Politique

L’archidémago rapport Archimbaud

Commandé par le Premier Ministre en mars 2013 à la sénatrice Aline Archimbaud, le rapport « l’accès aux soins des plus démunis : 40 propositions pour un choc de solidarité » répond… à côté.

La commande était pourtant claire : il s’agissait « d’établir les raisons pour lesquelles les personnes malades se détournent des prestations auxquelles elles peuvent prétendre ». Visés expressément par la feuille de route : l’accès à la complémentaire santé (ACS), la Couverture maladie universelle complémentaire (CMUC) et l’aide médicale aux personnes en situation irrégulière (AME), trois dispositifs boudés par leurs bénéficiaires.

On s’attendait, au minimum, à quelques explications sur l’inaccessibilité. Que nenni ! Le rapport empile des réponses convenues, des affirmations non fondées, des solutions approximatives qui vont toutes dans le sens du poil d’un électorat qui érige la lutte contre l’inégalité en véritable religion.

Démago à gogo

La première ligne de la préface donne le ton : « des centaines de milliers de nos concitoyens se voient refuser l’accès aux soins… ».
« Se voient refuser » : l’intention accusatoire n’échappe à personne.
Juste après, isolée entre deux interlignes pour bien la mettre en exergue, une phrase hyperbolique qui se jette à vos yeux comme une évidence : « Il y a le mur de l’argent… »
Et comme bien sûr, vous n’avez pas encore tout compris, on vous parle alors de « stigmatisation des chômeurs », de la vilaine administration qui se mobilise contre la « triche sociale », de ces fonctionnaires sûrement psychopathes qui rognent sournoisement, à coups de circulaires, l’édifice de la couverture universelle.
« Cette offense à la cohésion nationale et cette déchirure profonde du lien social… » glose la sénatrice avec des relents de guerre civile, est la seule cause des difficultés d’accès aux soins des plus démunis. La réalité dit-elle, est celle d’un « parcours du combattant », « dans un système qui semble ne pas avoir été conçu pour ces personnes et où la lutte contre la fraude a pris ces dernières années une importance démesurée au regard des enjeux financiers. »

Y-aurait-il, embusqués derrière les guichets désuets de la sécurité sociale, quelques activistes du front national appliqués à faire régner un climat de terreur.
Ainsi lit-on à la page 57 : « Le climat de suspicion généralisée qui en résulte est désastreux : le système semble tourné, et toutes les énergies mobilisées, vers la chasse aux fraudeurs, plutôt que vers la recherche des bénéficiaires des droits et la lutte contre le non recours. Il est par exemple frappant d’entendre la CNAMTS se féliciter des possibilités d’échanges avec les CAF et la direction générale des finances publiques, et envisager une diversification de ces échanges, notamment au moyen des signalements par les URSSAF des ressources dissimulées. »

On y lit un peu plus loin : « Des travailleurs sociaux ont fait part à la mission de l’existence dans certaines caisses primaires « d’entretiens ‘’piégeants’’ et de l’initiative prise par certaines associations d’organiser des séances de coaching … » pour les éviter.

Même si Frédéric Van Roekeghem ne fait pas dans Lire la suite…

La météo des plages : des universités d’été si banales

Le tour des Universités d’été nous renseigne sur les préoccupations du moment. Rien de bien original, ou presque, sur les questions de santé (quand elles figurent au programme !). Quelques bonnes idées cependant… Les universités d’été sont avant tout des événements médiatiques. On soigne la forme, le fond reste secondaire. L’arrivée des stars répond à une mise en scène millimétrée, chrono en main, pas trop tôt, pas trop tard, pour passer au JT de 20 heures. Les hommes ont tombé la veste, chemise blanche ouverte jusqu’au 2ème bouton; les femmes en robe d’été, lunettes de soleil élégamment calées dans les cheveux, le regard circulaire à l’affût des photographes… Les politiques en maillot Le Front de Gauche a choisi Grenoble, il est vrai un peu loin des embruns. Le ténor charismatique (suite…)

[Prospective] Cols blancs, cols bleus et Colbert : quel avenir pour notre santé ?

Le 12 septembre dernier, le Gouvernement a annoncé ses « 34 plans de reconquête pour dessiner la France industrielle de demain« . Gageons que cela ne reste pas seulement une esquisse. Comme le titrait d’emblée Le Monde, « François Hollande réinvente le colbertisme » et l’assume (cf. la vidéo ci-dessous). Parmi ces 34 priorités, rédigées avec l’appui du cabinet de conseil McKinsey, quelques unes concernent la santé : les biotechnologies médicales, l’hôpital numérique ou encore les dispositifs médicaux et les nouveaux équipements de santé. De quoi séduire en tous cas les industries du numérique. Quelque peu surpris par la concision des plans proposés (quelques lignes lapidaires plantent le décor), on nous assure que c’est sciemment : certains plans n’aboutiront pas; tout reste à imaginer. Le tout est de « susciter l’investissement privé« .     « La France (suite…)

Stratégie nationale de santé : des hommes et des envieux

Avec l’éviction de Claude Evin pour piloter la stratégie nationale de santé, l’été aura été riche en rebondissements. Contestée, Marisol Touraine doit faire face aux critiques. Mais Matignon ne peut se permettre de remercier sa Ministre alors que le dossier des retraites accapare toute les attentions de cette rentrée 2013. La stratégie nationale de santé : chronique d’une mort annoncée ? Lorsque Jean-Marc Ayrault annonce le 8 février 2013 le lancement d’une stratégie nationale de santé, les discours sont laudateurs et les commentaires enthousiastes : il faut « changer de paradigme », « gommer les inégalités », quitter l' »hospitalo-centralisme ». Un comité des sages présidé par Alain Cordier est convoqué pour réfléchir sur les réformes possibles. Il faut engager sans tarder une réforme de fond, une réforme structurelle de notre système de santé et cela (suite…)

Et si la vraie démocratie sanitaire était virtuelle ?

Le 27 février dernier, j’ai assisté à un forum organisé par l’Agence Régionale de Santé d’une grande richesse sur l’aménagement urbain et la santé en l’Ile-de-France. Au-delà des échanges nourris et instructifs, ce colloque m’a inspiré quelques digressions sur la démocratie sanitaire. Un grand merci à Giovanna Marsico, fondatrice de la plateforme collaborative Cancer Contribution, pour sa relecture, ses conseils et ses liens bien utiles ! L’émergence de la démocratie sanitaire dans les années 90 participe d’un changement de paradigme qui tend à substituer à la conception d’un soin où le patient reste étymologiquement passif. Le terme patient vient du latin patior qui signifie souffrance. Le mot patient partage donc la même racine latine que les termes passion, patience, passif, etc. Une représentation de la santé où l’usager est, au contraire, (suite…)

Rapport d’activité des ARS 2011 : mi-figue mi-raisin

Une chose est sûre, la bureaucratie d’Etat n’a rien perdu de sa superbe. Véritable usine à papier, la DGOS (et aussi la DGS) a abreuvé les ARS de 321 instructions en un an, ce qui les rend plus méritoires d’avoir su faire le tri entre les réels impératifs régionaux et la « ligne du parti ». On notera aussi que presque un quart des directeurs généraux ont changé depuis leur entrée en piste fanfaronnante d’avril 2010. Ce turn-over serait-il le signe d’une « préfectoralisation » de la fonction qui a pourtant grand besoin de constance et de durée ? Car on ne transforme pas le paysage hospitalier aussi vite qu’on réprime une manifestation d’éleveurs de cochons devant les grilles de la préfecture. On serait tentés de pousser des cris d’orfraie à la vue (suite…)

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