Qui veut tuer son chien

On ne peut pas dire que la nouvelle équipe de l’ASIP (acronyme pas encore entré dans l’usage au-delà des rangs des seuls initiés) n’ait pas tenu ses engagements. Créée après moult turbulences provoquées par celui-là même qui en deviendra le président potiche, cette Agence des Systèmes d’Information Partagés (ajoutez : de santé pour être complet) a reçu son acte de baptême seulement en juillet 2009.

Pourtant un an avant, on commençait à susurrer le nom de son chef d’orchestre, Jean-Yves Robin, médecin passé dans l’industrie… non pas pharmaceutique, mais de l’informatique, pour être finalement présenté au grand jour le 9 avril par une ministre passée experte dans l’art du suspense.

Si un scepticisme parfois cynique est encore mesurable sur le terrain à l’intensité des étonnements, en particulier dans les établissements de soins et chez les médecins libéraux, il reste que la feuille de route de l’ex-armada de feu le GIP-DMP, dégraissée pour la circonstance de quelques soutiers encombrants, est suivie à la lettre.
Robin avait promis « le cadre d’interopérabilité » en octobre (belle formule pour définir un corpus de normes anti-pagaille entre les systèmes) : il a tenu parole. Il avait annoncé la sortie d’un « identifiant national de santé » (numéro propre à chaque citoyen pour sa santé) : il a encore tenu ses promesses.
L’homme, dit-on, aurait parfaitement adopté la posture du haut responsable public tout en gardant les habitudes opérationnelles d’un chef d’entreprise. On ne fait apparemment pas de mauvais hauts fonctionnaires avec d’anciens patrons de PME.

Est-ce par mimétisme ou tout simplement par le jeu parfois surprenant de la sociologie de la décision publique, que les régions françaises, dans un mouvement de contagion dont la sémiologie relève du mystère, se sont toutes « gécéessisées ». Entendez par là : devenues couveuses de GCS nouvelles mascottes de la Loi HPST.
Car, en effet, les expérimentations régionales soutenues par l’ex-GIP avaient un côté clochemerlesque et pagailleux qui faisaient certes leur charme mais étaient loin de donner au projet la cohérence nécessaire.
Il a fallu que la page 62 du plan de relance de Roselyne Bachelot invite les régions à créer ces fameux ENRS (espaces numériques régionaux de santé), « portés institutionnellement par les ARS » pour qu’on assiste en quelques mois à ce déferlement de groupements qui attendent d’être opportunément cueillis, à partir du mois d’avril, par les Agences Régionales de Santé.
La crainte d’un infléchissement étatique n’est pas absente des propos tenus par les médecins libéraux dans les régions où les GCS sont surtout d’essence hospitalière.
Mais d’un autre côté, qui contestera le bien-fondé de la responsabilité stratégique du nouveau directeur de l’ARS sur les systèmes d’information de santé ? Aux médecins libéraux de se bouger, diront certains, dans les régions où leur réactivité a été grippée. Il ne fait aucun doute que le DMP de toute façon ne se fera pas sans eux.

L’ancien patron de Santeos n’est pourtant pas à l’abri d’attaques, parfois insidieuses parfois d’une brutalité qui confine à l’imbécillité.
L’épisode de l’appel d’offres pour l’hébergement national unique du DMP, clos le 14 décembre dernier a été marqué par la « bourde » d’un des candidats qui aurait omis de confirmer l’envoi (par voie électronique) de sa lettre d’engagement. Et voilà Orange éliminé comme un débutant alors qu’on le disait le mieux placé dans la course.
Mais qui peut affirmer qu’Orange était le mieux placé puisque la sélection n’a pas été faite ? Personne, sauf à semer quelques doutes sur la régularité du choix et l’éventuel favoritisme pour le candidat Santeos.

Plus féroces sont les coups de crocs d’un des molosses de Jean-Luc Préel, député infatigable du Nouveau Centre qui réunit ses ouailles dans l’ombre du Parlement tous les mois pour de longs monologues sur la politique de santé.
Le réquisitoire de Daniel Solaret, qui se présente comme ancien directeur des études à la sécurité sociale, est plus difficile à comprendre. Selon lui, le choix pour Santeos au détriment des deux autres compétiteurs, Cegedim et SQLI, serait nécessairement entaché de suspicion.
Curieusement, la même procédure aboutissant à un autre choix, ne le serait pas.

Qui a intérêt à accuser de la rage le directeur de l’Asip ? Quel est donc le mobile de ces estocades ? Difficile de répondre. Hélas, probablement le même que la production des informations de Facebook et de Twitter, que vont analyser 5 journalistes pendant 5 jours coupés du monde dans une ferme du Périgord : une propension inquiétante à la sottise.

Crédits photos : Jeff Carter

À propos Jean-Pol Durand et Rémy Fromentin

Depuis 2007, chaque mardi, Jean-Pol Durand, ancien rédacteur en chef du Quotidien du Médecin, Impact-Médecin Quotidien, Filières & Réseaux, et Rémy Fromentin, ancien haut responsable de l’assurance maladie, ont partagé leur vision sur l’actualité de la santé en France autour d’une lettre commune.
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