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Déserts médicaux : des airs de déjà vu

Éditorial de la 418ème

Dans la langueur de l'été, un énième rapport sur les mesures incitatives dans les zones sous-dotées vient de paraître, rejoignant le cortège des multiples publications sur la désertification médicale restées sans écho. À croire que les "déserts médicaux" ne dessèchent que les encriers.

Lire : Et si les déserts médicaux étaient un mirage ?

Comme nous le rappelions, le mot "désertification médicale" semble apparaître pour la première foi dans la bouche de Bernard Debré le 11 avril 1991 à propos de la "chute des hôpitaux généraux". Il est repris en janvier 1999 dans un rapport sur la télémédecine du Conseil National de l’Ordre des Médecins du Pr Dusserre (p.8).

Lire : Désertification, métropolisation et lutte des classes : les médecins dans le viseur

A partir des années 2000, la littérature scientifique et spécialisée (CREDES, atlas du CNOM, etc.) ainsi que la presse commencent à employer ce terme pour décrire le phénomène de la démédicalisation, notamment pour certaines banlieues sensibles, comme en Ile-de-France.

Lire : Santé à deux vitesses, la France coupée en deux ?

En juin 2001, le rapport Lucas sur "l’exercice médical face à la permanence des soins" analyse les solutions possibles contre la désertification médicale : « La régulation de la démographie médicale (…) n’est cependant pas le seul facteur de désertification des régions rurales ou des zones suburbaines. En zones rurales, la désertification médicale n’est que le reflet d’une désertification générale. 70% de la population française vit sur 20% du territoire. Il nous semble qu’une solution serait de faciliter la constitution de Maisons médicales qui s’implanteraient au centre d’une zone, par regroupement des professionnels de santé, en assurant le déplacement des patients ».

Lire : Médecine de proximité : la longue histoire d’un fiasco d’État

En 2004, c'est le rapport Berland  qui acte le phénomène : le désert médical français : "mythe ou réalité ?" . En 2007, le rapport de Jean-Marc Juilhard en remet une couche : "le nombre de médecins en exercice n’a jamais été aussi élevé et [que] pourtant, les disparités entre régions deviennent trop importantes pour assurer un accès à des soins de qualité sur l’ensemble du territoire (...). Cette situation s’aggravera dans les années à venir".

Les mesures incitatives conventionnelles, mais également les nombreux dispositifs d’aide à l’installation ou de soutien à l’activité enclenchées dès les années 1990 n’ont pas permis d’enrayer ce phénomène de désertification qui ne cesse de s’accentuer. Un rapport du Sénat en 2013 et un récent rapport de la Cour des Comptes avaient déjà alerté sur l'absence de pertinence des aides et des mesures incitatives et encouragé une coercition à l’installation sur le modèle des infirmiers ou des sages-femmes pour les zones sur-dotées.

Lire : Désertification, métropolisation et lutte des classes : les médecins dans le viseur

Mais, comme le constate en 2014 la Cour des Comptes à propos du zonage coercitif des infirmiers, "les résultats sont globalement modestes, malgré quelques effets positifs du dispositif contraignant prévu pour améliorer la répartition des infirmiers exerçant en libéral (sur les trois ans d’application de ce dispositif, 300 infirmiers se sont installés dans des zones fortement sous-dotées, tandis que 400 ont cessé leur activité dans des zones sur-dotées). Pour leur part, les mesures incitatives ont bénéficié essentiellement aux professionnels déjà installés et l’impact sur les nouvelles installations dans les zones sous-dotées a été marginal, voire nul pour les médecins." (p.231-256).

Lire : Désertification médicale : faut-il s’entêter à peupler nos déserts ?

L’auteur du rapport, le sénateur Hervé Maurey, avait d’ailleurs proposé en ce sens un amendement au projet de financement de la sécurité sociale 2017 le 16 novembre 2016. Il prévoyait que "dans des zones définies par les ARS en concertation avec les syndicats médicaux dans lesquelles existent un fort excédent en matière d’offre de soins, un nouveau médecin libéral ne peut s’installer en étant conventionné à l’assurance maladie que lorsqu’un médecin libéral de la même zone cesse son activité. Le principe de la liberté d’installation demeure donc, mais le conventionnement n’est possible que de manière sélective pour les nouvelles installations."

Également, en 2013, un autre rapport du Sénat sur l'avenir de nos campagnes,  proposait de "poursuivre la création de maisons de santé pour favoriser l’installation de praticiens, multiplier les possibilités de délégations de tâches ; à terme et en tant que de besoin, ne pas s’interdire de combiner mesures incitatives et mesures coercitives pour l’installation des praticiens en milieu rural" (p.116)

Lire : Conventionnement des professions libérales, vers la fin d'un système ?

Aujourd'hui, si l'échec des mesures incitatives oriente souvent le débat vers la coercition, le rapport des sénateurs Cardoux et Daudigny préfère néanmoins renforcer le rôle des Agences Régionales de Santé (ARS), développer la télémédecine, soutenir (encore) les maisons de santé et renforcer les stages en zones sous-dotées.

Rien de neuf. Le problème est connu et les recettes sont les mêmes. Il faut relire les propositions des rapports Berland de 2004 ou Descours en 2002 pour se rendre compte qu'on est bien mal engagés.

Crédits photos : cyberien 94.

À propos de Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée. Voir tous ses articles.
  • Alain Huvenne

    A propos de la désertification, il reste aussi le problème posé par la féminisation de la profession. Là encore, le problème est plus généralement celui de la désertification des campagnes. En effet les conjoints se trouveraient sans travail s’ils devaient accompagner dans les déserts médicaux. L’érosion des revenus médicaux est par ailleurs telle que seul l’abattage à raison de 4 à 5 patients par heure demeure suffisant pour faire tourner une famille. En outre beaucoup de jeunes femmes médecins sembleraient préférer les remplacements. Elles évitent ainsi les charges d’un cabinet et de sa gestion, y compris celles d’un secrétariat plus respectueux des besoins des patients que celui de Doctolib. La coercition n’ a par ailleurs jamais mené à rien. Les maisons médicales resteront probablement vides sans médecins si les souhaits des jeunes ne sont pas rencontrés. En Norvège et en Suède des incitants efficaces ont été mis en place pour obtenir le nombre désiré de médecins dans le grand nord inhospitalier. Si le Gouvernement le veut il peut arriver à inventorier les besoins, définir le maillage de soins nécessaires et en dialogue avec les prestataires de soins, les ARS, les Préfets ainsi qu’avec les universités mettre en oeuvre l’offre de soins appropriée en complément ce ce qui existe déjà. Bien entendu, cela implique un temps de concertation et de dialogue dans l’intérêt de tous. Je ne perds pas courage.

  • Verly

    Les débats sur les déserts médicaux sont tronqués. Car les déserts médicaux c’est quand il faut attendre 8 mois pour une consultation de spécialistes comme un ophtalmo à Paris ou dans n’importe quelle ville ..Depuis que le fameux « numerus » clausus de la première année de médecine est en place , on est allé droit dans le mur et on le sait mais on avance des arguments fallacieux
    Bien sur outre les motivations farfelues qui ont présidé son instauration , cela a permis aux Universités et services hospitaliers de détourner les budgets d’agrandissement de structures d’accueil des étudiants au profit de postes pléthoriques « administratifs » mieux rentables « électoralement  » parlant. .Si n’importe que élève de primaire s’attable à ce calcul : sur 1000 étudiants soumis à numerus , il n’en reste que 200 en 2 ème année , au bout de 10 ans de parcours , après démissions , dépressions , projets matrimoniaux , orientations vers santé « administrative » , il ne reste que 41 médecins en passe de s’installer…!!! pendant que, pour la même période , il y aura 217 médecins qui partiront à la retraite , la même année..alors les déserts médicaux et tout le déballage hypocrite est là : SUPPRESSION PURE ET SIMPLE DU NUMERUS remplacé par le contrôle continu et il faudra encore une génération pour n’aboutir qu’à un faible équilibre entre arrivée de diplômés et départs des retraités ! et que les médecins  » en place » réfléchissent non pas à le concurrence mais à leur départ en retraite actuellement sanctionné après 40 ans de loyaux services par la baisse du rideau de leur cabinet faute de médecins pour reprendre le flambeau !

  • Agnès Gouinguenet

    Merci à vous et à « La lettre de Galilée » ! A bientôt. 🙂

  • Guillaume de Durat

    Les rapports hélas passent et sont pour la plupart enterrés (« créez une commission » disait Clemenceau). Gare aux amendements même intelligents non validés par le gouvernement, ainsi va la vie politique. Enfin, ma maigre contribution ..consiste à dire que sans réseau, pas de télémédecine, pas de consultation en ligne, ni prise de rendez-vous ni communauté de patients en ligne. Mais pour le médecin pas de DPC.. ni même de distraction !!

  • AWI

    La réponse est dans le titre. On appelle çà un marronnier ! Et c’est la webradio webtv AWI qui vous le dit

  • Agnès Gouinguenet

    Pourquoi ne pas réglementer l’installation des médecins comme celle des pharmacies ? Ce serait trop simple ? Être médecin n’est pas un métier comme un autre. La liberté d’installation du médecin s’arrête là où les patient-e-s ont besoin de lui. Et avant de créer, il faut reprendre la suite d’un médecin qui prend sa retraite. Ce n’est tout de même pas sorcier !

    • Ryma

      Chère Madame. Le statut d’une médecin installé est par définition un statut libéral… Ce qui signifie qu’un médecin libéral a fait le choix de s’installer… Vous avez aujourd’hui des études qui durent 10 ans thèse comprise, des concours abrutissants que nos ancêtres n’ont pas connu, un statut de spécialiste en médecine générale qui n’a d’intérêt que le papier… une moyenne d’âge d’installation à 37 ans, des jeunes médecins qui ont évolué toute leur vie dans un centre technique universitaire, et qui à plus de trente ont légitimement commencé à un construire un foyer à qui l’on demanderait de tout plaquer pour investir une zone vidée de son sens et de son service publique…… ce sont des médecins qui ont accessoirement une famille, des amis, une vie sociale… qui sont, pardon de vous le dire, des êtres humains au même titre que les patients qu’ils soignent, et qui se heurtent à une lourdeur fiscale et administrative de plus en plus importante, un défaut de reconnaissance, une judiciarisation croissante et des problèmes normes ERP que les médecins qui prennent leur retraite n’ont pas l’intention de régler en investissant massivement avant de partir… et quand par dessus le marché vous n’avez qu’à vous baisser pour trouver un salariat… Je peux vous certifier, madame, que ces jeunes médecins ont surtout le droit, et c’est peut être le dernier, de ne pas s’installer du tout !!!!!!!!!!!!!!!!!!

      • Agnès Gouinguenet

        Bonsoir Ryma. Je comprends tout à fait votre intervention. Cela m’amuse un peu que vous donniez comme moyenne d’âge d’installation 37 ans; car justement, je me suis installée à 37 ans, après plusieurs années de salariat. Je n’ai pas du tout bien gagné ma vie car je me suis installée au mauvais moment (en 1987, achat d’un petit laboratoire à taille humaine; loi Evin en 1989 et les RMO de Simone Veil en 1994 … j’en ai bavé un maximum). Même si je suis passée à travers un terrible « burn-out » (pendant des mois, j’ai fait tout toute seule et bien sûr sans vacances), c’est ma période « libérale » qui fut pour moi la plus gratifiante. Je crois que c’est une question de tempérament. Savoir aussi que c’est pendant ces années-là que je me suis constituée ma retraite (je cotisais un max à la CARMF). Pendant mon salariat … pratiquement nada.
        Je comprends très bien que l’on ne veuille pas s’installer en libéral et que l’on préfère le salariat. Encore faut-il que le salariat soit agréable, surtout après tant d’années d’études (pour ma spécialité et de mon temps, c’était BAC + 13).
        Je comprends tout à fait que l’on choisisse la liberté du libéral; mais c’est une liberté toute relative.
        L’un des problèmes est le contrôle (donc la confiance) qui doit être le même dans le public et dans le privé.
        Bien sûr les médecins sont des êtres humains; mais ce ne sont pas des êtres humains comme les autres. Ils sont « au service ».
        Si l’on fait sa médecine seulement pour « faire du fric », on est à côté de la plaque.
        Quant à la judiciarisation de la profession, je la trouve tout à fait normale. Mais pour qui se prennent certaines blouses blanches ? C’est inouï d’arrogance et de non-respect de leurs patients. Je suis d’accord avec Martin Winckler (« Les brutes en blanc » chez Flammarion).
        J’ai un exemple tout récent dans mon entourage : une vieille personne mise à mort dans un Ehpad, par des diagnostics fumeux et des traitements délirants. Des blouses blanches ultra-dangereuses ! Tout s’est bien terminé pour la vieille personne, qui est en forme, mais elle a eu bien de la chance d’avoir quelqu’un de courageux à côté d’elle …
        Concernant votre argument de la « famille », je crois qu’il ne faut pas trop en demander. C’est un peu comme avec la vie des militaires. Il faut savoir tout plaquer. Je le répète, le médecin est « au service » de ses semblables.
        Mais je suis très certainement de la vieille école. Mon père était médecin généraliste mi-ville mi-campagne en Basse-Normandie. Je l’entendais se lever la nuit pour aller rendre visite à un de ses malades qui l’angoissait, gratis pro deo. Mais sa vie privée fut un fiasco, puisque ma mère n’a pas supporté cette vie « au service », quel dommage …
        Quand le conjoint considère le médecin comme une « usine à dollars », c’est cuit.
        N.B. Pour les normes, je suis partie un peu avant …
        Re N.B. Je me suis installée au soleil … je sais, c’est mal; mais j’ai racheté un labo existant, alors que d’autres ont créé au même endroit, même après m’avoir remplacé … Inouï.

        • Ryma

          Votre argumentaire est intéressant mais sommes toute un peu contradictoire également quand je vous lis vénérer une pratique médicale qui a semble t il a perturbé votre famille. Pour en avoir déjà discuté avec des médecins retraités, nous sommes dans un état de conflit générationnel sommes toute insoluble… Si l’on veut vraiment faire évoluer le système, il va vraiment falloir admettre que les mentalités changent, les médecins changent, le contexte et le référentiel changent dans une époque de mondialisation ou les patients eux même changent et les enjeux aussi… Tant qu’on continuera à s’attacher à une médecine de campagne ou les patients préféraient appeler le médecin pour leur vaches prêtes à mettre bas pour ne pas déranger le véto, on n’avancera pas (c’est une anecdote qu’un de mes paires m’a raconté, je ne fabule pas)… Je suis installée depuis deux ans, j’ai remplacé avant pendant 3 ans en semi rural, à la campagne, en gardes de week end, chez SOS, j’ai roulé ma bosse et je constate les dérive d’un système à bout de souffle… Je constate que toutes ces belles recommandations techniques qu’on a essayé de m’inculquer à grand renfort de PMZ pendant mes études s’écroulent volontiers sur le terrain et qu’on fait un peu ce qu’on peut en tenant compte des patients et des moyens qu’on a. Je constate un manque d’éducation de la part des patients, de plus en plus de pression, de revendications en terme de prescriptions et de bénéfices
          secondaires… Quand des patients n’honorent pas leur RDV, quand un patient arrive en retard en ayant oublié son vaccin et m’explique que c’est plus rapide
          de le represcrire et de passer à la pharma que d’aller chez lui… Quand une autre demande à son mari de m’appeler pour demander un arrêt de travail sur la fenêtre par ce qu’elle est trop malade pour que j’aille la voir en visite… quand beaucoup m’expliquent qu’ils sont venus pour rien parce que je n’ai pas jugé bon de leur prescrire un antibio, et quand on me fait un caca nerveux pour 5 minutes de retard et qu’on m’explique que j’ai dix minutes pour faire le boulot parce qu’il ne faut pas attendre le coiffeur… quand je dois gérer seule en maison de retraite une patiente de 90 ans avec un sérieux érysipèle parce que personne n’en veut à l’hôpital après une heure de pourparlers au téléphone et je n’ai que plétore d’exemple de la délicate positions dans la quelle se retrouve le médecin coincé entre patient, sécu et fisc… Et pourtant soyez certaine que si je faisais ça pour le fric, il y a longtemps que j’aurais arrêté… Le statut de libéral vous place nécessairement dans une posture de clientélisme quand beaucoup ne savent pas dire non au point de perdre leur gagne pain… Arrêtons hypocrisie par pitié, ceux qui voient un patient toutes les 5 minute et jusqu’à pas d’heure ne le font pas par dévotion… comment espérer faire de la médecine de qualité dans un tel système et avec notamment une ROSP qui valorise le chiffre, la capitation, soyons honêtes ? Je ne compte pas les actes gratuits, je ne compte pas les consultations que j’éternise par empathie, il m’est même arrivé d’aller passer 2 heures en visites à rassurer un patient me parlant de sa triste vie au point de ne pas oser réclamer mon dû de 33 euros. Je suis médecin généraliste, je ne porte pas cette blouse blanche que d’autres se donnent un malin plaisir à stigmatiser alors qu’ils sont loin, très loin des difficultés du quotidien… Je ne cautionne pas l’amalgame que l’on fait et l’impact dévastateur que ça peut avoir dans la relation médecin patient. Il y a des abus dans tous les domaines et il y a aussi des gens très bien partout. J’ai mes idées bien arrêtées sur la médecine de qualité dont je rêve. Je pense définitivement que notre métier devrait s’envisager dans le cadre d’une collaboration réciproque avec le patient et qu’il est plus intéressant de l’éduquer et de le responsabiliser que d’être à son service (militaire ?). Je ne pense pas sain de se rendre indispensable au point que le patient ne puisse consulter personne d’autre en cas d’urgence. Ma patientèle ne m’appartient pas, je lui rend le meilleur service que je puisse et je dois savoir passer la main quand
          il faut. Je sais faire preuve d’empathie, parfois peut être un peu trop car il faut aussi assumer la douleur des gens au quotidien, parfois plus sociale que médicale et savoir se protéger se soi même également. Je suis convaincue qu’il faut être épanoui soi même avant de pouvoir prétendre soigner les autres ! Et si je fais mon maximum pour les patients, en mon âme et conscience, sur mon lieu de travail, je n’ai aucune vergogne à dire que la médecine, c’est mon métier, ce n’est pas ma vie, et que sortie de mon cabinet, je suis une femme comme les autres et je le revendique. Ce n’est ni plus ni moins que le témoignage d’un jeune médecin, et ce n’est pas lié au sexe, mon mari médecin également partage exactement la même vision de la discipline. Nous aspirons à une médecine nouvelle, rationnelle, efficace, humaine avec toute l’empathie que les patients méritent mais qui ne justifie pas l’épuisement physique et moral de votre serviteur.

          • Agnès Gouinguenet

            Oui, Ryma. J’entends bien tout ce que vous écrivez.

            Personnellement, je n’ai pas vécu cette médecine-là, probablement parce que ce fut celle de mon père et que je ne me sentais pas assez « forte » pour l’affronter. Je vois que vous êtes en « plein dedans ». Au début de sa carrière (il s’est installé juste après guerre), mon père était un héros; il était adoré car, parfois, il guérissait. Puis la médecine est devenue de plus en plus efficace; de ce fait, les patients sont devenus de plus en plus exigeants. A la fin, mon père me disait : « C’est incroyable ! Je suis devenu leur larbin. » Vous êtes donc arrivée dans la médecine-consommation. C’est navrant.

            Oui, vous avez parfaitement raison. Il faut développer un partenariat médecin-patient, avec pédagogie réciproque +++. En effet, avec Internet, les gens s’informent et il est souhaitable de les faire participer à leur traitement. De plus, les médecins doivent accepter que leurs patients peuvent leur donner des leçons de savoir-vivre.
            Il ne faut plus que ce soit un rapport de domination entre celui qui sait et celui qui ne sait pas (et est, de plus, souvent affaibli).

            Ce qui m’ennuie un peu, c’est de réaliser que la médecine, en devenant de plus en plus technique, se déshumanise. Quel dommage ! Mais un médecin « humain » le sera de toute façon, et un médecin in-humain le sera aussi; cela ne s’apprend pas …

            Un exemple vécu : quand je fus examinée sous toutes les coutures radiologiques lors de mon « burn-out » (je savais que je n’avais rien de très grave, d’autant que je m’étais réduit spontanément une méchante luxation d’épaule), j’ai eu la présence d’esprit « joyeux » de dire : »Je m’en sors bien »; l’interne de garde, une fille, m’a répondu méchamment : « Vous trouvez ? ». Je me suis dit que j’étais sur une autre planète que cette femme. Que de ravages doit-elle faire !

            Je suis certaine que vous êtes dans le vrai quand vous considérez que le système de santé actuel est à bout de souffle. Outre l’obsessionnel « trou de la sécu » (j’en ai entendu parler pendant tout mon exercice !), qui devrait diminuer si l’on fait le forcing sur la prévention, il existe en plus un problème de mauvaise répartition des effectifs. Des hyper-concentrations face à des hyper-dilutions. Il faut donc plus de médecins (supprimer le numerus clausus), et mieux répartis sur le territoire. De ce fait, il est souhaitable de réguler les installations, comme avec les pharmacies. Je reviens à mon idée de départ. Les nouvelles installations ne doivent pas se faire de façon sauvage, sinon rien n’aboutira. Il faudra une certaine contrainte, je le crains. On appelle cela la coercition, je crois …

            Bon courage à tous les deux. Mais vous allez réussir à être et rendre heureux, sans nul doute. Car vous êtes tous deux sur la même longueur d’onde.

            Pour mes parents, ce fut le fiasco car il y en avait un qui bossait tout le temps, et l’autre qui passait son temps à se faire servir. Cela ne pouvait pas marcher. Quant à moi, ce fut plus simple car je n’ai pas voulu faire d’enfant (trop de risque héréditaire d’un côté de ma famille). Et ma vie amoureuse fut toujours seconde par rapport à ma vie professionnelle; je ne regrette rien, car je suis une indécrottable indépendante 🙂

            Bravo ! Continuez.

          • Ryma

            Le départ de départ était : faut il ou non limiter la liberté d’installation ?. Je n’ai pas réussi à vous convaincre que c’était une erreur. Si demain on m’obligeait à m’installer quelque part, soit je prend un salariat, soit je change de métier comme d’autres l’ont déjà fait… Et vous seriez partante pour mettre un médecin dans tous les villages de 400 habitants car il y en faut bien un ? Et on pourrait le ligoter à son bureau avec juste un pouvoir décisionnel et une tierce personne pour appliquer les consignes pour être sur qu’il ne s’échappe pas… Non plus sérieusement, il y a aurait des choses passionnantes à faire si le système n’était pas déjà perverti. Les médecins retraités ne reviendront pas bosser comme avant, il faut se faire une raison et avancer. Le problème des déserts médicaux est lié à la capitation… A ce besoin qu’on les gens d’avoir toujours le même interlocuteur et la peur de faire confiance aux autres. Il n’y a qu’à voir l’accueils fait aux remplaçants et cette phrase habituelle « lui il me connait, j’ai pas besoin de raconter ma vie »… ou « le remplaçant c’est quand même pas le summum »… Le Français à toujours peur du changement, de changer de poste, de faire une réforme, de changer de médecin, peur de l’étranger, de l’inconnu, de celui qui vous veut forcément du mal… peut importe ce qu’il peut arriver pourvu que demain soit comme aujourd’hui. Je suis sure qu’avec une forme de roulement, on trouverait des médecins installés qui seraient d’accord pour donner de leur temps pour un désert médical à tour de rôle et qui trouveraient ça enrichissant… Quand au problème de numérus… Quid des postes vacants de médecine G à L’ECN, sensé valoriser la discipline.. tiens donc. Pourquoi croyez vous qu’on va chercher les médecins ailleurs ? parce qu’on en manque vraiment ou parce qu’on ne veut pas payer les médecins français à leur juste valeur ? Soyons honnêtes et arrêtons de faire porter les erreurs des médecins et politiciens de votre générations aux jeunes médecins d’aujourd’hui…. C’est beaucoup plus simple de trouver des solutions de bout de chandelle ou des coupable à tous les maux que d’avancer dans le même sens. Il y a mieux à faire en terme de santé. Mais ça coute plus cher que d’asservir un médecin généraliste.

          • Agnès Gouinguenet

            Bonjour Ryma. Vous êtes sans doute fatiguée car vous commencez à faire des fautes d’orthographe. Il faut vous reposer, croyez-en ma vieille expérience quant à l’épuisement professionnel ô combien sournois et délétère. Mais vous le savez aussi bien que moi.

            Que voulons-nous ? Peu de médecins français mais sur-diplômés et élitistes + des médecins étrangers pour combler les lacunes ? ou bien pas mal de médecins français, avec des spécialistes, certes, mais aussi des généralistes très bien formés, comme du temps de l’ancienne « médecine interne » tant admirée ? ou bien autre ? L’idéal, ce sont des généralistes costauds en gynéco-obstétrique + pédiatrie + gérontologie. Il faudrait revaloriser leur tarification, avec une prime pour ceux qui sont au top quant à la prévention (pensons à notre belle Sécu !). Des généralistes OK en ce qui concerne les enfants, les femmes, le couple mère-enfant et les gens âgés, c’est ultra-précieux et très possible. Vraiment le « must ». S’ils sont étrangers, pourquoi pas bienvenus ? Mais s’il y en a assez en France …

            Ces perles humaines se forment à la Fac. La balle est aussi dans le camp des profs.

            Je ne connais pas le niveau actuel de la première année de fac de médecine (j’ai commencé en 68 …). Mais cela ressemble à un concours de très grande école. C’est stupide. D’autant qu’il faut payer des cours privés, d’après ce que j’ai compris. Si bien que les petits pauvres qui ont la vocation, c’est cuit pour eux. Quel gâchis !

            Je reviens à la liberté d’installation. Si on la maintient en l’état et si les déserts médicaux s’aggravent, il faudra rectifier cette liberté. C’est comme un test thérapeutique; c’est du bon sens.

            Concernant la querelle des anciens et des modernes, reconnaissons qu’elle est renouvelée à chaque génération. N’oubliez pas que mes parents (et donc vos grands-parents) ont connu la guerre (mon père a crevé de faim à Paris pendant ses études de médecine; quant à ma mère, elle était sous les bombardements de Rouen … cela marque !).

            Je vous trouve, chère Ryma, bien exigeante sur ce coup-là, et bien pleurnicharde. La vie n’a jamais été une partie de plaisir, cela se saurait; mais il y a des périodes plus calmes que d’autres. Vous pensez que c’était rigolo d’être un jeune homme français du temps des guerres napoléoniennes ? A l’abattoir !

            Nous devons former plus de médecins, et pas que des gosses de riches; nous devons former mieux les futurs généralistes; nous devons valoriser la médecine générale en la tirant vers le haut (médecine interne); nous devons primer les meilleurs quant à la prévention, et aussi ceux qui font un effort pour s’installer dans des régions moins favorisées sur le plan géographico-climatique.

            Pourquoi ne pas créer des maisons médicalisées publiques dans les déserts ?
            Sécurité de l’emploi salarié … why not ?

            Et si tout cela ne résout pas les déserts, alors on fera comme dans l’Education nationale; car cela suffit de toujours vouloir le beurre, l’argent du beurre, et la crèmerie.

            Chère Ryma, vous dénoncez l’immobilisme des générations qui vous ont précédée. Et vous, vous êtes mobile ? Car j’ai l’impression que vous êtes accrochée à votre roche comme une bernique … 🙂

            Quant aux erreurs de ceux qui nous ont mis au monde, on les relativise en prenant de l’âge …

            Jolie journée.

            N.B. L’asservissement d’un médecin français, je demande à voir … 🙂

          • Ryma

            Je crois définitivement que le débat n’est pas constructif. Vous êtes biologiste, dans le sud, vous ne connaissez la réalité du terrain que par procuration… La médecin de votre père n’est plus celle d’aujourd’hui, il faut l’admettre c’est tout, sans jugement de valeur. Vous vous accrochez aux guerres passées. Ce n’est pas en partant du principe que c’est toujours pire ailleurs ou du temps des guerres qu’on fait évoluer les choses, si ? Je m’arrête là, j’essaye courtoisement de vous faire comprendre que le problème est plus complexe qu’il n’y parait et ne se résume pas à une liberté d’installation et vous nous vendez des théories réchauffés de médecine de sélection, de technique, de riches et autre. Pour ce qui me concerne j’ai fait ma première année toute seule, comme une grande, sans prépa, sans payer des fortunes, par vocation et parceque j’en avais les aptitudes. La médecine et la technologie progresse, j’estime qu’il faut s’en réjouir sans perdre le côté humain de la discipline et c’est tout à fait possible. Le niveau d’enseignement clinique se dégrade, celà je vous le concède volontiers, et pourtant les étudiants sont très demandeurs, ça je peux vous le garantir ! Quand à la prévention, je suis d’accord avec vous, j’essaye d’axer ma pratique dans ce sens, mais il faut rester conscient que ce qui coûte le plus cher ce sont les deux dernières années de vie… qui par définition seront toujours « deux dernières années de vie », donc ça ne servira vraiment pas au trou de la sécu mais ce qui est important c’est de travailler sur la qualité de vie et la dignité de ces population qu’on aide à vieillir. la dessus je vais m’arrêter. J’ai dit ce que j’avais à dire, je ne pleurniche pas, madame, j’essaye simplement de débattre pour faire entendre l’opinion de toute la nouvelle génération de médecins car si les pouvoirs décisionnaires occultent cette génération, en rêvant un modèle passé, il est clair qu’on va dans le mur. Je vous souhaite une bonne continuation.

          • Agnès Gouinguenet

            Puisque vous le dites et que vous en avez « les aptitudes » … parce que je suis médecin biologiste à la retraite et parce que j’ai exercé sans « le Sud » (en fait le Sud-Ouest), je ne suis pas crédible dans mes réflexions ? Olé la tolérance !

            Si les progrès de l’imagerie permettent de mieux diagnostiquer qu’un examen clinique difficile, il ne faut pas hésiter à préférer l’imagerie. Soyons raisonnables.

            Par contre, ne jamais oublier qu’un-e patient-e n’est pas un numéro de dossier. Mais c’est du bon sens.

            Travaillez bien. Personnellement, j’ai donné (et donne encore, mais pour soulager ma famille toute proche, et alerter quand je rencontre des « brutes en blanc »). Je crois pouvoir dire la même chose que mon père à la fin de sa vie : « si je n’ai pas été parfaite, loin de là, je n’ai tué personne en signant une énormité, quitte à en mettre ma vie en danger ».

            Je persiste à considérer que le « care » n’est pas un métier comme un autre. Sinon, il faut faire HEC, ou Sciences Eco, ou Droit, ou Lettres …

            La situation n’est pas si complexe en France. Pas assez de médecins de vocation, et vieillissement de la population du fait des progrès de la médecine. Il faut s’adapter, c’est tout. Pour le nombre des médecins, c’est assez simple. Pour les nouvelles pathologies liées à l’âge, il faut que la médecine assume ses progrès en en faisant d’autres.

            Juste un petit conseil (c’est bien connu, les conseils ne font du bien qu’à ceux qui les donnent 🙂 ) : ne vous prenez pas trop au sérieux; un peu d’humour et beaucoup d’autodérision n’ont jamais fait de mal à quiconque.

            Ah oui. « Quant à … » et non « quand à … ». Merci pour notre si belle langue française.

            Agnès Gouinguenet (jamais de pseudo; c’est le nom que m’a donné mon père, ô combien breton).

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