Accueil / Les sujets de politique de santé en France / Primaires de droite : quelques murmures sur la santé

Primaires de droite : quelques murmures sur la santé

Surprenants, les résultats de la primaire à droite ont porté Fillon, dans tous les départements français (sauf en Aquitaine), loin devant les autres.
On attendait Juppé et, pour ne rien vous cacher, nous allions dans ces lignes nous interroger sur le fait de savoir comment Juppé, devenu présidentiable, allait détricoter le plan qui porte son nom. Car au fond, cette indigestion d’Etat dont il est la cause depuis ses Ordonnances de 96 paralyse aujourd’hui la médecine française et permet depuis 20 ans aussi bien à la gauche qu’à la droite de taper impunément (c’est à dire avec la bénédiction du Parlement) dans le porte-monnaie de la vieille dame.

Lire : Juppé et ses tontons flingueurs.

Ouf ! diront les hussards de la CSMF qui ont battu le pavé en 1995 bras dessus bras dessous avec la CGT, le monsieur « tout-Etat » est encore en lice, mais loin derrière Fillon qui a reçu le soutien – ce qui n’est pas forcément un cadeau – d’un Sarko à la ramasse.

Les regards se portent maintenant sur le programme de Fillon dont on avait par dépit zappé le contenu. A la fin du débat télévisé de jeudi dernier, après qu’un Elkabach décidément devenu gâteux a pu enfin se taire, Fillon a tenté de parler de santé [replay] (1h 58’ 02’’). "Une médecine désétatisée, une autonomie dans les établissements…"  a-t-il murmuré dans le brouhaha général. On eût aimé en savoir plus dans cet élan verbal spontané dont les intentions sont souvent plus authentiques que le langage parfois emberlificoté de ses apparatchiks.

Il faudra donc se tartiner son programme dont le style propret, limite amphigourique, ménage la chèvre et le chou.
Le chapitre 2 (réorganiser le pilotage de notre système de santé), appellera sûrement des éclaircissements. Les agences régionales de santé dont "le pilotage très bureaucratique (…) a montré ses limites", ne disparaissent pas dans le projet de Fillon (et c’est plutôt tant mieux quand on voit la difficulté aujourd’hui à diviser leur nombre par deux) mais seront gouvernées autrement, notamment avec des représentants des patients et des collectivités locales. On ne sait pas comment. Le retour de la démocratie sociale (c’est à dire les syndicats de salariés, pour ceux qui auraient oublié) n’est pas à l’ordre du jour. Juppé détestait les syndicalistes (relisez « je ne mangerai plus de cerises en hiver », c’est édifiant), Fillon n’en parle pas. Les patients sont préférés aux représentants de ceux qui apportent 80% du financement de la protection maladie.

Plus intéressant (et plus clair) est le court paragraphe sur la répartition du panier de soins (chapitre 3). Il faudra dit-il "redéfinir les rôles respectifs de l’assurance publique et de l’assurance privée, en focalisant l’assurance maladie notamment sur les affections graves ou de longue durée : le panier de soins « solidaire » ; et l’assurance complémentaire sur le reste : le panier de soins « individuel ». Le contenu de ces paniers de soins sera dynamique et pourra évoluer chaque année. Les moins favorisés ne pouvant accéder à l’assurance privée bénéficieront d’un régime spécial de couverture accrue."

Il y a de la matière à discuter.
Le plus pertinent du baratin de campagne est le chapitre 5 intitulé "faire du système de santé un des fleurons français". Car à force de faire croire aux médecins et aux hôpitaux qu’ils sont des vilains dépensiers, ceux-ci sont maintenant formatés à l’autocensure, à l’économie soviétique, au point de ne pouvoir imaginer qu’ils constituent un potentiel de croissance économique considérable pour le pays. Nous aurons ici l’occasion d’y revenir.

Le moment est venu de faire remonter ce que les praticiens du terrain ont sur la patate.
Fillon n’a pas encore gagné. Le sondage d’opinion étant devenu une activité approximative toutes les surprises sont possibles.
Hollande en rêve.

À propos de Remy Fromentin

Cofondateur de La Lettre de Galilée en 2007, il a mené une carrière de dirigeant au sein de l'Assurance maladie jusqu'en 2002. Il est depuis cette date consultant international. Voir tous ses articles.
x

Lisez-aussi

La Lettre de Galilée

À propos du petit risque : la reculade de Fillon

Éditorial de la 386 Assailli par les reproches sur son programme santé, ...

En continuant à utiliser le site, vous acceptez l’utilisation des cookies. Plus d’informations

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer