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Economie : PIB, PNB… et si nous mesurions le bonheur ?

PIB, PNB, RNB, IDH, … que d’acronymes accrochés aux pages des volumineux rapports des pays et des organisations internationales (OCDE, ONU,…) pour mesurer la richesse et le développement humain d’un pays. Et si un seul acronyme suffisait à mesurer le bien-être d’un peuple ?

Il était une fois un Roi qui décida pour son pays de remplacer PIB et PNB, indices vénérés du capitalisme, par un indice mesurant le bien-être de son peuple.

Lire : Rapport sur les nouveaux indicateurs de richesse, rupture ou trompe-l'œil ?

En 1972, Jigme Singye Wangchuck devint, après la mort de son père, le quatrième roi du Bhoutan, pays peuplé de 750 000 habitants, situé à l’extrémité Est de la chaîne Himalayenne et niché entre la Chine au nord (Tibet) et l’Inde au sud. Au Royaume du Bhoutan le bouddhisme tibétain est religion d’Etat.

Sans se regimber, au regard de son jeune âge, 17 ans, ce Prince, bien formé par son Père, prit les rênes de ce petit pays avec une idée en tête : permettre à son pays de se développer socio-économiquement tout en conservant les traditions ancestrales et le patrimoine culturel.

Pour ce jeune monarque, le peuple doit pouvoir bénéficier des bienfaits du monde moderne sans sacrifier son identité et son âme. Son but est de bâtir une économie qui serve la culture du Bhoutan tout en reposant sur les valeurs spirituelles du bouddhisme. Ainsi venait de naître le concept de "Bonheur National Brut" ou BNB.

Ce défi devrait être lancé à bon nombre de pays en proie à la spirale infernale du consumérisme et qui semblent ne plus pouvoir arrêter leur fuite en avant vers le "toujours plus" avec le corollaire que l’on connaît aujourd’hui inégalités sociales, chômage, crise environnementale, …

Entre autres objectifs, le BNB sert à guider l'élaboration de plans économiques et de développement pour le pays. Il englobe de manière assez large le produit intérieur brut (PIB) ou l'indice de développement humain (IDH) qui semblent insuffisants pour mesurer le bonheur des habitants d'un pays.

Le BNB repose sur quatre principes fondamentaux auxquels le gouvernement du Bhoutan attache une part égale :

  • croissance et développement économiques,
  • conservation et promotion de la culture Bhoutanaise,
  • sauvegarde de l'environnement et utilisation durable des ressources,
  • bonne gouvernance responsable.

Chaque projet de loi est examiné par la Commission du Bonheur National Brut. Un projet peut être ralenti ou arrêté s’il bouleverse les croyances ou l’environnement.

L'esprit du Bhoutan envahirait-il le gouvernement Français ? Que nenni, c'est sous les coups de boutoir des associations de personnes handicapées et ceux des députés de gauche comme de droite, le Gouvernement a annoncé le 3 novembre au soir par la voix de Ségolène Neuville, Secrétaire d’Etat aux personnes handicapées, le retrait de la réforme du calcul de l’allocation aux adultes handicapés (AAH). Le projet prévoyait de prendre en compte, pour établir le calcul du montant de l’AAH, les intérêts non imposables des comptes d’épargne. Ce dispositif aurait entraîné une réduction du montant de l’AAH pour les allocataires ayant de l’argent de côté et aurait fait perdre à certains des droits ouverts.
Question environnement, un vent venu du Bhoutan soufflera-t-il sur la COP21, la Conférence des Nations Unies sur le changement climatique qui se déroulera Paris du 30 novembre au 11 décembre ? Les scientifiques du GIEC, groupe d’experts intergouvernemental, alertent depuis des années sur l’évolution du climat. La planète serait confrontée à des conséquences écologiques et économiques dramatiques si la hausse du thermomètre était supérieure à 2°C par rapport à l’ère préindustrielle.

Des chercheurs américains ont réalisé à l'intention de l'ONU une étude qui établit un classement de 156 pays en fonction de leur BNB. En haut du classement 2013, on trouve le Danemark, suivi de la Norvège et la Suisse. La France arrive au 25e rang. Le Bhoutan, pays inventeur du BNB, n’apparaît pas dans la liste !

Mais me direz-vous, le bonheur n'est pas quantifiable. Sa mesure ne peut s’appuyer que sur une évaluation qualitative constituée de données issues d’interview, forcément subjectives, et d’indicateurs indirects. De la façon dont les informations sont collectées et analysées dépend la qualité des résultats.

Le Bhoutan s’est ouvert aux étrangers en 1974. On parle d’une politique d’augmentation régulée du tourisme (1990 : environ 2 000 touristes ; en 2008, environ 22 000 ; en 2013, 90 000). En effet, chaque visiteur doit dépenser 250 $ par jour au minimum. En sélectionnant ses visiteurs par l’argent, le Bhoutan se protège des aspects néfastes du tourisme international de masse.

La qualité mais pas la quantité !

40 % du montant dépensé est utilisé par le gouvernement pour améliorer l’infrastructure du pays, pour fournir une éducation gratuite et un accès aux soins à tous ces concitoyens.

Le système de santé est totalement gratuit pour tout le monde quel que soit le traitement. Tous les villages sont dotés d'une école et d'une antenne locale de santé.

Nos maisons, pôles et centres de santé ainsi que nos futurs GHT, sont-ils une copie augmentée des antennes locales de santé Bhoutanaises ?

En terme de santé publique, le Bhoutan a été le premier pays au monde à interdire de fumer en public et à prohiber la vente de tabac. Les consommateurs de tabac, 1% de la population, peuvent toujours fumer ou chiquer du tabac à leur domicile, ils devront importer du tabac de l'étranger et s'acquitter d'une taxe de 100% sur le prix d'achat.

Le débat français sur le paquet neutre paraît bien désuet !

Lire : Des marques de tabac "neutres" ?

Mais, au Bhoutan ce n’est pas toujours la vie en rose.

En juillet 2013, le Premier ministre nouvellement nommé a remis en cause le discours sur le Bonheur National Brut en indiquant que le pays était actuellement confronté à plusieurs grands défis : l'endettement, la monnaie, la perception d'une corruption croissante et le chômage, dont celui des jeunes.

Avec un taux de chômage de 3.2 %, le Bhoutan doit faire plus d’un envieux dans nos démocraties occidentales.

A côté du chiffre officiel, le Bhoutan compterait 2 160 000 habitants. Des ethnies, notamment népalaises hindouistes, n’y sont plus recensées du fait de la conservation de la culture Bhotia. La monarchie Bhoutanaise, sous l’alibi de vouloir le bonheur de son peuple, a légitimé sur son territoire la répression, la persécution de vingt-quatre autres ethnies de culture, de langue et de religion différentes.

Si l’on n'y prend garde, le revers du BNB, modèle bhotia, est une vie semi-autarcique qui peut parfois flirter avec le nationalisme et le protectionnisme. Peut-être, devons-nous avoir un peu plus de clairvoyance pour parler du Bhoutan et pour évoquer l’indice du bonheur.

D’ailleurs, quelle idée nous faisons-nous du bonheur ? Quelle représentation avons-nous d’un pays heureux ?

En ce 8 novembre 2015, au Myanmar le bonheur se mesure dans les urnes et il s’appelle Aung San Suu Kyi…

Paix, démocratie, qualité de la vie et culture

"Tashidele ! Meilleurs souhaits"

En savoir plus

  • Bouthan, Forteresse Bouddhique de L’Himalaya" par Françoise Pommaret – Editions OLIZANE – Collection Guides « Découverte » 2014. Françoise Pommaret est une ethnologue et tibétologue française, chercheur au CNRS. Elle a beaucoup voyagé en Asie au Tibet et au Bhoutan, où elle réside régulièrement depuis 1980.
  • http://www.statistiques-mondiales.com/bhoutan.htm
  • http://data.lesechos.fr/pays-indicateur/bhoutan/taux-de-chomage.html
  • http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/09/27/le-bhoutan-le-royaume-du-bonheur_1578051_3232.html
  • http://www.globeco.fr/ GLOBECO – comprendre la mondialisation – mesurer le bonheur
Crédits photos : Jeanne Menj.

À propos de Inès Caramouche

Tombée dans la marmite de « l’information » dès son plus jeune âge, Inès Caramouche est passionnée par l’actualité du monde, de la santé (connectée !) et par l’humain.
Elle aime lancer des petites alertes pour conjuguer harmonieusement e-technologie, grandes et petites questions de société et valeurs humaines.
Inès ne cherche pas à faire mouche mais « titille » de la pointe de sa plume les consciences des uns et les décisions des autres.

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