Crise à l’hôpital : Ségur peut-il encore avancer sans Bercy ?

Éditorial de la 485ème

Après la menace de 660 médecins hospitaliers dans une  tribune du JDD, près de 300 ont déjà démissionné de leur poste d’encadrement hospitalier. Le 27 janvier, le CHU de Rennes lance le bal avec 54 démissions, puis à Paris quelques jours plus tard avec 56 chefs de service dans six hôpitaux de l’ouest et du sud parisien. Mais quelle mouche à donc piqué l’hôpital ?

Lire : Plan d’urgence à l’hôpital : insuffisant pour calmer les soignants

Les dépenses de soins ne cessent d’augmenter. Naturellement. Mais l’État poursuit une politique de régulation des dépenses. On demande aux hôpitaux de réaliser des économies. Comme l’explique le Pr. Grimaldi dans Marianne, « en 2018, on nous a demandé de réaliser une économie de 960 millions pour faire en sorte de compenser la hausse des dépenses. Cette même année, pour la première fois, on a assisté à une baisse de l’activité et on en a profité pour diminuer le tarif des actes médicaux de 0,5% alors que, déjà en 2017, on avait baissé ce prix de 0,9%. Cette logique est contradictoire. D’un côté, le ministère de la Santé organise une baisse des tarifs de remboursements en le justifiant, de l’autre, par la promesse d’une augmentation de la médecine ambulatoire (c’est-à-dire de la prise en charge médicale d’un patient sans hospitalisation ou pour quelques heures, ndlr). En définitive, vous avez des tarifs qui continuent de baisser, et de l’autre des volumes de soin qui s’écroulent. » « On traite désormais l’hôpital par un prisme budgétaire » poursuit-il.

Le Collectif InterHôpitaux (CIH), à l’initiative de la fronde démissionnaire, a été reçu par le Ministère de la Santé mi-janvier. Les 6 chefs de service invités, qui estimaient que les mesures annoncées en novembre étaient toujours insuffisantes, en sont ressortis bredouilles. Ils argumentaient entre autres d’étendre davantage la reprise de la dette des hôpitaux. Aujourd’hui, l’État reprendrait 1/3 de cette dette. Ce coup de pouce nécessite un projet de loi qui ne verra le jour qu’en fin d’année. En reprendre davantage serait impossible en raison des intérêts en cours trop importants. Le collectif assure, dans Medscape, que l’entretien a été cordial, très technique, mais « nous sommes sortis extrêmement déçus. Je ne pensais pas que l’on en arriverait là. Il y a quand même un grand nombre d’hôpitaux qui subissent une rétention de codages, en affrontement fort avec leur administration, nous avons 1400 chefs de service, tous hôpitaux confondus qui vont démissionner dans la semaine ou en début de semaine prochaine. Si l’administration des hôpitaux pense pouvoir faire tourner des services quelle que soit la structure sans un ou une chef d’orchestre, je suis ébahi. »

Agnès Buzyn avait pourtant suscité beaucoup d’espoir auprès des professionnels de santé, surtout après l’épisode Marisol Touraine. Ses premiers discours avaient emballé le monde de la santé. S’étant présentée comme un médecin avant tout, et non comme une femme politique, on y avait presque cru. Mais l’atout s’est révélée être une faiblesse. Car la Ministre est peu influente au sein du Gouvernement. Et le cadrage de Bercy prime sur les opportunités possibles pour répondre à la grogne sociale. Est-ce que le Ministère de la Santé peut encore quelque chose pour humaniser un hôpital gangréné par les budgets et l’administration ?

Les contes de Ségur peuvent-ils s’écrire comme les comptes de Bercy ?

Crédits photos : Dave Catchpole.

 

À propos Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée.Voir tous ses articles.
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