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Valls : une volte-face peut-elle en cacher une autre ?

Manuel Valls, tout jeune ex-premier Ministre du quinquennat de François Hollande, se prendrait-il pour le Richard Virenque de la politique ? Après avoir dopé, à l’insu de son plein gré, sa politique à coup de 49.3, le voici empressé de jeter dans les poubelles de la rue Montpensier, le siège du Conseil Constitutionnel, le fameux article de notre Constitution. Sur sa lancée, pourrait-il réserver les vidoirs de la rue de Ségur à la loi de santé de Marisol Touraine tant décriée ?

Candidat de la primaire à gauche, Manuel Valls avait annoncé le 15 décembre dernier qu’il souhaitait, s’il était élu Président de la République, supprimer l’article 49.3 de notre Constitution. En l’absence de majorité, cet article permet au Premier Ministre de faire adopter, en engageant sa responsabilité devant l’Assemblée nationale, un texte de loi sans vote du Parlement. Alors locataire de Matignon, Manuel Valls a été contrôlé positif à six reprises pour usage et surdosage du 49.3 : loi Macron et Loi El Khomri. En ce domaine Michel Rocard est le champion toutes catégories. Pendant 3 années (1988 - 1991), alors aux manettes du Gouvernement, pressé ou affaibli, il transforma Matignon en véritable salle de shoot au 49.3, en l'utilisant à 28 re-"prises", jusqu'à l'overdose !

Jeudi 5 janvier, invité de "L’Emission politique" de France 2, l’ex-Premier Ministre interrogé par David Pujadas, Léa Salamé et Karim Rissouli, pris la main dans le sac de sa volte-face se défend. "On m'a obligé". En cause les députés socialistes frondeurs.

La Lettre de Galilée

Les réactions à droite comme à gauche n'ont pas manqué. Arnaud Montebourg, adversaire à la primaire à gauche, "il doit assumer". Ségolène Royal, Ministre des gouvernements Valls, pique elle aussi au vif lors du "Grand Rendez-Vous" Europe 1- Les Echos du 8 janvier : "c'est tout simplement incompréhensible". Les Républicains font dans l'humour. Pour Gérald Darmanin sur RTL, il est le "Richard Virenque de la politique". (Richard Virenque est un cycliste Français impliqué, à l'insu de son plein gré, dans l'affaire de dopage Festina du Tour de France 1998. Après avoir longtemps nié s'être dopé, il avait fini par avouer). Hervé Mariton, Député LR de la Drôme avait lui aussi réagit en décembre dernier lors de l'annonce de Manuel Valls : "c’est l’hôpital qui se fout de la charité".

Si Manuel Valls accédait à l’Elysée, il devrait, selon ses détracteurs et opposants, abroger en toute logique les lois qu'il a fait voter grâce au 49.3. Probablement que cela ne se produira pas. Manuel Valls est-il pour autant en totale contradiction avec sa proposition de supprimer le 49.3 ? En 2008, avec d'autres députés socialistes dont Arnaud Montebourg, il était signataire d'un amendement (n°501) visant à réduire les pouvoirs du 49.3 en le limitant aux diverses lois de financements.

Au rythme des volte-face, dont nous gratifient les hommes politiques, Valls candidat à la primaire à gauche pourrait-il revenir sur la loi de modernisation de notre système de santé portée par Marisol Touraine ? Après une approche libérale de sa mandature " j'aime l'entreprise", le candidat Valls contre braque à gauche toute, dans son programme, pour séduire en vue des primaires l'électorat de gauche. Concernant le volet santé de son programme, dans la roue du tiers-payant généralisé qui fait la quasi unanimité contre lui chez les médecins libéraux, il enfonce le clou : suppression du secteur II et des dépassements d'honoraires pour les médecins, avec en contrepartie une convergence tarifaire. Quand on connaît les résultats sur les tarifs de la nouvelle convention médicale signée en août dernier après six mois de négociations, les médecins peuvent-ils espérer mieux avec Valls Président ? Pour les déserts médicaux, Manuel Valls promet un grand plan d'une médecine de proximité en revenant sur la liberté d'installation dans certaines zones pour favoriser l'arrivée de médecins dans les déserts médicaux (Interview du Parisien du 9 janvier), la fin du numerus clausus pour former plus de médecins. Il promet le virage ambulatoire, la fin des tracasseries administratives et le doublement du budget consacré à la prévention.

Si Manuel Valls franchit la ligne d'arrivée de la course des primaires en tête, a-t-il prévu de rétropédaler comme François Fillon en revenant sur certains sujets afin d'aller chercher, sur les bords de la longue route qui mène à l'Elysée, les voix qui lui manqueraient ? Devant le tolé provoqué par l'annonce de la mise en place du panier de soins et de la privatisation du système de santé, François Fillon a dû, à l’insu de son plein gré, faire disparaitre les preuves de son intention en supprimant de son site internet le chapitre consacrée à la santé.

Lire : À propos du petit risque : la reculade de François Fillon

Au vu des reniements des uns et des autres, François Hollande pourrait-il revenir dans la course à la présidentielle, lui aussi à l’insu de son plein gré ?

Nous le voyons, il est bien difficile de se succéder à soi-même ou de mener plusieurs campagnes, d'abord les primaires puis la Présidentielle, sans perdre du crédit...

Crédits photos : Parti socialiste, Frédéric Bisson.

À propos de Inès Caramouche

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