Coronavirus : les déclarations polémiques d’Agnès Buzyn sèment le trouble

Agnès Buzyn a démissionné de son poste de Ministre de la Santé dimanche 16 février dernier pour porter la candidature LREM aux élections municipales de Paris face, entre autres, à Anne Hidalgo, la candidate sortante PS, et Rachida Dati, la candidate LR. Bilan des courses : la candidate socialiste arrive en tête, avec près de 30% des suffrages au premier tour; Agnès Buzyn, avec 16%, termine en troisième position, derrière Rachida Dati (22%), remportant deux arrondissements parisiens.

On peut espérer qu’Agnès Buzyn n’aurait pas eu la couardise d’abandonner son poste de ministre et tous les dossiers brûlants en cours à Olivier Véran qui a repris le flambeau de Ségur à sa suite. Elle n’en a pas le caractère. Agnès Buzyn a certainement opté pour la fidélité politique à Emmanuel Macron. Quitte à ne plus avoir de mandat. Est-ce le remord qui la pousse à faire des confidences malheureuses au Monde ?

« Depuis le début je ne pensais qu’à une seule chose : au coronavirus. On aurait dû tout arrêter, c’était une mascarade. La dernière semaine a été un cauchemar. J’avais peur à chaque meeting. J’ai vécu cette campagne de manière dissociée. (…) Je pense que j’ai vu la première ce qui se passait en Chine : le 20 décembre, un blog anglophone détaillait des pneumopathies étranges. J’ai alerté le directeur général de la santé. Le 11 janvier, j’ai envoyé un message au président sur la situation. Le 30 janvier, j’ai averti Edouard Philippe que les élections ne pourraient sans doute pas se tenir. Je rongeais mon frein. (…) Il va y avoir des milliers de morts. (…) Ni Emmanuel Macron ni Edouard Philippe ne m’ont mis la pression. Mais je recevais des milliers de textos me disant : “Il n’y a que toi…” Je me suis dit que je n’allais pas laisser La République en marche dans la difficulté… Paris est un beau mandat. J’ai appelé moi-même le président pour lui dire que j’y allais. »

Pourtant, le vendredi 24 janvier après-midi, à la sortie du Conseil des ministres, Agnès Buzyn déclare devant les micros et les caméras que « le risque d’importation depuis Wuhan est pratiquement nul » et que « le risque de propagation est très faible« .

 

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Pourquoi Agnès Buzyn, désormais hors course politique et simple médecin, a-t-elle tenu de telles affirmations a posteriori ? L’ancienne ministre n’est pas madame Irma, elle ne pouvait pas prévoir en janvier la rapide contagion par le virus du pays quelques semaines plus tard. Fin janvier, personne ne prévoit le tsunami. Quand on relit la presse de ces jours : avant le 30 janvier, aucun expert n’est alarmiste sur l’épidémie. 5 personnes étaient dépistées positives au Covid 19, deux étaient en réanimation dont un Chinois de 80 ans qui décèdera quelques jours plus tard.

Sa relecture de l’actualité passée sème le trouble car elle suscite un sentiment de défiance dans la classe politique comme auprès des citoyens. « Ils savaient et ils n’ont rien fait« . On est à deux doigts de la théorie du complot. Sur France 2, le soir-même, le Premier Ministre, Édouard Philippe, a du se justifier : « Si nous n’avions pas pris au sérieux cet événement sanitaire, je n’aurais pas organisé une réunion dès le mois de janvier ».

C’est pourtant une bombe qui engage sa responsabilité et celle de tout le Gouvernement. C’est peut-être aussi aujourd’hui le suicide d’une personne profondément déçue d’avoir quitté un ministère pour des élections promises hasardeuses. Mais un suicide qui peut emporter le Gouvernement.

D’ores et déjà, plusieurs professionnels de santé, rassemblés au sein d’un collectif, représenté par le Docteur Philippe Naccache, médecin urgentiste, le Docteur Emmanuel Sarrazin médecin chez SOS médecins Tours, et le Docteur Ludovic Toro, médecin généraliste, ont saisit pénalement la Cour de Justice de la République contre Édouard Philippe et Agnès Buzyn, accusant les ministres de « négligence coupable » pour ne pas avoir « anticipé une crise dont ils savaient manifestement la gravité, et qu’ils ne pouvaient, en tout état de cause ignorer« .

Tout ça à cause d’une sex tape et d’une chauve souris…

 

 

À propos Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée.Voir tous ses articles.
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