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Les fourberies de la COP21

Le climat est un peu éloigné de nos préoccupations habituelles d'économie de la santé ; pourtant, il participe pleinement des déterminants de notre santé et de notre bien-être. Au lendemain des attentats qui ont ensanglantés la capitale, près de 150 chefs d’État se réunissent à Paris du 30 novembre au 11 décembre 2015 pour la fameuse COP21, la 21ème Conférence des parties, cette grand-messe annuelle pour le climat et l'avenir de la planète. Du jamais vu. Mais ce raout a un coût : le Parlement a voté un budget prévisionnel de 182 millions d’euros. Pour l’instant…

Les effets du réchauffement climatique sur la santé

Pauline Fréour, dans le Figaro, les "répercussions sanitaires d'une élévation de la température du globe" se font déjà sentir. Citant un bulletin de l'InVS du 24 novembre 2015, les épisodes de canicule vont se faire plus nombreux  : "les canicules de 2003 puis de 2006 et 2015 ont causé respectivement 15 000, 2 000 et 3 300 décès en excès en quelques jours en France" (p.719). Ainsi, "comment et quand faire évoluer les seuils d’alerte (construits sur la période 1973‑2010) pour qu’ils demeurent pertinents, alors que depuis 2000 les étés sont globalement plus chauds que la normale ? Comment faire pour que la prévention du risque chaleur soit progressivement intégrée par la population de manière à ce qu’elle adopte des comportements adaptés, y compris en l’absence d’alerte ?" (p.720).

La Lettre de Galilée

Le réchauffement climatique occasionnera également une extension des zones d'infection de maladies transmises par les insectes "comme le paludisme, la dengue et la maladie de Lyme, [qui] pourraient toucher un territoire plus étendu". La pollution atmosphérique est également le 5ème facteur de risque de maladie ou de décès dans le monde derrière le tabagisme. "Une étude conduite dans 9 grandes villes de l'Hexagone a évalué que la mortalité augmentait de 1 à 3 % dans les deux jours suivant un pic de pollution atmosphérique. Mais c'est encore la pollution "de fond" (habituelle) qui fait les pires dommages: on estime que 7 % des décès et hospitalisations pour des symptômes cardio-respiratoires sont attribuables aux pics, contre 93 % à la pollution de fond (pour les particules fines PM10). Si les malades chroniques - asthmatiques, insuffisants respiratoires, BPCO - voient leur état s'aggraver par la pollution de l'air, une exposition régulière tôt dans l'enfance augmente tout simplement le risque d'entrer dans la maladie, principalement l'asthme, conclut une étude néerlandaise publiée récemment dans The Lancet." De plus, "la hausse des températures augmente la pollinisation des plantes, tandis que les polluants atmosphériques intensifient les symptômes. Les composants volatils se fixent aux grains de pollen, les entraînant plus loin dans l'appareil respiratoire, ce qui a pour effet de démultiplier la réaction de l'organisme."

Paris sans voiture, c’est possible

Lundi, Paris était bien calme : pour l’occasion, les autoroutes A1 et A6 étaient coupées, une partie du périph, les poids lourds étaient interdits entre 5h et 22h, le préfet de police de Paris avait "recommandé fortement" les franciliens à "ne pas utiliser les véhicules" et "éviter les transports en commun"… Restait la marche à pied ou le vélo. Heureusement, la RATP a proposé la gratuité de ses transports dimanche et lundi : pour un coût de 10 millions d'euros, bien entendu remboursés par l'État, le Conseil régional et la Mairie de Paris. Les organisations patronales, quant à elle, étaient invitées à faire preuve de « souplesse » avec les salariés en leur proposant télétravail ou RTT. Une perte sèche également pour le chiffre d’affaire des artisans et commerçants, bloqués dans leur réapprovisionnement.

Comme le note avec malice Nathalie Segaunes dans L’Opinion, "quand il s’agit d’assurer la sécurité des grands de ce monde, l’Etat est capable d’organiser une authentique "journée sans voiture" dans Paris (…) la preuve est aussi faire que la contre-performance de la journée sans voiture du dimanche 27 septembre (nombreuses dérogations à l’interdiction de circuler, modestes périmètres interdits aux voitures, et peu de fonctionnaires de police pour les faire respecter) devait beaucoup à la mauvaise volonté de l’appareil d’Etat." Pour la Cop21, ce qui compte, c’est être sur la photo, le climat vient après… D’ailleurs on se réjouit plus de la prouesse de réunir 150 chefs d’État en plein état d’urgence que d’un hypothétique accord pour améliorer le sort de l’écologie.

Copie carbone

Le site Wired a calculé que pour déplacer tout ce beau monde, 300 000 tonnes de CO2 ont été émises. Une voiture parcourant une moyenne de 14 000 kilomètres par an produit un peu moins de 2 tonnes de CO2. Mais l’ardoise sera acquittée : Pierre-Henri Guignard le secrétaire général de la COP21 assure que les émissions de gaz à effet de serre (GES) seraient compensées par l’achat de crédits carbone. Ouf. Le climat est sauvé !

Pour l’occasion, si le sommet a nécessité de vastes aménagements au Bourget (dont la construction d’une ville éphémère avec 80 000 m2 de bâtiments où auraient pu être logés beaucoup de migrants expulsés des camps provisoires), le risque d’attentats a imposé de renforcer la logistique sécuritaire qui fera enfler une note déjà salée. Heureusement, les mécènes privés sont là. Comme le note Vittorio de Filippis dans Libé "les autorités françaises s’étaient un temps engagées à ce que les sponsors soient climato-compatibles. Mais les mastodontes de la COP 21 s’appellent en fait Renault, ERDF, EDF, Nissan, Engie, Air France, Suez Environnement…"

Comme le note cyniquement Laurent Fabius, le ministre des Affaires étrangères, pour relativiser cette ardoise qui fait grincer les dents, le coût par jour et par personne sera quasi dix fois plus faible que celui d’un G8 ou d’un G20. De quoi être rassurés, notre avenir est dans de bonnes mains !

Comme quoi, la fin justifie les moyens. Encore faut-il que ce jeu de dupes ne soit pas une hypocrisie et une imposture pour continuer de polluer en toute bonne conscience…

Crédits photos : European External Action Service

À propos de Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée.

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