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[Nomination du Ministre de la Santé] Mais qui est vraiment Agnès Buzyn ?

Contrairement aux pronostics qui plaçaient déjà Olivier Veran ou Arnaud Robinet Ministre de la Santé, c'est Agnès Buzyn, 54 ans, qui prendra la suite de Marisol Touraine, avenue Duquesne. Si tout le monde loue son parcours exemplaire, certains pointent déjà ses conflits d'intérêts.

Un expert sans conflit d’intérêts est un expert sans intérêt

Le candidat Macron était accusé de conflits d'intérêts pour s'être entouré du Dr. Jean-Jacques Mourad, jugé trop proche des laboratoires Servier. Lors de son discours de Nevers sur la santé, Emmanuel Macron proposait de mieux rembourser les patients atteints d'hypertension, spécialité du Dr.Mourad et des médicaments Servier. C'était l'un de ses 5 axes de sa "révolution culturelle" en santé. Le Dr. Mourad a été débarqué de l'équipe santé...

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Maintenant élu, le Président Macron persiste et signe : il assume en laissant Édouard Philippe nommer comme Ministre de la Santé celle qui déclarait lors d'un café Nile en 2013 "l’industrie pharmaceutique joue son rôle, et je n’ai jamais crié avec les loups sur cette industrie. Il faut expliquer que vouloir des experts sans aucun lien avec l’industrie pharmaceutique pose la question de la compétence des experts."

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Devant le Sénat, elle s'insurge contre la loi Bertrand qui privilégie plus de transparence. Une transparence qui devient "handicapante" pour les experts : "Quand on voit les débats que nous avons avec nos tutelles (…), l’indépendance des experts est mise en avant et personne ne semble se soucier de la qualité de l’expertise. (…) On commence à avoir des experts institutionnels qui n’ont plus aucun lien avec l’industrie pharmaceutique et dont on peut se demander, à terme, quelle va être leur expertise, puisqu’ils ne sont plus à aucun conseil de direction".

La Ministre fraîchement élue devra rapidement s'expliquer sur ces questions pour lever toute ambiguïté...

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Des nominations au nom de la parité ?

Sa nomination à la tête de la Haute Autorité de Santé (HAS) en mars 2016, à la suite du Pr. Jean-Luc Harousseau, avait déjà fait tiqué à l'époque Catherine Lemorton, députée PS, à la tête de la Commission des Affaires Sociales de l'Assemblée Nationale,  en l'appelant à conserver l'"indépendance" de l'agence. Le Dr. Jean-Yves Nau, sur son blog, posait ouvertement la question : "Pourquoi est-elle nommée à la présidence de la HAS ? Pour quels bilans précédents ? Sur quel programme ? Contre quel(le)s concurrent(te)s ? Parce qu’elle est une femme ? Qu’entend-elle faire d’une HAS qui semble ne pas bien savoir ce qu’elle est elle-même ? Nous ne le saurons pas. Certains diront qu’il y a là comme un manquement à la transparence citoyenne de la démocratie sanitaire."

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La semaine dernière, le Formindep, l'association engagée pour plus de transparence en santé, s'est fendu d'une lettre à celle qui était encore à la tête de la HAS concernant l'élaboration d'une note sur l'hypertension artérielle (encore ??) entachée d'irrégularité et de conflits d'intérêts flagrants. Déjà en 2005, le Formindep avait relevé de graves imparitalités et avait obtenu du Conseil d'État son retrait. Aujourd'hui, la HAS récidive benoîtement et "fait une nouvelle fois peu de cas de ses propres procédures et de son indépendance, malgré les conséquences délétères que des avis biaisés et de moindre qualité scientifique peuvent avoir sur la santé des patients." Nommée Ministre à temps.

Autre épine dans le pied de la Ministre : son mari, Yves Lévy, patron de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) dont le ministère exerce la tutelle...

Pour autant, Agnès Buzyn a su taper du poing contre les lobbyistes (de l'alcool) lorsque certains députés, sous l'impulsion d'un certain... Emmanuel Macron, ont détricoté la loi Évin. Lâchée par Valls et Hollande, Touraine s'était retrouvée bien seule face à Macron qui proposait son amendement au Sénat pour "assouplir" la loi Évin qui encadre depuis 1991 la publicité sur l'alcool. En distinguant publicité et information sur le vin, le ministre de l'Économie souhaitait favoriser l'"œnotourisme". Agnès Buzyn était également, lorsqu'elle était à la tête de l'Institut du Cancer (Inca), favorable à une "hausse drastique" du prix du tabac. Gageons qu'elle se souvienne de ses propos pour qu'elle réussisse là où Marisol Touraine a échoué...

À propos de Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée. Voir tous ses articles.
  • Jean Petit

    Un lien d’intérêt n’est pas synonyme de conflit d’intérêt. Arrêtons de tout mélanger.
    Les plus grands spécialistes cliniciens contribuent à la conception des innovations diagnostiques et thérapeutiques. La transparence est requise sur leurs contributions, notamment a l’industrie, mais les laisser au bord du chemin condamne les citoyens a être soignés sur la base de l’avis des pharmacologues et des spécialistes de santé publique, qui n’ont pas d’activités de soins, pas de participation aux congrès/conférences de spécialités, et qui ont une suspicion systématique a l’égard des propositions issues des recherches de l’industrie.
    Rigueur et transparence oui, mais confiance.
    Le service médical rendu de 2017 na rien a voir avec celui d’il y a 30 ans. Il coûte plus, oui, mais heureusement, il a cru.
    Oui a la lecture critique, Non aux ayatollahs de la pensée unique.
    jean.petit.rouen @gmail.com.

    • Bruno Fraitag

      Merci. Vous avez dit (en mieux) exactement ce que je voulais dire également. Parfait !

  • Bruno Fraitag

    Pourquoi diable est-ce avoir une « épine dans le pied » que d’avoir un mari à l’Inserm ? Cet a priori peut disqualifier l’ensemble de l’article.

    • Vincent Fromentin

      Bonjour,

      Tout simplement que l’INSERM est sous tutelle du Ministère de la Santé… Et que M. Yves Lévy en est le PDG.

      Nous ne sommes pas les seuls à nous interroger…

      Cdt

      • Bruno Fraitag

        Je n’arrive toujours pas à voir le problème : ce couple est formé de deux scientifiques de haut niveau, bravo, parfait. De même pour sa vison des experts dans le domaine de la santé : un expert qui n’est jamais appelé par l’industrie n’est peut-être pas si expert que ça. Il est normal que les vrais experts (qui ne sont pas si nombreux que cela) soient demandés à la fois par l’industrie et par les autorités (pour autant que ce ne soit pas sur le même sujet ou produit). Il ne faut pas voir des conflits d’intérêt partout.

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