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70 ans de la Sécurité Sociale : des p’tits trous, des p’tits trous, encore des p’tits trous

A l’heure où les thuriféraires allument les encensoirs autour de l’autel républicain pour célébrer les 70 ans de la sécurité sociale, la Lunette de Galilée ne pouvait ignorer dans sa [Re]vue de web les divers retentissements de l’événement sur la toile.

Le premier point de vue qui a retenu mon attention est celui du Dr Jean-François Huet qui reproche l’aveuglement général autour de la sécurité sociale qui biaise la contestation-même du système : "la solidité de ce "fourbi solidaire" s'explique par une adhésion majoritaire à ce qu'on pourrait appeler une "démocratie sécuritaire" fondée sur un assujettissement social rassurant. Cette absence de contestation théorique est commune aux médecins et sans doute à la majorité des assujettis sociaux. (…) La liberté sociale des uns, et la liberté professionnelle des autres, sont sacrifiées sur l'autel de la sécurité minimale, dont le coût exorbitant et le fonctionnement ubuesque sont occultés. Les solutions évoquées par la Cour des comptes, et les prétendus économistes de la santé, ne sont qu'une suite de coercitions supplémentaires tous azimuts destinées à pérenniser le foutoir monopoliste décrété insurpassable et éternel."

Le deuxième point de vue brise les idoles. C’est celui d’Eric Verhaeghe qui propose d’aller au-delà du mythe fondateur. La Sécu ne date pas de 45 ! "La Sécurité sociale est beaucoup plus une invention de Vichy qu’un héritage républicain. Elle n’a pas suscité une adhésion spontanée et unanime. Contrairement aux idées reçues, les décennies écoulées depuis 1945 sont beaucoup plus des décennies de résistance à la Sécurité sociale que des décennies d’acceptation. (…) La réaction la plus virulente vient même de la gauche, particulièrement puissante à cette époque. Pour la CGT, il est en effet hors de question de perdre des régimes comme celui de la SNCF, qui sont bien plus favorables que le régime créé en 1945. La France conservera donc, par la volonté des communistes, des régimes spéciaux qui entendent bien ne pas faire les frais de la solidarité."

Le troisième point de vue, peut-être visionnaire sur l’avenir de la sécurité sociale, est formulé par le Dr Jean Yves Nau qui rapproche froidement deux actualités parues le même jour :

  • l’annonce le 30 septembre que l’État français dépensera 1,3 Md€ de moins en 2016 qu’en 2015 afin de limiter le déficit
  • la publication par l’assurance maladie, le même jour, d’une cartographie interactive des dépenses de santé .

De quoi faire réfléchir : les données de remboursements, près de 146 Md€, "colligées à partir des informations fournies (sans le savoir) par près de 57 millions de bénéficiaires" constituent une mine de renseignements, "dernière étape d’un processus inexorable qui se nourrit de deux mouvements tectoniques : le Big Data et la nécessaire-maîtrise-de-l’explosion-vertigineuses-des-dépenses-de-santé." Une petite partie de l’iceberg du Big Data. Car le croisement de ces données permettra de répondre à des questions sur l’évolution des pathologies et leur poids pour la collectivité. Et certainement aussi des choix de politique de santé publique à l’attention des populations ciblées… Le blogueur conclut qu’au-delà des "questions intéressantes" que ces enjeux soulèvent, ce sont "les réponses qui suivront [qui] devraient l’être encore plus." Énigmatique. Effrayant.

Crédits photos : lou'IS

À propos de Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée. Voir tous ses articles.
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