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Déserts médicaux : Et si la solution était dans les virages « déambulatoires » ?

Nous connaissions déjà le virage ambulatoire comme une alternative à l’hospitalisation. Récemment, Agnès Buzyn évoquait lors de l’annonce de sa stratégie nationale de santé la nécessité d’un « vrai virage de la prévention dans notre pays » pour en finir avec « le tout soins ». A présent, une startup propose la maison de santé ou l’hôpital roulant pour mettre un terme aux déserts médicaux ! S’agit-il d’une vraie innovation organisationnelle ou d’une médecine foraine 3.0 bardée de technologie ?

Les nouvelles caravanes des déserts médicaux

Mardi 14 janvier 2017, à l’heure du petit déjeuner, Laura Tenoudji, chroniqueuse à Télématin, présente un reportage « Actions solidaires : la fin des déserts médicaux ?». Depuis le temps que la France cherche une solution au problème de la démographie médicale et aux difficultés pour les patients de recourir à certaines spécialités, ce sujet m’interpella. J’interrompis mon petit déjeuner pour mieux écouter.

Une startup propose de lutter contre les déserts médicaux en transportant maisons de santé ou hôpitaux devant le domicile du patient. Comment ça marche (ou roule) ? Un camion, équipé sur-mesure (cabinet médical, dentaire, poste de dialyse, …) sillonne les petites routes sinueuses de France ou plus longues du Maroc. A son bord médecins, chirurgiens-dentistes, infirmières.

Sur le site de la startup on peut lire "Au Maroc, 1/3 des insuffisants rénaux n’ont pas accès à leur traitement et sont condamnés. Pour ceux qui sont pris en charge, rejoindre leur centre de dialyse est un vrai parcours du combattant. Les longues distances à parcourir dans des conditions souvent difficiles rendent le traitement encore plus pénible. Notre projet pilote permettra de prendre en charge 30 insuffisants rénaux actuellement en liste d'attente, grâce à un medtruck de 5 lits." Comment ne pas être convaincue ?

Le reportage nous dit qu’une expérimentation Dentaltruck est en cours en France. L’Ordre des médecins, le Ministère de la santé, l’Agence régionale de santé, ont donné leur accord. Toutefois, le modèle économique reste encore à trouver.

La "déambulation" du camion (selon Larousse, un déambulatoire est une galerie permettant de circuler pendant les pèlerinages autour du chœur d’une église au Moyen-Âge), et des professionnels de santé qui y sont installés, est optimisée au moyen d’une cartographie, d’un logiciel de géolocalisation et d’un algorithme qui calcule le meilleur trajet en fonction des rendez-vous prévus sur le territoire. La startup est prête à déployer des camions partout où le désert avance.

Voilà bien une double amélioration du parcours de soins ; du 2 en 1 ! Les Ministres de la santé qui se sont succédés ces dernières années en ont rêvé, une startup l’a fait !

Les fans de la coercition

Pendant que le camion et son super GPS "déambulaient", les sénateurs examinaient le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2018. Loan Tranthimy, du Quotidien du médecin, évoque l'offensive sénatoriale pour le conventionnement sélectif afin de limiter la désaffection des médecins pour certains territoires.

Une centaine de sénateurs, centristes, communistes et LR, ont proposé six amendements au PLFSS 2018. Au programme : obliger les jeunes médecins à s'installer dans les zones sous-dotées "pour une durée au moins égale à deux ans", imposer le conventionnement sélectif dans les zones surdotées. Le journaliste rapporte les propos de Dominique Watrin, sénateur du Pas-de-Calais du groupe communiste républicain citoyen et écologiste : "Il ne s'agit pas pour nous d'instruire un quelconque procès contre les médecins mais de faire le constat de l'insuffisance voire de l'échec des mesures incitatives au regard de la désertification médicale et de l'égalité d'accès des citoyens".

Face à l'argumentaire des sénateurs, la Ministre de la santé est restée de marbre et préfère une méthode  "réfléchie" pour réguler les zones surdenses : "Nous aurons en 2030 exactement l'inverse de ce que nous connaissons aujourd'hui, une catastrophe dans l'autre sens. Et il nous faudrait alors un ONDAM à 7 % et pas à 2,3 % comme aujourd'hui", a-t-elle averti.

La stratégie nationale de santé

Le plan de renforcement de l’accès aux soins dans les territoires, présenté le 13 octobre dernier par le Premier Ministre et la Ministre de la santé, porte comme ambition de garantir un égal accès aux soins dans les territoires. Agnès Buzyn écrit « Pour ce faire, il serait illusoire d’annoncer des mesures définitives, ou de concentrer nos efforts sur le seul sujet de l’installation des professionnels de santé. Aujourd’hui, l’enjeu est d’assurer une présence soignante adéquate partout et au moment où cela est nécessaire. … Ce plan propose un panel de solutions adaptables à chaque territoire. ». Autrement dit, arrêter de plaquer un modèle unique, laisser les initiatives émerger, faire confiance aux acteurs de territoire pour construire des projets et innover. Ces innovations du moment deviendront-elles, après-demain, des modèles à « copier-coller » ?

Cette innovation organisationnelle, agile et adaptable, proposée par une startup, prendra-t-elle racine dans les territoires dévitalisés après extraction de tous les services publics ? Trouvera-t-elle sa place dans la stratégie de la Ministre de la Santé en matière d’accès aux soins ?

Après sa plainte, à juste titre, contre la publicité de la mutuelle Eovi MCD sur la téléconsultation, le Conseil National de l’Ordre des Médecins va-t-il suivre ou poursuivre la « déambulation » des camions médicaux ? Les syndicats vont-ils lui emboiter le pas ?

L’article 74 du Code déontologie médicale dit "l’exercice de la médecine foraine est interdit. Toutefois, quand les nécessités de la santé publique l’exigent, un médecin peut être autorisé à dispenser des consultations et des soins dans une unité mobile selon un programme établi à l’avance. La demande d’autorisation est adressée au conseil départemental dans le ressort duquel se situe l’activité envisagée. "

A l’âge d’or des forains, dans notre enfance, il y avait aussi les camionnettes d’épiciers, de boulangers et cela ne manquait pas de charme.

"Quand t'es dans le désert depuis trop longtemps, tu t'demandes à qui ça sert toutes les règles un peu truquées du jeu qu'on veut te faire jouer, les yeux bandés …"

Nostalgie quand tu nous tiens…

Crédits photos : Wes Dickinson.

À propos de Inès Caramouche

Tombée dans la marmite de « l’information » dès son plus jeune âge, Inès Caramouche est passionnée par l’actualité du monde, de la santé (connectée !) et par l’humain.
Elle aime lancer des petites alertes pour conjuguer harmonieusement e-technologie, grandes et petites questions de société et valeurs humaines.
Inès ne cherche pas à faire mouche mais « titille » de la pointe de sa plume les consciences des uns et les décisions des autres.

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