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Hors série n°1 : La vaccination et ses résistances

« La vaccination, cela ne se discute pas »
Marisol Touraine, Ministre des Affaires sociales et de la santé, 29 mai 2015.

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Le 8 février dernier, une décision du Conseil d'État faisait la une des journaux en remettant sous les feux de l’actualité le sujet de la vaccination en France. Sollicité par des parents, le Conseil abondait dans leur sens en demandant à l’État de fournir des doses de vaccins DTP, introuvables en France.

La controverse lancée par le Pr Joyeux

C’est en juin 2015 que la controverse lancée par le Pr Joyeux met le feu aux poudres.
La loi française oblige à vacciner les enfants de moins de 18 mois contre la diphtérie, le tétanos (selon l'article L3111-2 du Code de la Santé Publique) et la poliomyélite (article L3111-3).
Or, depuis 2008, aucun vaccin ne correspondant à ces seules obligations n’est commercialisé en France. Seuls des vaccins contenant également d’autres vaccinations (comme la coqueluche, l’haemophilus ou l’hépatite B), non obligatoires, sont disponibles.

Non seulement ces vaccins ne sont pas obligatoires, mais en plus ils contiennent de l’aluminium pointé du doigt pour leur toxicité supposée. C’est ce que décrie le Pr. Joyeux.

Face à la polémique qui commençait à enfler, la Ministre s'était engagée, en janvier 2016, à forcer les industriels à fournir ces fameux vaccins DTP. Mais, la Direction Générale de la Santé, par la voix de son directeur, le Pr. Benoît Vallet, avait clos tout espoir. Plusieurs personnes avaient donc sollicité le Conseil d'État pour casser cette décision.

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Le Conseil d'État exige de fournir les vaccins DTP dans un délai de 6 mois

Et le Conseil d’État a ainsi estimé en février 2017 "que la loi, qui n’impose que trois obligations de vaccination, implique nécessairement qu’il soit possible de s’y conformer en usant de vaccins qui ne contiennent que ces trois vaccinations" et demande au ministre "dans un délai de six mois, et sauf à ce que la loi évolue en élargissant le champ des vaccinations obligatoires, de prendre des mesures ou de saisir les autorités compétentes pour permettre de rendre disponibles des vaccins correspondant aux seules obligations de vaccination."

Aujourd’hui, les six mois se sont écoulés et les trois vaccins seuls ne sont toujours pas disponibles. L’action est toujours en cours.

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Une concertation citoyenne sur la vaccination

Entre temps, Marisol Touraine avait tout de même annoncé en début d’année l’ouverture d'un grand débat public, sous la houlette du Pr. Alain Fischer. Une "grande concertation citoyenne" qui a abouti à un insipide rapport en novembre dernier qui préconise d’étendre l’obligation vaccinale (page 27-33).
Une extension de l’obligation vaccinale infantile que réclament également les syndicats de médecins comme la CSMF qui, face au flou général, appelle à une "décision forte et claire" concernant l’obligation vaccinale : "l’extension des obligations vaccinales, comme le préconise le rapport Fischer, remplirait un double objectif : mettre en adéquation la loi avec les besoins de santé et répondre aux contraintes actuelles."

Les autorités sanitaires s’abritent derrière cette consultation citoyenne pour légitimer une décision de santé publique garantissant la meilleure couverture vaccinale et respectant les attendus du Conseil d’État.

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Les adjuvants dans le viseur

Alors que la Ministre de la Santé martelait devant l’Hémicycle que l'aluminium contenu dans les vaccins est sans risque pour la santé, Le Parisien a jeté de l’huile sur le feu en montant en épingle un avis de l’ANSM sur les recherches du Pr. Gherardi.

Le professeur Romain Gherardi est connu pour ses travaux et ses prises de position sur la dangerosité supposée des sels d'aluminium contenus dans certains vaccins. Avec son équipe de l'INSERM, il travaille sur ce sujet depuis les années 2000. Même s’il n’existe aucune autre publication internationale qui tendrait à valider ces mêmes résultats, l’Agence du Médicament (ANSM) a financé une de ses études sur laquelle elle a rendu un avis en mars dernier.

Mais contrairement à ce que titre le journal, l'ANSM n'a pas cherché à cacher cette "étude". L'avis rendu par le conseil scientifique n'avait pas vocation à être publié. Il conclut que "l'apport de l'étude aux connaissances sur la sécurité des vaccins semble significatif, sans être encore déterminant."

Pour éviter un effet de panique de cette affaire, l'ANSM a été contrainte de publier un communiqué dans lequel elle tenait à "rassurer les patients".

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L’irrationnel et les réseaux sociaux

"Nous sommes dans l’irrationnel le plus total" assénait Agnès Buzyn en juillet 2017 lors d'une séance extraordinaire à l'Assemblée Nationale, à la question de Frédérique Tuffnell. La député LREM de la deuxième circonscription de Charente-Maritime lui demandait ainsi si l'on pouvait "envisager une autre solution que la menace pénale pour inciter nos concitoyens à faire vacciner leurs enfants" ?

La réponse de la Ministre de la Santé a été lapidaire : "Nous avons sur les adjuvants un recul d’utilisation de quatre-vingt-dix ans et plusieurs centaines de millions de doses ont été utilisées depuis que les vaccins existent. [Les adjuvants] ne sont pas nocifs pour la santé, ainsi que tous les rapports le montrent. Nous sommes dans l’irrationnel le plus total. Nous travaillons aujourd’hui à lutter contre les réseaux sociaux et contre la désinformation."

Au final, la Ministre de la Santé a tranché de manière très macronienne : il n’y aura pas de clause d’exemption pour les parents récalcitrants mais il n’y aura pas non plus de sanction pénale. Les enfants non-vaccinés ne pourront intégrer de structures collectives (crèche, école, etc.).

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Apollon et Dionysos

Face au déferlement d’informations des média, et l’effervescence des réseaux sociaux, les paroles se cristallisent et se crispent autour de positions de plus en plus radicales. Deux mondes s'opposent : d'un côté, la vertu ministérielle, nécessaire, rationnelle et sans appel; de l'autre, l'hybris, la démesure, des réseaux sociaux, complotistes et insaisissables. Apollon et Dionysos.

Les analyses fouillées et documentées sont inaudibles. Ne peut-on s’interroger légitimement sur certains aspects de la vaccination sans remettre en cause son principe même ?

Est-ce une spécificité française ? La vaccination et son refus sont-ils des sujets exclusivement français ? Quelle est la situation dans les autres pays ?

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À propos de Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée.

Voir tous ses articles.

  • C.Gaches

    Bonsoir, Dommage que vous n’ayez pas fait de recherches plus approfondies. En effet, il y avait un DTPolio sans adjuvants jusqu’en 2008. Date à laquelle il a été retiré du marché par les industriels qui voulaient mettre sur le marché le vaccin hexavalent.
    Concernant la fameuse concertation citoyenne, elle a été tronquée, manipulée, et ses conclusions sont erronées. On n’a pas tenu compte du tout des contributions des citoyens. Concernant le fait que madame Buzyn disent que les parents ne risquent plus rien car ils ne sont plus sous la loi de protection des enfants, non ils dépendent du code pénal article 227-17. Lisez le vous serez surpris. Pour finir, est-il normal de dire qu’un enfant n’aura pas le droit d’être socialisé s’il n’a pas la totalité de ces 11 vaccins? Il y a déja des lois qui existent, la loi Kouchner du mois de septembre 2002 est entièrement bafouée. On pourrait en parler pendant des heures.

    • Vincent Fromentin

      Bonsoir,

      Lisez notre hors-série en détail. J’aborde tous ces points…

      Bonne lecture !

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