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Grève dans les EHPAD : est ce vraiment à l’État de financer les maisons de retraite ?

Les personnels des établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) se sont largement mobilisés mardi dernier pour dénoncer la dégradation de leurs conditions de travail. À la suite de la mobilisation sur les réseaux sociaux avec le hashtag #BalanceTonHosto, certains avaient même lancé #BalanceTonEHPAD.  

Lire : #Balancetonhosto, le hashtag qui dénonce les incohérences de l'hôpital

Sortez votre chéquier Madame la Ministre !

Le jour même, le médiatique député de France Insoumise, François Ruffin, a fait le buzz lors des questions au Gouvernement en interpelant la Ministre de la Santé sur les conditions dans les EHPAD en sortant son chéquier. "Nous vous le demandons : délaissez maintenant les belles paroles. Faites simplement un geste : sortez le carnet de chèques aux patients de ce pays".

Pourtant, la semaine dernière, en visite au centre gérontologique de Chevreuse dans les Yvelines, la Ministre a annoncé une rallonge au PLFSS de 50M€ à destination des maisons de retraite.  Elle s'est justifiée en indiquant que "le budget des EHPAD est celui qui va le plus augmenter dans le budget de la sécurité sociale cette année". Un médiateur, Pierre Ricordeau, inspecteur général des affaires sociales. a même été nommé pour suivre les effets de la réforme tarifaire.

Un marché pourtant bien juteux.

Aujourd’hui, 1,5 millions de personnes ont plus de 85 ans en France et 600 000 vivent en Ehpad ; d’ici 2050, 5 millions de Français auront plus de 85 ans. 7 200 EHPAD assurent l’accueil des personnes âgées et emploient environ 400 000 salariés.

L’État a doublé ses financements à ces établissements en 10 ans : entre 2006 et 2017 ils sont passés de 5 à 10 Md€. Les établissements et services médicosociaux (ESMS) ont bénéficié, depuis 2006, de 1,97 Md€ d’aides à l’investissement de la CNSA, ce qui a permis de financer 12Md€ de travaux.

En France, les deux acteurs majeurs du secteur, côtés en Bourse, sont Korian, avec 2,9Md€ de chiffre d'affaire en 2016 et une croissance de 5%, selon son communiqué, et Orpéa avec 2,8Md€ en 2016 et un objectif déjà sécurisé de 3,1Md€ en 2017, selon le communiqué du groupe. Des groupes en forte croissance. "Nous allons nous focaliser sur la croissance interne en Europe, grâce un réseau de première qualité qui nous offre un excellent potentiel de croissance" expliquait Sophie Boissard, la directrice générale du groupe lors de la présentation des résultats annuels. Des propos qui tranchent avec les conditions que déplorent les soignants.

Les fonds d'investissements à la manœuvre

Edepuis les années 1990, la privatisation des EHPAD en France a suscité la convoitise de nombreux investisseurs financiers étrangers qui se livrent une lutte sans merci. Korian et Orpéa en ont d'ailleurs fait les frais, nous rappelle Anatole Lizee sur son blog, en subissant les offensives financières de deux fonds de pensions canadiens, Canada Pension Plan Investment Board et PSP Investments.

Ces fonds de pensions canadiens pèsent plus de mille milliards de dollars et sont parmi les fonds d'investissements les plus actifs en Europe. Ainsi en 2013, CPPIB est rentré au capital d’Orpéa à hauteur de 15%, au cours d’une opération représentant un peu plus de 320M€. En 2015, c'est Korian qui avait fait l’objet d’une offensive de PSP Investments en acquérant 14% du capital du groupe.

La SilverEconomy est un marché extrêmement lucratif. Si la majorité des EHPAD (43 %) relèvent du secteur public ou du secteur privé à but non lucratif (31 %), le secteur privé commercial représente 26% des EHPAD. Mais, entre 1990 et 2014, 39,1 % des places d’hébergement sont créées dans des EHPAD privés à caractère commercial, selon un rapport de France Alzheimer. Un chiffre qui témoigne de la part de plus en plus importante que prend actuellement ce profil de gestionnaire dans le paysage global des EHPAD.

Crédits photos : Service Communication Ploudalmézeau

 

 

À propos de Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée. Voir tous ses articles.
  • Agnès Gouinguenet

    Bonjour. Bien sûr qu’il faut que ce soit l’Etat qui prenne en charge les Ehpad, car seul l’Etat pourra effectuer des contrôles de qualité valables puisque c’est lui (donc nous) qui financera. En deux ans 1/2, un de mes amis médecin a sauvé 3 fois son papa d’une mort certaine en Ehpad par manque de soins appropriés : en septembre 2015, début de phlébite du membre inférieur, triplé de volume, avec D-Dimères à plus de 2000 (heureusement prescrit pas mon ami en urgence; s’il n’était pas passé, son père mourait d’une embolie pulmonaire); il y a 1 ans, dans un autre Ehpad de la région (3400 euros par mois pour l’hébergement), il a encore sauvé son père qui recevait des traitements délirants (diurétiques pour une insuffisance cardiaque inexistante et absence de corticoïdes pour un asthme non diagnostiqué et catalogué BPCO sans preuve); tout récemment, dans le premier Ehpad (qui avait changé de directeur et mon ami a fait confiance, plouc qu’il est !), son père n’a pas reçu les aérosols quotidiens pour son asthme + mon ami a reçu un coup de fil lui disant que les visites étaient interdites pendant 3 jours pour une histoire d’épidémie de gastro-entérite avec son père atteint, mais qui n’a pas eu droit à une coproculture + recherche de Rotavirus (si tous les résidents qui ont été touchés le furent au même moment, ce n’est pas une épidémie mais une intoxication alimentaire) + mon ami a forcé le barrage et a trouvé son père fébrile (l’infirmière affirmait qu’il avait 36°8 alors qu’il avait 38°3), polypnéique, sifflant en expirant, affolé, bref en train de décomprenser son asthme mal traité et surinfecté + avec son Augmentin enfin prescrit à peine dissous dans l’eau de son verre (c’est comme s’il ne prenait rien) + sur son plateau-repas du samedi soir un médicament qui ne lui était pas destiné, histoire de l’achever ! Ce qui ennuie mon ami, c’est que sa seule soeur a besoin d’argent, a reçu des donations par leur commun père, et attend depuis 4 ans de pouvoir en bénéficier … En effet, mon ami a recueilli son papa depuis 4 ans et n’a pas revu sa soeur depuis lors. De quoi se poser des questions sur d’éventuels dessous de table pour accélérer la fin de l’ancêtre à héritage. Triste nature humaine. Mais le papa de mon ami n’a mal nulle part, marche encore cahin-caha, adore manger de bonnes choses et profite de belles balades au bord de la mer quand il fait beau. Pas du tout agonisant atroce ! Merci pour votre lecture attentive, mais je suis effarée par ce que me raconte mon ami, dans le sens de l’effroi.

  • Alain

    Je trouve scandaleux de devoir payer 4000 à 50000 euros ( minimum ) pour placer une personne âgée en EHPAD. A cela il faut ajouter les « suppléments ( télévision, lavage du linge, couches etc. …) D’autant plus que le personnel est insuffisant, les douches sont données une fois par semaine (et encore …) et la nourriture est médiocre. Pourquoi des tarifs aussi élevés ? surtout que les résidents ont souvent des revenus minimes (voir la moyenne des retraites en France. Tous les français ne sont pas anciens ministres, anciens députés ou anciens sénateurs avec des retraites très très confortables. Ces gens là restent d’ailleurs chez eux car ils peuvent payer du personnel 24 h sur 24)

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