Accueil / Numérique / Big Data / Quand Google nous vaccinera…
La Lettre de Galilée la vaccination en France

Quand Google nous vaccinera…

Bill Gates vend des vaccins avec GSK; Larry Page décode l'ADN et mise sur l'éternité de notre santé… Big Pharma et GAFA, le cocktail détonnant ! Les nouveaux géants du numérique ont réussi à faire de nous des êtres numériques, connectés en permanence. Grâce à nos comportements sur Internet, Google est capable d'annoncer une épidémie de grippe. Autant de données personnelles qui permettent d'améliorer notre santé, d'anticiper nos risques et proposer une meilleure prévention/vaccination.  De Big Pharma à Big Brother, n'y aurait-il qu'un pas ?

 

Google Flu, les limites du modèle prédictif

Confirmé par une étude de la revue Nature, les comportements des internautes renseignent sur la progression de la grippe : et les données réelles colligées confirment les tendances observées par Google. Google peut ainsi proposer un modèle prédictif basé sur l'analyse des BigData nommé Google Flu. Le site nous explique : "chaque semaine, des millions d'internautes du monde entier recherchent des informations ayant trait à la santé. (…) Nous avons en effet remarqué une corrélation étroite entre le nombre d'internautes qui recherchent des termes liés à la grippe et le nombre de personnes présentant les symptômes de cette maladie. (…) La comparaison du nombre de requêtes Google par rapport aux données des systèmes de surveillance conventionnels a démontré que la fréquence de nombreuses requêtes augmentait au moment de la saison des grippes."

Mais, pour Jean-Jacques Fraslin, si le modèle révèle bien une chose, c'est que cette grippe a été plus médiatique que réelle ! Superposant les données des GROG, Groupes Régionaux d’Observation de la Grippe (les cas avérés déclarés), et les tendances de recherche enregistrées par Google, "Le tsunami grippal qui, selon les experts virologues et les autorités sanitaires, devait déferler sur l’hexagone n’était qu’une vaguelette de virulence et de gravité faible. Il n’y a eu que 200 morts répertoriés en France et en majorité sur des personnes présentant déjà des facteurs de risque." La fièvre médiatique, par excès de communication, a gonflé artificiellement les chiffres de Google.

Pourtant, les armes de Google pour lire dans notre avenir et nous prédire notre santé sont immenses...

La Lettre de Galilée la vaccination en FranceGoogle contre la Mort

Dans "la Mort de la Mort" de Laurent Alexandre (le médecin qui a fondé Doctissimo.fr,) la vaccination, "première grande transgression biologique", ouvre l'ère de la "technomédecine" et des immenses possibilités de manipulation de la biologie humaine. Dans ce terrible essai paru en 2011, l'auteur nous emmène vers l'avènement des NBIC (les nanotechnologies, la biologie, l'informatique et les sciences cognitives) face aux lois naturelles, achevant de nous convaincre que l'abolition de la Mort instaurera un nouveau "technopouvoir" régi par la connaissance de la génétique. Pure fiction ?

Le 18 septembre dernier, Google, en la personne de Larry Page, son co-fondateur, annonçait la création d'une société, Calico, afin de lutter contre le vieillissement et la mort. Le Time en a fait sa une : "Can Google solve death?" ("Google peut-il résoudre la mort ?" en français). L'entreprise dispose de la plus vaste banque de données personnelles au monde, les fameuses Big Data, ces méta-données, qui permettent une fois exploitées de dresser un profil de chaque internaute : dis-moi ce que tu cherches sur Internet et je te dirai comment tu mourras… Chaque comportement sur Google, chaque recherche, chaque mouvement décrit un profil d'usager, et donc un profil selon les risques santé. Le marché est immense.

 

Google n'est pas à son coup d'essai… Une de ses filiales, 23andme, est spécialisée dans le séquençage de l'ADN. Et Google le sait : les progrès de la médecine et de la santé reposent aujourd'hui sur la capacité à analyser une quantité immense d'informations.

 

Is Google shilling for Big Pharma?

Suite à une étude de 2012 sur les milieux activistes anti-vaccination, analysant les ressorts de la Toile dans la diffusion de thèses anti-vaccinations, un article de Slate met le feu aux poudres…

Lire notre article : le nouveau visage de l'opposition à la vaccination

Ces réseaux activistes profiteraient de leur force et leur nombre pour se positionner sur les résultats de Google. L'article, dans sa conclusion, incite Google à apposer sur ses résultats une mise en garde pour certains sites, comme le moteur de recherche le fait déjà pour certaines recherches liées au suicide. Accusant Google par cette censure de faire le jeu des vaccinalistes, il n'en fallait pas plus pour crier à la conspiration !

Lire notre article : Numérique & Santé : le Baron perché 

I certainly love the IT thing. But when we want to improve lives, you’ve got to deal with more basic things like child survival, child nutrition.

Bill Gates(1), Financial Time Magazine, 4 novembre 2013

 

Les Big data sont un patrimoine privé, convoité et très lucratif pour les quelques géants du numérique qui se partagent ce magot (on les appelle les GAFA : Google, Amazon, Facebook et Apple). Les travaux du prix Nobel d’économie, Elinor Ostrom, "La Gouvernance des Biens Communs", proposent des arrangements institutionnels pour transformer ces données privées en bien commun. Loin d’organiser une traque à la déviance des individus, l’utilisation institutionnelle des données comportementales des internautes permettrait de cibler les messages de santé publique auprès des populations à risque. Mais le défi des Big Data est loin d'être relevé… Les valeurs ajoutées d'une vaccination ne se mesurant qu'en conjuguant vaccination et prévention, on se rend bien compte que ce gisement de données personnelles, privées, est une richesse énorme pour orienter la recherche sur les nouveaux vaccins mais également cibler les populations à vacciner en fonction de leur risques.

Les nouvelles technologies de l'information et les nanotechnologies développent leur toute puissance sur la base de ces gisements de Big Data. Notre nouvelle condition numérique(2), nous amène à repenser l'idée même que nous nous faisons de la vie.

 

Notes

(1) Le laboratoire GSK et la Fondation Bill & Melinda Gates viennent d'investir 500 millions de dollars dans un vaccin (le RTS-S) contre le paludisme.

(2) Emprunté à l'excellent ouvrage, La Condition numérique, de Jean-François Fogel et Bruno Patino chez Grasset.

À propos de Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée. Voir tous ses articles.
x

Lisez-aussi

La Lettre de Galilée

[Re]vue de Web : l’Ariège, Google, Sanofi et Ashley Madison

Cette semaine, la [re]vue du Web par la lunette de Galilée nous ...

En continuant à utiliser le site, vous acceptez l’utilisation des cookies. Plus d’informations

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer