui est fait."

 

Crédits photos : Dufresne Ali.

À propos de Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée.

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