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10 idées-reçues sur les déserts médicaux

Le Conseil national de l'Ordre des médecins a publié le mois dernier son traditionnel Atlas annuel de la démographie médicale. L'occasion de faire le point sur quelques idées-reçues.

Lire : Et si les déserts médicaux étaient un mirage ?

 

1. Le nombre de médecins ne cesse de diminuer.

FAUX. Le nombre de médecins (toutes spécialités) inscrits à l’Ordre ne cesse de croître en France. En revanche, on constate la diminution du nombre d’inscrits en activité régulière.

« Le nombre de médecins en activité régulière a diminué de 10% ces dix dernières années tandis que la proportion des médecins retraités et retraités/actifs a augmenté de 11%. La proportion de médecins retraités actifs a été multipliée par 6 en dix ans. » (p.33)

C’est le nombre de médecins généralistes qui chute : -9,1% entre 2007 et 2017 (p.51) « À l’exception de la région des Pays-de-la-Loire et de l’ensemble des DOM, toutes les régions enregistrent une baisse du nombre de médecins généralistes en activité́ régulière sur la période 2010/2017. » (p.52)

2. À cause de la féminisation, l’activité des médecins baisse.

FAUX. La féminisation des professions médicales est récente et de plus en plus importante. Mais la baisse d’activité concerne tous les professionnels qui aspirent à une autre pratique, plus équilibrée et saine.

« en 2007, les femmes représentaient 37% de la profession alors qu’elles qu’en 2017 elles en représentent 42%. À noter que parmi les médecins âgés de moins de 40 ans, les femmes représentent 62% de l’ensemble des inscrits au tableau de l’ordre confirmant ainsi la féminisation de la profession. » (p.31)

3.Les médecins sont de plus en plus vieux et partiront bientôt à la retraite.

VRAI. Actuellement, les médecins âgés de 60 ans et plus représentent 47% de l’ensemble des médecins inscrits au tableau de l’ordre contre 27% en 2007.

Néanmoins, des dispositifs fiscaux intéressants incitent les médecins libéraux à poursuivre leur activité au lieu de partir à la retraite. C’est la loi Fillon en 2003 qui lance le dispositif qui leur permet de cumuler leur retraite en plus d’une activité libérale. La LFSS de 2009 a libéralisé le dispositif en supprimant le plafond de ressources autorisées.

4. Les médecins partent à la retraite plus tardivement dans les déserts médicaux.

VRAI. La moyenne d’âge de départ à la retraite, tous modes d’exercice confondu, est de 65,3 ans. On observe une corrélation entre la densité médicale et l’âge de départ à la retraite.

« Les médecins qui exercent dans les départements en densité faible, quelques soient les modes d’exercice, ont tendance à prendre leur retraite plus tardivement que les médecins qui exercent dans des départements à densité moyenne ou forte. » (p.140)

5. Les médecins préfèrent s’installer en libéral.

FAUX. On constate de plus en plus de médecins salariés et de moins en moins de médecins libéraux.

« 42,8% des médecins actifs réguliers exercent en libéral exclusif soit -10,5% entre 2007 et 2017. Les salariés représentent 46,5% des médecins en activité régulière soit +10,7% entre 2007 et 2017. » (p.72)

« Lors de la première inscription au tableau de l’ordre, 64,2% des jeunes générations de médecins privilégient l’exercice salarié et 21,3% l’exercice de remplaçant. 12,1% font le choix d’exercer en secteur libéral/mixte. Les publications ordinales ont démontré que les jeunes générations souhaitent exercer en tant que remplaçant ou en tant que salarié durant les trois ou quatre premières années qui suivent leur première inscription au tableau de l’ordre. Quatre ans plus tard, la représentation de l’exercice libéral/mixte est en moyenne 4 fois plus important. » (p.117)

6. Les médecins sont installés et continuent de s’installer majoritairement dans le Sud de la France.

FAUX. Les densités importantes et les installations de médecins s’observent sur tous les littoraux, méditerranéen et atlantique, ainsi que dans le Nord universitaire de la France.

« On note une France coupée en deux. La France de l’intérieur qui a la particularité́ de recenser de faibles densités et une France du Sud, de la Côte Atlantique à PACA et du couloir rhônalpin qui comprend des territoires à forte densité́ médicale pour l’exercice libéral et mixte. Peuvent être rajoutés à ces derniers de nombreux départements hospitalo-universitaires de la moitié Nord de la France » (p.83).

« Les départements du Gers (-21,4%), de l’Aveyron (-21,2%), de l’Yonne (-20,4%), du Lot-et- Garonne (-19,8%), de l’Aude (-19,7%), de la Seine-Saint-Denis (-18,6%), de l’Ariège (-18,2%), de la Haute-Marne (-17,9%), de Paris (-17,5%) et de l’Indre (-17%) enregistrent les plus fortes baisses des densités de médecins en activité régulière (libéral/mixte) durant ces sept dernières années allant de -21,4% à -17%. » (p.85)

La Lettre de Galilée
 Densités des médecins en activité régulière et en exercice libéral+mixte

7. Le remplacement ou le cumul emploi-retraite sont des moyens efficaces pour lutter contre les déserts médicaux

FAUX. Les zones sous-denses ne sont pas impactées par ces dispositifs. Face à ces disparités territoriales et à cette baisse généralisée, la définition en 2012 de zones déficitaires par les ARS et les mesures qui leurs sont liées n’ont pas eu d’impact.

La quasi-totalité des installations des médecins généralistes ont eu lieu en dehors de ces zones.

« L’analyse de la variation des effectifs des médecins remplaçants entre 2010 et 2017 met en évidence une France rurale de l’intérieur qui semble être peu attractive pour les médecins remplaçants. On constate que les bassins de vie défavorisés ou très défavorisés sont peu attractifs pour la médecine de remplacement ». (p.179)

8. L’afflux de médecins étrangers contribue à résorber les déserts médicaux.

FAUX. Comme les médecins français, les médecins étrangers choisissent l’exercice salarié et préfèrent s’installer dans des pôles urbains déjà médicalisés.

« On constate une augmentation constante des médecins étrangers en activité régulière depuis 10 ans. En 2017, on dénombre 22 619 médecins à diplôme étranger en activité régulière. Cela représente 11% de l’activité régulière en France en 2017. Parmi ces médecins titulaires d’un diplôme délivré dans un autre pays, 45% sont originaires de l’Union Européenne. Contrairement à une idée largement répandue, cette population n’est pas une réponse aux difficultés territoriales d’accès aux soins. Ces médecins étrangers, quelle que soit leur nationalité, et à l’instar de leurs confrères français, ne s’installent pas dans les zones définies comme déficitaires par les ARS. »

9. La majorité des Français est confrontée au problème de la désertification médicale.

FAUX. Un faible pourcentage de la population française connaît les déserts médicaux.

« En moyenne en 2015, les français doivent parcourir 5,1 kms pour accéder à un médecin généraliste contre 4,3 kms en 2005 » (p.199)

Toutefois, ce faible pourcentage est constitué par des communes de la France intérieure, de faibles densités, plutôt vieillissante, bénéficiaire d’ALD. Ce serait donc la population qui connaît le plus les déserts médicaux qui aurait le plus besoin de soins.

« On constate une corrélation territorio-sanitaire. Se pose alors la question de la prise en charge efficiente de ces patients dans les territoires très impactés par une démographie médicale désertifiante » (p.203)

10. Les médecins ne s’installent qu’en ville et la désertification médicale ne touche que les campagnes.

FAUX. Si les médecins ne s’installent pas forcément dans les zones les plus déficitaires, ils ne plébiscitent pas non plus le cadre urbain. Et les déserts médicaux touchent aussi certains quartiers urbains.

« La ville de Paris est le 2ème département à enregistrer la plus forte baisse (-25%) du nombre de médecins généralistes en activité régulière sur la période 2010/2017 tandis que sa population générale semble se stabiliser. » (p.53)

 

 

Crédits photos : Jef Safi

À propos de Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée.

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